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La littérature au secours des détenus.

À la maison d’arrêt de Nanterre…

l’association « Lire Pour en Sortir » propose un « atelier littérature » avec Ludovic-Hermann Wanda, écrivain, ancien détenu.

En exergue, l’auteur de ce site a eu l’honneur d’être honoré par l’état français, en 2015, avec la légion d’honneur et la médaille d’or du Bénévolat, pour avoir exercé pendant 23 années d’aumônerie pénitentiaire dans les prisons savoyardes : le Centre de détention d’Aïton et la Maison d’Arrêt de Chambéry. Avec les surveillants des établissements pénitentiaires, nous dénoncions, alors, un manque de moyens, la dangerosité de certains détenus radicalisés…. et des conditions d’incarcération déplorables, que nous pointions du doigt notamment.

Je n’ai pas hésité à installer ce document : « L’importance de la lecture dans les prisons »

À la maison d’arrêt de Nan-terre. C’est avec « un petit sentiment de victoire » quand Ludovic-Hermann Wanda retourne en prison : « Je ne reviens pas avec les menottes mais plutôt avec une forme de laurier d’autant plus que je vais essayer de contribuer à aider d’autres détenus qui passent actuellement par la case prison, à s’en émanciper et, éventuellement, à suivre mes traces. » L’auteur de « Prisons » (éd. L’Antilope) vient participer à un atelier lecture et écriture proposé aux détenus et organisé par l’association 

Présente notam-ment à la Maison d’Arrêt des Hauts-de-Seine, l’association « Lire pour en sortir » place la lecture, la littérature et l’expression au cœur du bien-être et du projet de réinsertion des personnes détenues, comme l’explique Marie-Pierre Lacabarats, la directrice générale de l’association.

« Se faire plaisir avec les mots, avec l’écriture, avec la lecture », c’est ce qui est au cœur d’un atelier de littérature, comme l’explique Cécile de Ram. Elle enseigne à la maison d’arrêt de Nanterre depuis une quinzaine d’années et a, d’ailleurs, raconté son expérience dans un ouvrage « L’école en prison, une porte de sortie » (éd. du Rocher, 2017), co-écrit avec Sylvie Paré. Pour elle, il s’agit d’utiliser le livre comme objet culturel pour un point de départ vers l’écriture ».

Derrière les hauts murs des bâtiments, il y a pourtant des visages, des hommes et des femmes, qui purgent leur peine en tentant de survivre au jour le jour. En prison, les mineurs ont l’obligation d’aller à l’école, pour les adultes c’est un libre choix. Ils peuvent travailler, suivre des cours et passer des examens. 

Incarcéré, à 20 ans, pour trafic de drogue, Ludovic-Hermann Wanda est aujourd’hui écrivain et formateur en maîtrise du verbe.« C’est en prison que j’ai pu me libérer, en accédant au verbe. Je me suis libéré du ouaich ouaich, de l’impulsivité et je me suis plus largement libéré de toute une psychologie qu’on appelle la racaille attitude. » Il est aussi diplômé en mathématiques et en philosophie.

L’auteur de « Prisons » résume ainsi son ouvrage : l’histoire d’une double crise d’adolescence ». D’un côté, Marianne, la république, qui est un personnage du roman. Elle observe la crise d’adolescence de la Ve République et « se demande si la fraternité, qu’elle est censée, incarnée est viable au vu des tensions interethniques, interreligieuses, intersociales, intergénérationnelles… ». L’autre crise d’adolescence, c’est celle de Frédéric, un jeune homme issu de l’immigration qui « se demande s’il doit rester ce que la rue a voulu qu’il soit ou est-ce qu’il doit s’en émanciper pour devenir ce que son talent propre peut lui permettre de devenir »…

Cécile de Ram enseigne à la maison d’arrêt de Nanterre depuis une quinzaine d’années.



L’enseignement en prison, du désir d’appren-dre la confiance en soi. 

La rentrée des classes a aussi lieu en prison. À la maison d’arrêt de Nanterre les détenus peuvent suivre des études. 

Les peines carcérales sont faites pour sanctionner un comportement, protéger la société mais aussi permettre aux détenus de s’amender. Si l’entrée en prison est pour beaucoup une épreuve – on parle de « choc carcéral » – la sortie n’en est pas moins délicate. Pour aider à les détenus à préparer leur réinsertion, les invitées de Stéphanie Gallet ont choisi les mots. Elles accompagnent les personnes incarcérées dans la maîtrise de la langue et la (ré)appropriation de leur histoire. Des missions passionnantes, éprouvantes, où la réussite n’est pas toujours au rendez-vous. Mais où certaines belles histoires permettent de continuer à croire qu’une autre vie est possible.
 « Ce sont des élèves avant tout, notre regard bienveillant leur permet d’avancer.« 

Alexandre Duval-Stalla est avocat, écrivain, professeur à Sciences Po. C’est peu de dire que le livre représente une part importante de sa vie. En 2012, le gouvernement brésilien publie au journal officiel une mesure insolite : la possibilité de réduire sa peine de prison par la lecture. Un livre lu égale quatre jours de remise de peine. Une initiative éclairante pour l’avocat qui décide alors de l’importer en France. En 2015, il lance son premier programme en milieu carcéral, à Châlons-en-Champagne, avec l’association qu’il préside : « Lire Pour en Sortir« . Une structure qui a pour but d’apporter aux détenus un accès à la lecture et finalement à la redécouverte de soi.

À l’heure de la rentrée scolaire, et littéraire, l’avocat rappelle qu’en prison, la rentrée est une période très attendue. « C’est un moment important car tout reprend, après s’être arrêté en été. L’été est un temps compliqué à gérer en prison »  explique-t-il. Durant l’été, les activités diminuent puisque les bénévoles partent en vacances. Aussi l’ennui peut rapidement se faire sentir chez les détenus. À cela il faut ajouter la chaleur, la promiscuité, les cellules trop petites, la violence etc.

L’année passée a été marquée par un fort conflit social dans les établissements pénitentiaires : des surveillants qui dénonçaient alors un manque de moyens et la dangerosité de certains détenus radicalisés. Et des conditions d’incarcération déplorables, pointées du doigt notamment par les associations. « On vit mal en prison. Tous les acteurs de la prison vivent mal malgré leur bonne volonté » ajoute Alexandre Duval-Stalla. Problèmes de sécurité et d’insertion pour les détenus, pour les surveillants et pour les cadres.

« En France, nous avons une culture de guerre civile et non de dialogue. Cela ne permet pas de mettre tout le monde autour de la table pour mieux résoudre les problèmes » lance le président de « Lire Pour en sortir ». Le personnel de l’administration pénitentiaire, les acteurs du milieu carcéral se parlent peu. « L’une des causes de la surpopulation carcérale, c’est que la justice et la prison se parlent rarement. C’est pour cette raison que j’ai essayé de pousser le fait qu’il y ait des réunions mensuelles entre le directeur de la prison, le parquet et les magistrats du Siège« , précise-t-il.

Alexandre Duval-Stalla confirme que la situation carcérale se dégrade en France, malgré quelques programmes de rénovation de qualité, comme dans la prison de la Santé. Pour que la place de prison soit moins chère, on construit de grosses prisons. Mais ce n’est pas la solution. Il explique qu’il faudrait des prisons de 350 détenus maximum, précisant même, que l’architecture des nouvelles prisons est faite pour qu’il y ait de moins en moins de contacts entre prisonniers et surveillants.

Catherine Buisson nous ouvre le monde de la prison

Catherine Buisson nous ouvre le monde de la prison,elle vient d’écrire un livre carnet de prison 2009-2018, dans lequel se dessine son chemin de foi.

C’est dans ce contexte qu’intervient « Lire Pour en Sortir ». « Je crois au pouvoir de la littérature, en particulier pour les personnes détenues. J’ai défendu un certain nombre de personnes en cour d’assises et j’ai été frappé par le fait qu’elles n’avaient pas les mots pour s’exprimer, ni les représentations mentales pour comprendre leur chemin de criminel. Du coup, elles comprenaient moins, assumaient moins leur responsabilité, elles étaient plus condamnées, et on favorisait de ce fait la récidive » lance l’avocat.

Aujourd’hui, entre 40 et 60% des détenus sont concernés par le programme de Lire pour en sortir. Une vraie réussite. « Il y avait un vrai besoin culturel. L’accès à la culture était compliqué » explique Alexandre Duval-Stalla qui précise que « l’accompagnement personnalisé, la lecture et l’écriture fait la force de notre programme« . Le président de « Lire Pour en Sortir » confesse que l’association a toujours été bien reçue par l’administration pénitentiaire.

« Vous n’imaginez pas comment un livre change une personne en prison » lance-t-il. « C’est extraordinaire. Je reçois des longues lettres bouleversantes de détenus, qui racontent le lien fraternel avec le bénévole qui les accompagne, comment le livre les a changés. La force de la littérature, c’est qu’elle vous fait prendre conscience de qui vous êtes » conclut-il.

Le programme de lecture est implanté dans 21 établissements : 

Etablissements pénitentiaires partenaires de Lire pour en sortir (21)

■ Etablissements pénitentiaires en discussion avec Lire pour en Sortir (3)

Genèse : En juin 2012, le gouvernement brésilien a publié dans son journal officiel, la possibilité de réduire sa peine de prison par la lecture. En effet, un livre lu permet aux détenus de réduire leur peine de 4 jours. Chaque livre lu doit faire l’objet d’une fiche de lecture qui doit respecter les règles de la dissertation.

En découvrant cette initiative brésilienne, Alexandre DUVAL-STALLA a choisi de l’importer en France sous le nom de « Lire Pour En Sortir ».

Mesure législative votée en France sous l’impulsion de l’association.

      
Aucune loi ne prévoyait de réductions de peines grâce à la culture. L’association, pour valoriser sa démarche d’aide à la réinsertion des personnes détenues a été actrice de l’amendement du code de procédure pénale.

Article 721-1 du code de procédure pénale : « Une réduction supplémentaire de la peine peut être accordée aux condamnés qui manifestent des efforts sérieux de réadaptation sociale, notamment en passant avec succès un examen scolaire, universitaire ou professionnel traduisant l’acquisition de connaissances nouvelles, en justifiant de progrès réels dans le cadre d’un enseignement ou d’une formation, en s’investissant dans l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul, ou en participant à des activités culturelles, et notamment de lecture, en suivant une thérapie destinée à limiter les risques de récidive ou en s’efforçant d’indemniser leurs victimes. »

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