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Des médecins se rebellent et soignent à la chloroquine

Ils n’attendront pas la conclusion des études thérapeutiques.

 

A l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée Infection à Marseille AFP/Gérard Julien, six médecins de l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille ont décidé d’utiliser le fameux traitement à la chloroquine pour tous les patients infectés.

Ils n’attendront pas la conclusion des études thérapeutiques.

Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée Infection à Marseille

Ces six médecins traite-ront directement  les pa-tients infectés à la chloroquine. Cette déci-sion est officialisée dans un communiqué, va à l’encontre des recom-mandations des autorités.

Les Pr Philippe Brouqui, Jean-Christophe Lagier, Matthieu Million, Philippe Parola, Didier Raoult, et le Dr Marie Hocquart, obéissant à leur “devoir de médecin”, ont décidé “pour tous les malades fébriles qui viennent consulter, de pratiquer les tests pour le diagnostic d’infection à Covid 19”.

Concernant les patients infectés, “dont un grand nombre peu symptomatiques ont des lésions pulmonaires au scanner”, ils proposeront “au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic, un traitement par l’association hydroxychloroquine (200 mg x 3 par jour pour 10 jours) + Azithromycine (500 mg le 1er jour puis 250 mg par jour pour 5 jours de plus), dans le cadre des précautions d’usage de cette association. Dans les cas de pneumonie sévère, un antibiotique à large spectre est également associé.”

Les médecins marseillais, qui mènent là un véritable putsch, expliquent “qu’il n’est pas moral que cette association (de médicaments) ne soit pas inclue systématiquement dans les essais thérapeutiques concernant le traitement de l’infection à Covid-19 en France”. “

“En résumé, revendiquent-ils, nous prenons les affaires en main. ”

Illustration prise antiviral chloroquine OTTONELLO JEAN-FRANCOIS

Essais, traitement, ris-ques, interdiction: ce que l’on sait sur la chloro-quine, ce médicament qui pourrait soigner le Covid-19. Depuis que le professeur Raoult de l’IHU Marseille a affirmé que la chloroquine et ses dérivés étaient efficaces dans le traitement du Covid-19, cette molécule est au centre de toutes les attentions – et les polémiques – alors que les essais vont être généralisés.

Mardi 17 mars, la chloroquine a fait son entrée à la sortie du Conseil des ministres, dans la bouche de la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui évoque « des essais prometteurs ».

La veille, le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU de Marseille, expliquait dans une vidéo postée sur Youtube comment le Plaquenil, associé à un antibiotique, avait permis la disparition du coronavirus SARS-Cov-2 chez les trois-quarts des patients qu’il avait traités.

La chloroquine est un vieux médicament, élaboré dans l’entre-deux-guerres et mis sur le marché en France en 1949. Cette molécule est dérivée de la quinine, un alcaloïde naturel antipaludique extrait de l’écorce d’un arbuste d’Amérique du Sud, le quinquina, connu pour faire baisser la fièvre.

Initialement, le médicament est utilisé contre le paludisme. Mais dans les années 1960, les parasites responsables de la maladie deviennent de plus en plus résistants aux antipaludéens de synthèse et ceux-ci – la chloroquine et une molécule « cousine » l’hydroxychloroquine – se trouvent alors davantage employés dans la lutte contre des maladies auto-immunes, le lupus par exemple. 

La chloroquine est commercialisée en France sous le nom « Nivaquine » et l’hydroxychloroquine sous celui de « Plaquenil ».

« Agnès Buzyn a interdit la chloroquine », c’est le message partagé des milliers de fois sur Twitter et Facebook depuis quelques jours déjà. En cause, un arrêté du 13 janvier 2020, publié au Journal officiel du 15 janvier, signé par le directeur général de la Santé par délégation pour Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé. Il place l’hydroxychloroquine sur « la liste II des substances vénéneuses ». 

Qu’est-ce-que cela change? Cela signifie que le médicament, en l’occurence le Plaquenil n’est plus disponible que sur ordonnance alors qu’auparavant sa vente était libre. En pratique, la plupart des personnes qui bénéficient d’un traitement incluant cette substance sont en possession d’une prescription médicale.

Pourquoi ce nouveau classement? La chloroquine est, elle, inscrite sur la liste II des substances vénéneuses depuis 1999. C’est une des raisons pour lesquelles l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a choisi de faire de même avec l’hydroxychloroquine, les deux molécules étant « similaires » au plan « de la structure et des propriétés pharmacologiques », justifie l’agence dans sa demande. Selon elle, la chloroquine ne doit pas être utilisée pendant la grossesse, à cause de son potentiel « génotoxique », c’est-à-dire pouvant induire des dommages à l’ADN. Si « les données disponibles sur la génotoxicité de l’hydroxychloroquine sont quant à elles limitées », l’ANSM a choisi le principe de précaution. 

Ces démarches sont antérieures au déclenchement de l’épidémie de coronavirus, l’agence nationale de sécurité du médicament ayant réclamé l’avis de l’ANSES pour le classement – c’est la procédure – le 8 octobre 2019. 

En pratique, les médecins continuent à prescrire ce médicament chez les femmes enceintes qui en ont besoin. Dans sa notice sur la chloroquine, l’OMS ne fait état d’aucune contre-indication, au contraire. 

En revanche, la chloroquine est considérée comme un médicament à marge thérapeutique étroite, ce qui veut dire que la dose thérapeutique est proche de la dose fatale, qui provoque de façon « brutale et précoce » des troubles cardio-vasculaires. 

Dans une étude de 2011 du CHU de Toulouse sur le bénéfice-risque du traitement par Plaquenil, la toxicité de l’hydroxychloroquine est évoquée surtout pour la rétine et sur un temps long: « [Celui-ci] est très faible pour une dose inférieure à 6.5 mg/kg/j pendant 5 ans. Il augmente aux alentours de 1 % après 5 à 7 ans d’utilisation de l’hydroxychloroquine ou pour une dose cumulée de 1.000 g d’Hydroxychloroquine. Le risque augmente ensuite encore avec la poursuite de l’utilisation du médicament ».

Le traitement du professeur Raoult utilise un dosage précis : « 600 mg par jour pendant dix jours », détaille le spécialiste des maladies infectieuses et tropicales dans sa vidéo.

Une partie des réticences de la communauté scientifique peut s’expliquer – outre le faible échantillon de personnes sur lequel a été mené le premier essai clinique du professeur Raoult –  par les précédentes expériences de cette molécule utilisée comme antiviral.

Ce n’est pas la première fois que la chloroquine ou son dérivé l’hydroxychloroquine sont testées dans la lutte contre des maladies virales aigües. Dans les années 1990, elles ont été utilisées dans la recherche contre le Sida. In vitro, les résultats étaient encourageant, mais ils n’ont pas été concluant, in vivo, c’est-à-dire sur des être vivants. Même chose pour les tests qui ont été conduits sur la dengue, le virus Zika ou encore Ebola.

Le 12 mars dernier, Le Monde publie un article intitulé « La recherche française mobilisée contre le Covid-19 ». Il est question d’un essai clinique piloté par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, qui va évaluer chez 800 patients en France plusieurs traitements contre le SARS-CoV-2. Au total, l’objectif est de réunir 3.200 patients, avec la participation d’équipes médicales d’autres pays européens.

L’article précise que les malades volontaires vont être répartis en 4 groupes, pour tester 4 protocoles de soins différents : « Dans le premier, ils recevront des soins de réanimation optimaux sans médicament antiviral ; ceux du groupe 2 se verront administrer l’antiviral remdesivir ; dans le groupe 3, les patients absorberont une association lopinavir-ritonavir, déjà utilisée contre le VIH ; la même association sera administrée dans le quatrième groupe en combinaison avec un autre médicament, l’interféron bêta, tout cela en plus des soins de réanimation. »

Il n’est pas fait mention de l’hydroxychloroquine, qui n’avait alors pas été retenue pour faire partie de l’essai. Deux arguments étaient avancés par le professeur Yazdan Yazdanpanah, directeur du consortium REACTing, pour le justifier: « le problème d’interactions médicamenteuses avec d’autres traitements chez des patients en réanimation, et l’existence d’effets secondaires de la chloroquine ». 

Dix jours plus tard, le traitement préconisé par le professeur Raoult est intégré à l’étude. Samedi et dimanche, le Ministre de la Santé Olivier Véran a répété avoir demandé à ce que l’étude menée par le professeur Raoult «puisse être reproduite à plus large échelle dans d’autres centres hospitaliers, par d’autres équipes indépendants». Un complément nécessaire selon le ministre car «jamais aucun pays au monde n’a accordé une autorisation de traitement sur la base d’une étude comme celle-ci». Les résultats sont attendus d’ici une quinzaine de jours.