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Les signes du réveil des peuples du sud de la Méditerranée sont là.

 Comment définiriez-vous «  votre  » Méditerranée  ?

Pour l’intellectuelle algérienne Wassyla Tamzali, vouloir séparer les rives de la Grande Bleue va à l’encontre d’une histoire plus que millénaire. Cette ancienne directrice du programme de l’Unesco pour la promotion de la condition des femmes en Méditerranée dirige depuis 2015 le Centre d’Art qu’elle a fondé à Alger : « Les Ateliers sauvages ». 

La Méditerranée, c’est d’abord la mer – la mer que je préfère. Je m’ennuie au bord des autres, même si leur beauté est bien réelle. La Méditerranée est une mer bruyante, elle me raconte des histoires. Quand je la regarde, je vois l’Histoire et l’Histoire me regarde : Ulysse, Germaine Tillion (résistante et ethnologue française, ndlr), les migrants d’aujourd’hui…

C’est une mer qui me porte. Au soleil face à elle, lorsque je bois un verre de boukha à Tunis, d’arak à Beyrouth ou de raki à Istanbul, je deviens un personnage littéraire. Elle est le lieu de ma « réalité fictive », là où je prends des éclats de vérité pour raconter mon histoire. Sur le Bosphore, j’imagine mes aïeux venus des steppes de Mongolie marchant jusqu’à la Méditerranée, pour finalement s’arrêter là. Sur la terrasse de ma maison en Corse, j’attends Ulysse, mais aussi mon arrière-arrière-arrière et encore plus lointain grand-père. Il était certainement corsaire, sûrement renégat, peut-être albanais, et il va repasser par là en bateau. Car, pour moi, tout débute par la traversée de la Méditerranée par mes deux ascendances. En 1923, ma mère, son père et sa mère sont arrivés de Valence, en Espagne, par le bateau de l’exil qui les a menés à Oran, en Algérie française. Du côté de mon père, ils sont venus d’Istanbul et se sont fixés à Alger au temps de la Régence turque. Mon arrière-grand-père s’installera à Bougie au début de la colonisation française, abandonnant la mer pour devenir marchand. Dans cette ville, on l’appelait « le Stambouliote ».

Être méditerranéen prédispose à une ouverture sur l’autre, une curiosité. Nous sommes issus d’un tel métissage ! Voilà pour le roman familial, mais quel rôle tient la  Méditerranée dans votre propre vie  ?

Elle a scandé toutes mes années, jusqu’à aujourd’hui. C’est mon élément naturel. Je suis née un 10  juillet ; le 1er août, j’étais dans l’eau. C’est là que je suis le mieux. Je ne l’ai jamais vraiment quittée. J’ai vécu à Bougie, puis à Alger jusqu’à mes 40 ans, ensuite à Paris, puis je suis revenue en Algérie. Mon attachement à elle fait de moi une nomade qui, tout en quittant souvent les rives de la Méditerranée, y revient toujours. Être méditerranéen prédispose à une ouverture sur l’autre, une curiosité. Nous sommes issus d’un tel métissage !

Quel objectif poursuiviez-vous en tant que directrice du programme de l’Unesco pour la promotion de la condition des femmes en Méditerranée ?

Je souhaitais lutter contre l’idée qu’il y aurait une condition des femmes arabo-musulmanes indépassable, une donnée fixe à travers le temps, qui ferait que la domination des femmes serait naturelle. C’est ce que j’entendais autour de moi, formulé dans un registre religieux – « c’est écrit par Dieu » – ou bien-pensant – « c’est leur culture, il faut la respecter ». Une analyse de la condition contrastée des femmes dans le nord et le sud de la Méditerranée m’a beaucoup aidée à sortir de cette impasse religieuse ou naturaliste, ou encore « tolérante », en me donnant un argument solide. Dans son brillant essai Le Harem et les Cousins, publié en 1966, Germaine Tillion opère des rapprochements audacieux entre les Aurès et la Grèce antique, entre l’Hélène de la mythologie grecque et la reine de Saba. Elle démontre que le statut de la femme dans l’Islam est très inspiré de celui de la femme dans la Grèce antique, notamment sur les questions du mariage ou de l’héritage. Voilà qui casse l’idée d’une spécificité indépassable ! Lorsque j’organisais un colloque entre femmes des pays de la Méditerranée, quel que soit le sujet abordé (éducation, économie…), le premier réflexe des participantes était de souligner leurs différences. Dans un deuxième temps, elles notaient de grandes similitudes dans leur condition de femme. À partir de là, nous pouvions commencer à élaborer des politiques pour essayer de changer ces situations.

Les choses n’ont pas évolué au même rythme des deux côtés. Les pays européens ont mis la religion où il fallait, peu à peu. Pas les pays arabes et maghrébins.

Quelles sont les principales différences et ressemblances entre les Méditerranéennes ?

La principale différence est le temps historique. Les choses n’ont pas évolué au même rythme d’un côté et de l’autre de la mer. Les pays européens ont mis la religion où il fallait, peu à peu. Pas les pays arabes et maghrébins. De là, sans doute, découle une grande différence de régime politique. Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui les femmes espagnoles et les femmes marocaines, par exemple, n’ont pas le même statut. Ce n’est pas une question de nature, mais de politique. Et si l’on veut parvenir à une situation idéale d’égalité, il suffit de s’en donner les moyens politiques. L’expérience tunisienne reste unique, et l’on peut espérer que l’Algérie suive cet exemple – c’est bien parti, je crois. Quant au plus grand dénominateur commun des Méditerranéennes, il réside dans les rapports familiaux. Je le constate tous les jours en Corse, où je vis une partie de l’été. En Italie du Sud, une amie psychanalyste napolitaine m’a dit : « En Méditerranée, le couple, c’est la mère et le fils ». Beaucoup se reconnaîtront dans cette formule.

 La culture méditerranéenne existe-t-elle, selon vous ?

La culture anthropologique, les mœurs, le manger, la musique, le vivre de tous les jours… Oui, je pense qu’il y a quelque chose de typiquement méditerranéen. La tradition de l’accueil, de l’échange, de l’hospitalité. Ces images de convivialité autour des tables, de fêtes dans les grandes maisons, de patios sous les treilles sont très fortes pour moi. Savoir accueillir le voyageur comme un autre soi-même et le lui faire sentir. Être méditerranéen, c’est être d’ailleurs et d’ici. Je prends conscience de cet art de vivre méditerranéen uniquement lorsque je ne suis pas avec un Méditerranéen. C’est quelque chose qui se dévoile au niveau des comportements, de la gestuelle, du corps dans l’espace. Je me sens toujours proche d’un Italien, d’un Espagnol, d’un Tunisien ou d’un Algérien, bien sûr, avec lesquels j’entre naturellement dans un niveau de discussion et de familiarité qui n’est pas le même qu’avec un Arabe du Golfe, un Anglais, un Allemand ou un Suisse. Je ne parle pas ici des communautés d’idées, qui, elles, dépassent toutes les frontières, ni d’une question abstraite, mais d’expériences de vie. Je dirais même que cette idée me dérange, mais certaines choses résistent à la raison.

Les destins de l’Europe et de la Méditerranée sont-ils liés ?

Absolument. Tout d’abord, c’est un espace naturellement constitué, et on sait combien la géographie a joué un rôle important dans la construction des ensembles politiques. L’Europe aurait intérêt à considérer que la Méditerranée peut la renforcer face aux Américains, aux Russes et aux Chinois. L’erreur fatale a été de ne pas accepter la Turquie il y a 15 ans. En accueillant en son sein un pays musulman important, l’Union européenne aurait démontré que sa frontière n’était pas l’islam, ce qui aurait été conforme à son histoire de sécularisation profonde – peut-être d’ailleurs pas si profonde que ça ! Les Européens sont passés à côté. Ils ne sont sans doute pas complètement sortis de leurs complexes impérialistes. Depuis, c’est l’échec grandissant de cette idée, avec d’un côté la peur du monde arabe et de l’islam et de l’autre, le ressentiment des pays anciennement colonisés. Nous sommes donc dans une situation d’affrontement violent, qui trouve son expression la plus radicale dans le problème palestinien. Les politiques européennes soutiennent Israël. Il n’y aura pas d’Euroméditerranée, cette tarte à la crème de la diplomatie de la région, tant que le problème de la Palestine ne sera pas réglé. Et ce ne sont pas les pays arabes du Golfe, qui n’ont rien à voir avec la Méditerranée, qui pourront le faire.

Ces centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent un enfer, sur terre comme sur mer, leurs routes, leurs camps, leurs tombes tracent les chemins de la mondialisation en Méditerranée.

La Méditerranée a-t-elle basculé d’un vieux clivage culturel entre ses deux rives à une Méditerranée mondialisée ?

Je pourrais répondre d’une façon lapidaire en disant que les mœurs et les manières de vivre dans les pays du Sud ont changé, bien évidemment, en particulier sous l’effet des colonisations française, italienne et espagnole. Mais pas très profondément. Le couscous et le Coca-Cola font bon ménage ! Là n’est pas la réponse qui m’intéresse. Si le terme « mondialisation » veut dire l’utilisation d’Internet et des autres technologies, alors les pays du sud de la Méditerranée n’y échappent pas, comme ils n’échappent pas aux modes et aux influences. Mais n’est-ce pas enfoncer des portes ouvertes que de dire cela ? Le terme « mondialisation » concerne essentiellement les mouvements de capitaux. Là, je ne pourrais rien en dire, car je ne sais pas. Sauf à évoquer les scandales de corruption, qui sont des affaires de gros sous et mettent au jour une mondialisation réellement à l’œuvre dans ce fléau. Pour ma part, c’est une autre forme de mondialisation qui m’occupe l’esprit. Un phénomène tragique qui pèse aujourd’hui sur la Méditerranée, qui l’endeuille  : les déplacés, les harraga (littéralement, les « brûleurs » de frontières, ndlr), les morts noyés… Ces centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent un enfer, sur terre comme sur mer. Leurs routes, leurs camps, leurs tombes tracent les chemins de la mondialisation en Méditerranée. Prenez un réfugié syrien qui vient jusqu’aux portes de la France. Pourquoi est-il chassé de chez lui ? À  cause d’une révolution ou bien à cause de son traitement mondialisé par les Américains, les Français, les Russes ? L’émigration des Syriens en Europe est le résultat de la mondialisation de la politique. On peut d’ailleurs se demander pourquoi un problème qui oppose un dictateur à des défenseurs de la liberté devient un problème mondial. Ne pourrait-on pas dire que ce n’est pas la Méditerranée qui est le terrain de la mondialisation, mais que c’est la Méditerranée et ses vieux démons qui mondialisent la guerre ?

Le bassin méditerranéen semble être un « nœud » géopolitique où s’écrit l’Histoire. Cela lui donne-t-il une responsabilité particulière ?

Avant de parler de responsabilité, il faudrait que nous, Méditerranéens, soyons plus modestes. La Méditerranée, au regard du monde, est un espace minuscule encore plus insignifiant sur le plan économique. Sa richesse est ailleurs. Ce que nous avons produit de mieux, ce sont des mythes, des religions et des histoires. Alors, oui, nous avons une responsabilité dans l’écriture du grand livre de l’Histoire de l’Humanité, qui ne pourra pas continuer à s’écrire sans nous. Il faut souligner ici l’importance pour tous, et pas seulement pour les Méditerranéens, d’événements comme la révolution tunisienne, et celle qui se dessine en Algérie. Le sursaut des autres pays arabes, les moyens de vivre donnés enfin au peuple palestinien seraient autant de garanties pour l’avenir du monde. Nous avons une responsabilité à la mesure de notre histoire. La Méditerranée doit retrouver cette créativité qui illumina l’histoire de l’humanité. Sur le plan politique, les nœuds géopolitiques ne se déferont que dans un exercice plein de toutes les libertés. Et c’est difficile.

Finalement, le Méditerranéen est-il condamné à être prisonnier de son histoire ?

Non. Les signes sont là du réveil des peuples du sud de la Méditerranée. Pour peu qu’on leur laisse la possibilité d’être eux-mêmes, ces peuples avanceront vers la liberté, qui est la source de toute création et du partage avec l’autre. Leur jeunesse, qui le dit avec force,  refuse la violence et refuse de perpétuer le drame de sang qui ensanglante ses terres. Il faudra bien les écouter. Pour le bien de tous. Qu’a gagné la communauté internationale en participant à l’étouffement dans l’œuf de la révolution égyptienne, en soutenant cette armée parce qu’elle est le gendarme de la région  ? Ce grand pays réduit à marcher au pas sous le fouet d’un dictateur qui se prend pour un pharaon  ! Combien de Youssef Chahine (cinéaste égyptien, 1926-2008, ndlr) ont été découragés ?! Combien de femmes, comme Assia Djebar (femme de lettres algérienne, académicienne, 1936-2015, ndlr), ont quitté leur pays pour des villes du Nord  ! Le monde est rond et tout ce qui se passe dans le sud de la Méditerranée a et aura des répercussions dans les pays du Nord. Aujourd’hui, il faut que l’on se regarde de part et d’autre avec respect et avec le sens de la justice et de l’égalité. Il ne sert à rien de monter un mur en Méditerranée. Ce serait non seulement aller à l’encontre d’une histoire plus que millénaire, mais encore s’opposer à l’histoire de l’humanité qui a commencé ici et qui n’a pu être ce qu’elle est qu’en traversant cette mer. Cette mer que j’aime des deux côtés  : d’Algérie, cette terre où j’ai puisé l’essentiel de mon être  ; et du promontoire le plus extrême de la France, Bonifacio, d’où je continue à attendre Ulysse. 

Retrouvez l’intégralité de cet entretien et tous les secrets de la Grande Bleue dans notre nouveau hors-série La Vie-Le Monde, l’Histoire de la Méditerranée.

C’est sur ses rives que les grandes pages de l’Histoire universelle se sont écrites. Passerelle entre l’Orient et l’Occident, la Méditerranée fut une mer d’aventures : marins et pirates grecs, phéniciens ou étrusques, conquérants romains et musulmans… Elle a vu s’affronter des empires, connu les bouleversements coloniaux et reste au cœur de l’actualité avec les drames des migrations. Avec ce hors-série La Vie-Le Monde riche en cartes originales et en documents exceptionnels, les meilleurs spécialistes vous embarquent dans l’extraordinaire odyssée de la Grande Bleue.

1) DEVELOPPEMENT DES RELIGIONS ABRAHAMIQUES A PARTIR DU BASSIN MEDITERRANEEN.

2) LEURS REFORMES ET L’INFLUENCE DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX DANS LE MONDE CONTEMPORAIN

  Lieux : Collège des Bernardins, Grande Mosquée de Paris, Institut Elie Wiesel, Temples Protestants

 En cette année de célébration du 500ème anniversaire de la Réforme de Luther, il est intéressant d’examiner comment sont nées et comment se réforment actuellement les différentes religions abrahamiques, alors que se développe le dialogue interreligieux, dans une série de conférences mensuelles organisées par la Fraternité d’Abraham en collaboration avec le Collège des Bernardins, l’Institut Wiesel, la Grande Mosquée de Paris, les Temples Protestants de Paris

 ORIGINE MEDITERRANEENNE DES RELIGIONS ABRAHAMIQUES : Judaïsme, Christianisme, Islam (1ère partie : voir programme déjà établi)

LEURS REFORMES ET L’INFLUENCE DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX(2ème partie)

– La Religion Catholique : « Ecclesia semper Reformanda »

            – Réformes de l’Eglise Catholique au XXème siècle et le Concile Vatican II; Réformes de l’Eglise Catholique envisagées ou envisageables au XXIème siècle ?

            – Les Eglises Catholiques d’Orient : Maronite, Grecque Catholique, Arménienne Catholique, Copte Catholique. Leurs particularités et leurs perspectives.

– Les Religions Protestantes :

            – La Réforme Luthérienne et son évolution

            – La Réforme Calviniste et son évolution

            – L’Eglise Protestante Unieau XXIème siècle

            –  L’Eglise Anglicane au XXIème siècle

– Les Religions Orthodoxes :

            – Les Eglises orthodoxes au XXIème siècle

– La Religion Juive :

            – Evolution du Judaïsme Orthodoxe

            – Evolution du Judaïsme Massorti & Evolution du Judaïsme Libéral

– La Religion Musulmane et les différentes branches formées lors de l’évolution de l’Islam

            – Evolution de l’Islam Sunnite

            – Evolution de l’Islam Chiite

            – Le Soufisme

            – Evolution des religions minoritaires en terres d’Islam : Alaouite, Druze, Yezidie, Bahaïe

– Le Dialogue Interreligieux et la Fraternité d’Abraham

 Suggestions de quelques conférenciers :

 Evolution du Catholicisme

            Sœur Dominique de la Maisonneuve ?

            De l’exclusivisme -« Hors de l’Eglise pas de salut »– à l’ouverture de « Gaudium et Spes »au Concile Vatican II

Evolution de l’Islam Sunnite

Evolution de l’Islam Chiite

Evolution du Soufisme

            Djelloul Seddiki ?

Evolution du Protestantisme

            Pasteur James Woody ?

            Sebastien Fath ?

            Pasteur Clavairoly ?

Evolution du Judaïsme

            Grand Rabbin Haïm Korsia ?

            Rabbin Michel Serfaty ?

            Rabbin Philippe Haddad ?

Evolution du Christianisme Orthodoxe

            Grec ?

            Russe ?

Evolution du Bouddhisme

Evolution des religions minoritaires originaires des terres d’Islam : Alaouite, Druze, Yezidie, Bahaïe

            1, 2 ou 4 conférences ?

Evolution des chrétiens d’Orient en France : Maronites, Coptes, Arméniens

            Christian Lochon ?