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Le pape François au Maroc.

Le voyage que le pape François a effectué les 30 et 31 mars 2019 au Maroc a été court et intense. La Documentation catholique a rassemblé les différentes prises de parole dans ce dossier qui sera enrichi au fur et à mesure. (La Croix).

“Avec les musulmans nous sommes les descendants d’un même père : Abraham”, souligne le pape François lors de l’audience générale 3 avril 2019.

Lors de l’audience générale, place Saint-Pierre de Rome le 3 avril 2019, le pape François est revenu sur son récent voyage apostolique au Maroc. Voyage à l’invitation du Roi Mohammed VI, « qui m’a permis de faire un pas de plus sur le chemin du dialogue et de la rencontre avec nos frères et soeurs musulmans », a-t-il déclaré.

Pope Francis sits by King Mohamed VI, at the Mohammed VI  (AP Photo/Mosa’ab Elshamy).                                                                      Un pèlerinage, a poursuivi le pape François, sur les pas de deux saints : saint François d’Assise et saint Jean-Paul II (qui s’est rendu au Maroc en 1985). « Mais on peut se demander pourquoi le pape rend visite à des musulmans et pas seulement à des catholiques », a-t-il poursuivi. Et, de répondre qu’« avec les musulmans nous sommes les descendants d’un même père : Abraham ». Si Dieu a permis qu’il y ait des religions différentes, a encore expliqué le pape François – « les théologiens scolastiques parlaient de la volontas permissiva de Dieu » –, il veut tout autant de la fraternité entre nous, et plus particulièrement avec nos frères musulmans. « Nous ne devons pas avoir peur des différences. (…) Nous devons avoir peur si nous n’agissons pas dans la fraternité, pour cheminer ensemble dans la vie », a-t-il souligné. Au cours de l’audience, le pape François est également revenu sur les différentes étapes de son voyage, sur ses diverses rencontres. Il a souligné combien l’Église au Maroc était très impliquée dans la proximité avec les migrants. Migrant, un terme qu’il n’aime pas employer, lui préférant celui de « personnes migrantes ». Ainsi, affirme le pape François, il y a du respect, « et l’on ne tombe pas dans cette culture de l’adjectif, qui est trop floue, trop “vaseuse” ».

Chers frères et soeurs, bonjour ! Samedi et dimanche dernier, j’ai effectué un voyage apostolique au Maroc, invité par sa majesté le roi Mohammed VI. Je renouvelle ma gratitude à l’ensemble des autorités marocaines pour leur accueil chaleureux et leur collaboration, et en particulier au Roi, qui s’est montré si fraternel, amical et proche. Mais je remercie par-dessus tout le Seigneur, qui m’a permis de faire un pas de plus sur le chemin du dialogue et de la rencontre avec nos frères et soeurs musulmans, pour être – comme l’affirmait le thème de ce voyage – « serviteur de l’espérance » dans le monde d’aujourd’hui. Mon pèlerinage a suivi les pas de deux saints : saint François d’Assise et saint Jean-Paul II. Il y a de cela 800 ans, saint François portait au sultan al-Malik al-Kamil un message de paix et de fraternité ; en 1985, le pape Karol Wojtyła effectuait une visite mémorable au Maroc (1) après avoir reçu au Vatican le roi Hassan II – le premier parmi les chefs d’État musulmans -. Mais on peut se demander pourquoi le pape rend visite à des musulmans et pas seulement à des catholiques. Pourquoi y a-t-il tant de religions différentes, comment cela se fait-il ? Avec les musulmans nous sommes les descendants d’un même père : Abraham. Pourquoi Dieu permet-il qu’il y ait tant de religions ? Dieu a permis cela : les théologiens scolastiques parlaient de la volontas permissiva de Dieu. Il a bien voulu permettre cette réalité : qu’il y ait différentes religions ; certaines sont liées à la culture, mais elles regardent toujours le Ciel, elles regardent vers Dieu. Et ce que Dieu veut, c’est la fraternité entre nous et – c’est le motif de ce voyage – plus particulièrement avec nos frères qui sont comme nous fils d’Abraham : les musulmans. Nous ne devons pas avoir peur des différences. Dieu l’a permis. Nous devons avoir peur si nous n’agissons pas dans la fraternité, pour cheminer ensemble dans la vie. Servir l’espérance à une époque comme la nôtre, cela signifie d’abord jeter des ponts entre les civilisations. Et ce fut pour moi une joie et un honneur que de pouvoir le faire avec le noble Royaume du Maroc, en rencontrant son peuple et ses gouvernants. En nous rappelant plusieurs sommets internationaux qui se sont tenus ces dernières années dans ce pays, nous avons avec le roi Mohammed VI réaffirmé le rôle essentiel des religions pour défendre la dignité humaine et promouvoir la paix, la justice et la protection de la création, notre maison commune. Dans cette perspective, nous avons signé avec le roi un appel pour Jérusalem afin que la Ville sainte soit maintenue en tant que patrimoine de l’humanité et lieu de rencontre pacifique, en particulier pour les fidèles des trois religions monothéistes. J’ai visité le mausolée de Mohammed V, rendant hommage à sa mémoire et à celle d’Hassan II, ainsi que l’Institut pour la formation des imams, prédicateurs et prédicatrices. Cet institut promeut un islam respectueux des autres religions et rejette la violence et l’intégrisme, il souligne que nous sommes tous frères et que nous devons oeuvrer pour la fraternité. J’ai accordé une attention particulière à la question migratoire, en en parlant avec les autorités mais plus encore lors de la rencontre dédiée aux migrants.

Certains ont témoigné du fait que la vie de celui qui émigre change, et qu’elle ne redevient humaine qu’à partir du moment où il trouve une communauté qui l’accueille en tant que personne. C’est fondamental. À Marrakech justement, au Maroc, a été ratifié en décembre dernier le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ».  

Un pas important vers une responsabilisation de la communauté internationale. En tant qu’État du Saint-Siège, nous avons apporté notre contribution que l’on peut résumer par quatre verbes : accueillir les migrants, protéger les migrants, promouvoir les migrants et intégrer les migrants. Il ne s’agit pas de définir des programmes d’assistance venus d’en haut, mais d’avancer ensemble autour de ces quatre actions, afin de construire des villes et des pays qui, tout en conservant leur identité culturelle et religieuse, soient ouverts aux différences et sachent les mettre en valeur, en signe de fraternité humaine. L’Église au Maroc est très impliquée dans cette proximité avec les migrants. D’ailleurs je n’aime pas parler de migrants, je préfère dire les personnes migrantes. Et vous savez pourquoi ? Parce que migrant, c’est un adjectif, tandis que personne, c’est un substantif. Nous sommes tombés dans la culture de l’adjectif : nous utilisons des tas d’adjectifs, et nous oublions si souvent les substantifs, c’est-à-dire la substance. L’adjectif doit toujours être relié à un substantif, à une personne ; donc on dit : une personne migrante. Ainsi il y a du respect, et l’on ne tombe pas dans cette culture de l’adjectif, qui est trop floue, trop « vaseuse ». L’Église au Maroc, comme je disais, est très impliquée dans cette proximité avec les personnes migrantes, et c’est pourquoi j’ai voulu remercier et encourager tous ceux qui, avec générosité, se dépensent à leur service, mettant en pratique cette parole du Christ : « j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35). La journée de dimanche a été consacrée à la communauté chrétienne. En premier lieu j’ai visité le Centre rural de services sociaux, géré par les Filles de la charité, ces mêmes soeurs qui s’occupent ici, à Sainte-Marthe, du dispensaire et de la clinique pour enfants. Ces soeurs travaillent avec l’aide de nombreux volontaires et offrent divers services à la population. Dans la cathédrale de Rabat, j’ai rencontré les prêtres, les personnes consacrées et le Conseil oecuménique des Églises.

C’est un petit troupeau, ici au Maroc, et c’est pourquoi j’ai rappelé les images évangéliques du sel, de la lumière et du levain (cf. Mt 5, 13-16 ; 13, 33), Évangile que nous avons lu au début de cette audience. Ce qui compte, ce n’est pas la quantité, mais c’est que le sel ait du goût, que la lumière brille, et que le levain ait la force de faire monter toute la pâte. Et cela ne vient pas de nous, mais de Dieu, de l’Esprit-Saint qui nous rend témoins du Christ, là où nous sommes, dans le dialogue et l’amitié, ce que nous devons vivre en premier lieu entre nous chrétiens, car, dit Jésus : « à ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35). Et la joie de la communion ecclésiale a trouvé sa source et sa pleine expression dans l’eucharistie dominicale, célébrée dans un complexe sportif de la capitale.  

Des milliers de personnes d’environ 60 nationalités différentes ! Une épiphanie singulière du peuple de Dieu au coeur d’un pays musulman. La parabole du Père miséricordieux a fait resplendir au milieu de nous la beauté du dessein de Dieu, qui veut que tous ses enfants prennent part à sa joie, à la fête du pardon et de la réconciliation. Ceux qui participent à cette fête sont ceux qui savent reconnaître en eux le besoin qu’ils ont pour la miséricorde du Père et qui savent se réjouir avec lui quand un frère ou une soeur s’en revient à la maison. Ce n’est pas un hasard si, là où les musulmans invoquent chaque jour le Clément et le Miséricordieux, a retenti la grande parabole de la miséricorde du Père. Et c’est ainsi que seul celui qui renaît et qui vit entre les bras de ce Père, seuls ceux qui se sentent frères pourront être dans le monde des serviteurs de l’espérance. (*) Traduction française de Violaine Ricour-Dumas pour La DC. Titre et note de La DC. (1) DC 1985, n. 1903, p. 939-946.