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Khaled Drareni, journaliste,  symbole d’une Algérie qui veut respirer

« Je suis un journaliste et non… un criminel »

Condamné à trois ans de prison en première instance, Khaled Drareni, qui a vu sa peine ramenée à deux ans de prison en appel, est une vraie victime du système. Par Le Point Afrique

De nombreux rassemblements ont eu lieu autant en Algerie qu’a l’etranger pour denoncer son proces et le verdict qui lui est inflige.  » v:shapes= « Image _ 0020_1 »>

La preuve que Khaled Drareni est devenu « le symbole du combat pour la liberté de la presse » : de nombreux rassemblements ont eu lieu autant en Algérie qu’à l’étranger pour dénoncer son procès et le verdict qui lui est infligé.  

Khaled Drareni a été condamné en appel ce 15 septembre à deux ans de prison. En première instance, le 10 août dernier, le tribunal lui avait infligé trois ans de prison ferme : la plus lourde peine infligée à un journaliste en Algérie depuis l’indépendance du pays, en 1962. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) avait dénoncé « un réquisitoire infondé et extrémiste » au lendemain du déroulé du procès en appel de Khaled Drareni, toujours emprisonné. RSF avait appelé à « renforcer la mobilisation » pour obtenir sa libération. « Deux ans de prison ferme pour Drareni. Nous allons faire un pourvoi en cassation », a déclaré à l’AFP l’un de ses avocats, Me Mustapha Bouchachi. Dans un tweet, le frère du journaliste, Chekib Drareni, s’est dit « écoeuré, choqué et déçu de la décision de la Cour qui renforce encore une fois l’injustice en Algérie ». Avocats, collègues et proches de Khaled Drareni espéraient un jugement clément, sinon une relaxe. La sévérité de la sentence a déclenché l’indignation et la colère des journalistes venus le soutenir au tribunal.

Un procès quasiment sans témoin

Lors de l’audience, mardi 8 septembre à Alger, le procureur avait requis, comme en première instance, quatre années de prison ferme et une amende de 50 000 dinars (330 euros) contre le directeur du site d’information en ligne Casbah Tribune, également correspondant en Algérie pour la chaîne de télévision francophone TV5 Monde et pour RSF. « Le procès en appel de @khaleddrareni s’est ouvert quasiment sans témoin ! À peine dix journalistes ont pu entrer dans la salle d’audience contre une centaine aux premières audiences », avait déploré RSF dans un tweet. L’ONG avait ainsi dénoncé « la volonté manifeste des autorités de limiter la couverture médiatique du très symbolique procès en imposant, sans préavis, de nouvelles restrictions d’accès aux journalistes ».

Un procès contre la presse et le hirak

Deux co-inculpés, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, figures du hirak, étaient aussi présents à l’audience. Le procureur avait également requis quatre ans de prison ferme contre eux. Ils avaient écopé chacun de deux ans de prison, dont quatre mois ferme, mais s’étaient présentés libres devant le tribunal, après avoir purgé leur peine. « La vacuité du dossier et l’absurdité des accusations sont patentes […]. Il revient aux autorités algériennes d’arrêter cette furieuse fuite en avant dans la répression », avait souligné le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire, dans un communiqué en appelant « toutes les bonnes volontés à se mobiliser pour faire pencher la balance du côté de la justice véritable ».

Au cours de l’appel, Khaled Drareni, 40 ans, devenu un symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie et soutenu par une forte mobilisation pour sa libération, avait rejeté catégoriquement les accusations portées contre lui. « Je suis un journaliste et non un criminel. Le journalisme que je pratique ne menace pas la sécurité du pays mais le protège », s’était-il défendu, à l’issue de l’audience. Incarcéré depuis le 29 mars au centre pénitentiaire de Koléa près d’Alger, Khaled Drareni avait été arrêté à Alger le 7 mars alors qu’il couvrait une manifestation du hirak, le soulèvement populaire qui a secoué l’Algérie pendant plus d’un an jusqu’à sa suspension il y a quelques mois en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

Le journaliste était aussi accusé d’avoir critiqué sur Facebook le système politique. « Depuis le premier jour, je n’ai fait que mon métier de journaliste. Je suis là parce que j’ai couvert le hirak en toute indépendance », s’était-il défendu lors de l’audience, selon un des très rares journalistes autorisés à pénétrer au tribunal. « C’est quelqu’un qui garde le moral. Il n’est pas abattu. C’est quelqu’un qui aime son métier, il est fier, parce qu’il sait qu’il n’a rien à se reprocher », avait confié à l’AFP une avocate, Aouicha Bekthià, à la sortie du tribunal.

Mobilisation de médias de toutes parts

Depuis sa condamnation, les appels à libérer Khaled Drareni se sont multipliés, au-delà même des frontières de l’Algérie. Lundi 7 septembre, journalistes et militants des droits humains s’étaient rassemblés à Paris, Alger et Tunis en scandant « Libérez Khaled ! ». Ils dénonçaient notamment le traitement subi par le journaliste : « Il s’agit de la peine de prison la plus lourde prononcée depuis l’Indépendance contre un journaliste pour son travail », avaient affirmé les signataires de la pétition en ligne appelant à sa libération. Son procès en appel s’était déroulé dans un climat délétère de répression à l’encontre des médias indépendants, des militants du hirak et des opposants politiques. Pour rappel, quelque 45 personnes sont emprisonnées pour des faits liés au hirak, selon le Comité national de libération des détenus. Des journalistes ont été accusés par le régime de semer la « subversion » et d’être à la solde de « parties étrangères ». Plusieurs sont en prison.

Drareni, symbole de la volonté d’étouffer la liberté d’expression

En mai, le président Abdelmadjid Tebboune lui-même avait laissé entendre, sans le citer nommément, que Khaled Drareni était un « informateur pour le compte des ambassades étrangères ». Allégation invoquée également selon des avocats par le ministre de la Communication, Ammar Belhimer, qui reprochait au correspondant de TV5 Monde d’avoir travaillé sans jamais avoir eu de carte de presse professionnelle. « Le pouvoir algérien a voulu faire un exemple pour intimider tous les journalistes en Algérie » mais « il en a fait un symbole de défense de la liberté de la presse », avait ajouté Christophe Deloire. Même son de cloche du côté de l’écrivain Yasmina Khadra. Invité sur le plateau de l’émission Maghreb Orient Express, il avait déclaré qu’il faut se battre pour la liberté d’expression, et non pas pour une seule personne, Khaled Drareni est une victime d’un système, qui n’a pas encore compris que ce n’est pas l’autisme qui permet à une nation de s’émanciper ». Preuve que ce dossier est loin de concerner la seule Algérie, l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine avaient aussi exprimé leur « préoccupation » au sujet de l’affaire Drareni.