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Sigmund Freud, le « père de la psychanalyse »

Sigmund Freud : du regard à l’écoute

Sigmund Freud est un médecin neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse. Connu pour ses travaux sur l’inconscient – et notamment sur le rêve, Sigmund Freud a théorisé la « cure par la parole », la psychanalyse.Naissance de Sigmund Freud, le « père de la psychanalyse » 6 mai 1856 :

Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris (MAHJ) a présenté une exposition dont le titre ne peut pas laisser indifférents les amis de la psychanalyse : Sigmund Freud : du regard à l’écoute.

Articulée en neuf tableaux, elle a pour ambition de retracer les étapes clefs du parcours scientifique et intellectuel de Sigmund Freud. C’est la première fois qu’en France une exposition lui est consacrée et à cet égard, elle doit être saluée.

Jean Clair, conservateur général du patrimoine, écrivain, historien d’art, membre de l’Académie française, commissaire de cette exposition, déplie, dans L’Heure Bleue1 que Laure Adler lui a consacré, quelles sont les orientations qu’il a données à cette exposition. Il est important d’envisager l’empreinte donnée à ce travail.

On a coutume d’envisager que la Vienne de la fin du XIXème siècle constituait un noyau culturel, une ville où soufflait un air de modernité, où de nouvelles expériences pouvaient être réalisées.  Il semble alors aller de soi que c’est dans cette effervescence, dans ce contexte, que le génie de Sigmund Freud ait pu s’exprimer pour donner naissance à la psychanalyse. Jean Clair tempère cette idée en évoquant Freud comme un homme profondément du XIXème siècle (la famille Freud s’est installée à Vienne en 1860, Sigmund avait quatre ans), « plus proche de Maupassant que de Proust », et pas lié aux mouvements de modernité.

Il rappelle alors qu’il faut se souvenir qu’avant d’être un médecin de l’âme, Freud fut d’abord un « neurologue objectiviste, passionné par les schémas du système neuronal ». Jean Clair avance que c’est d’avoir été confronté à trop d’images (notamment lors de son séjour à la Salpêtrière) qui fera comprendre à Freud qu’il est « sur un chemin d’erreurs ». Jean Clair en tire un premier fil conducteur : Freud va « s’éloigner des images et de la scientificité supposée de celles-ci pour se confier aux mots seuls ». D’où le titre de l’exposition, « Du regard à l’écoute ». C’est ce glissement qui va permettre la naissance de la psychanalyse.

L’évocation des origines juives de Freud va constituer le second fil conducteur de l’exposition. Si Freud n’a jamais renié sa condition de juif, sa crainte a pu être que la psychanalyse soit réduite à une « science juive ». Se revendiquer « athée et matérialiste » lui garantissait une sorte d’indépendance intellectuelle.

Cependant, Jean Clair avance que dans la seconde partie de sa vie, quand il chemine dans les découvertes psychanalytiques, Freud se rapproche de la spiritualité juive en mettant en parallèle « l’interprétation indéfinie de la parole et une pratique tellement voisine de l’interprétation du Talmud ». La bible exposée du jeune Sigmund, très illustrée, fait faire à Jean Clair le lien entre le passage du trop d’images (images colorées de la bible, imageries médicales) à l’écoute permettant ainsi l’articulation des deux grands thèmes de l’exposition.

Presque au terme du parcours, illustrant la séquence « La vie sexuelle », L’Origine du Monde de Gustave Courbet s’offre à notre regard « à un mètre de l’œil », sans le voile de la couverture peinte (exposée dans la même pièce) par André Masson qui cachait le tableau alors qu’il était la propriété de Jacques Lacan.

Une reproduction du Moïse de Michel-Ange nous salue avant de quitter cette exposition, symbole final illustrant les relations de Freud au judaïsme.

Pour celles et ceux qui souhaiteraient suivre un peu plus loin les fils tendus par Jean Clair, on pourra lire le numéro 173 du magazine Tenoua dont le titre est « Sur le divan avec Freud ».

Enfin, le petit film projeté au sein de l’exposition (où l’on voit Freud, déjà très affaibli, dans son exil à Paris puis à Londres parmi ses proches) et la seule archive audio de Sigmund Freud enregistrée sur la BBC le 7 décembre 1938 (diffusée lors de l’émission de Laure Adler) constituent deux moments très émouvants.  Sophie Seeberger

 

Pour ce nouveau film-documentaire, David Teboul s’intéresse à Sigmund Freud. Au contraire de rappeler une énième fois qu’il est le « père de la psychanalyse », le réalisateur choisit de souligner qu’il est avant tout le fils de Jacob.

Car, avant d’être un père, Freud a été un fils. Et pas n’importe lequel. Le petit Sigmund né en 1856 en Moravie, dans une famille juive. Lui-même, écrira-t-il, « est resté juif ».

Son père, Jacob, « cet homme peu banal », lui offre une Bible de Philippon, qui accompagnera Freud toute sa vie. Le judaïsme est présent dans cette famille bourgeoise qui déménage à Vienne où l’assimilation est naturelle au milieu d’une société d’intellectuels juifs.

A travers ses correspondances, David Teboul dresse le récit d’un Freud intime. Et d’un Freud qui rêve.

Un Freud qui rêve

Sigmund Freud voit dans l’expérience onirique un guide et en fait la voix/voie royale pour atteindre l’inconscient. A la mort de son père, il s’atèle sérieusement à son premier livre, L’interprétation des rêves, qui paraîtra en 1900.

Dans la Torah, Jacob (1) – celui qui rêve – est le père de Joseph (2), qui sauvera sa vie et accomplira son destin, et celui du peuple juif, en interprétant les rêves de Pharaon, en Egypte. Freud, digne fils de son père, Jacob, pouvait-il faire autre chose que d’écrire L’interprétation des rêves ?

Pour ce juif assimilé, attaché aux valeurs du judaïsme mais profondément laïc, les personnages de l’histoire juive feront figure de repère.

Il se verra en Moïse (auquel il consacrera un ouvrage entier à la fin de sa vie), arrêté par la mort sur le chemin de la Terre promise,  et son disciple, Carl Gustav Jung, en Josué. Il lui écrira qu’il lui souhaite de posséder bientôt « la terre promise de la psychiatrie ».

Freud se rêve en père indépassable mais Jung est un fils rebelle. Il reproche à son mentor ses analyses trop guidées par les théories sexuelles. Dans une lettre d’une grande violence symbolique, Jung rompt définitivement les liens avec Freud.

En 1905, peut-être précisément parce que Jung lui a reproché son grand intérêt pour la chose, Freud publie Trois essais sur la théorie sexuelle. Il y mentionne pour la première fois l’idée d’une sexualité infantile. Si elle est immédiatement condamnée par les médecins viennois, elle s’inscrira bientôt au cœur de la pratique analytique freudienne.

Une science juive

Depuis la déclaration Balfour de 1917, le projet sioniste progresse. Freud accepte de contribuer à La Revue Juive, fondée par Albert Cohen, qui encourage l’élan sioniste en Palestine.

Freud témoigne une sympathie pour le projet sioniste mais émet un jugement réservé quant à sa réalisation. Il soutient cependant l’établissement de l’Université hébraïque de Jérusalem et en salue l’ambition scientifique.

Freud demeura inquiet toute sa vie de voir la psychanalyse devenir « une science juive », même s’il reconnaît qu’elle n’a pu être pensée qu’à travers une connaissance certaine du judaïsme.

On peut alors imaginer combien la démonstration trop directe d’un soutien à une ambition juive, ou à une pratique des traditions pouvait paraître à Freud comme un signal d’alarme, à éviter à tout prix.

Vacillant entre l’incarnation d’un juif convaincu par les valeurs universelles qui traversent la Torah, et celle d’un intellectuel inquiet d’être perçu comme un juif, Freud a traversé la vie d’un endroit à l’autre. Il a finalement été un parfait un juif errant.

David Teboul dessine les contours de la vie privée de Freud. Homme à femmes en cela qu’il en a toujours été entouré, fils de Jacob, et père d’Anna.

Il invite le spectateur à une lecture intime et explore la relation complexe entre le père de la psychanalyse et son judaïsme.

*Sigmund Freud, un juif sans Dieu, de David Teboul, à voir sur Arte TV jusqu’au 4 juin 2020. Avec les voix de Mathieu Amalric, Isabelle Huppert, Catherine Deneuve et Jeanne Balibar.

  1. Genèse XXVIII, 10-22
  2. Genèse XXXVII, 1-11, XL et XLI, 1-46