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5G : le bêtisier des thèses farfelues

Aux craintes légitimes se mêle l’irrationnel. Exemple ?

Le morceau de métal qui permet aux masques de se fixer sur notre nez abriterait une antenne. Guillaume Grallet.

Qui l’eut cru ? La structure métallique qui épouse notre nez pour faire tenir un masque anti-coronavirus sur notre visage serait en réalité… une antenne 5G. En dehors de nous décourager à porter un masque, cette croyance est-elle tout simplement fondée ? Repérée par Forbes, cette thèse soutient notamment que cette antenne n’a pas été installée pour diffuser des vidéos de chats qui pourraient faire le bonheur de son porteur, mais bien pour le surveiller ou encore le rendre malade… Bref, une rumeur aussi anxiogène qu’infondée : les masques n’abritent pas d’antennes 5G, comme l’explique la physicienne Tracy Edwards.

Pourtant très grossière, cette affirmation n’est en réalité que la dernière des thèses hasardeuses que suscite cette technologie qui inspire autant de craintes que de promesses, la principale d’entre elles est de multiplier à terme le débit de nos smartphones par 10. « Les anti-5G ne représentent que 2,6 % de l’opinion publique telle qu’elle s’exprime sur Twitter, chiffre l’agence de communication Majorelle, mais 13,6 % des utilisateurs de Twitter sont exposés une fois par mois à leurs messages, à raison de plus de huit messages par jour en moyenne. » 

Et tout y passe. Il y a quelques mois, on « apprenait », sur d’autres vidéos, que la 5G pouvait transmettre le coronavirus. Cela a été véhiculé en Bolivie et a conduit, explique la BBC, à démonter sur place des antennes, alors même… qu’elles n’étaient pas 5G. Autre rumeur : le fait que des personnalités comme Bill Gates grand avocat des vaccins, ne se serve de ces derniers pour insérer dans les patients des micropuces 5G qui permettent de passer des appels, de transférer de l’argent ou encore de voyager à l’étranger sans avoir besoin de passeport. Rien que cela. Une rumeur qu’a formellement démentie Mischa Dohler, professeur au Kings College à Londres. Mais peu importe, plus c’est gros, plus ça passe, comme on peut le voir dans le tweet ci-dessous.

En Europe et aux États-Unis, des antennes sont incendiées par des opposants à la 5G (Photo d’illustration). © dr

Et cette rumeur de puce 5G sous la peau a été largement diffusée sur WhatsApp et Facebooken portugais. Autre rumeur encore, le déploiement d’antennes entraînerait la mort d’oiseaux, ce qui a été avancé pour justifier l’incendie d’antennes-relais au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas et aux États-Unis.Pourquoi la 5G est-elle devenue si clivante ? Cette technologie n’est en effet pas seulement une nouvelle norme de téléphonie mobile, comme l’étaient la 1G (qui a apporté la voix), la 2G (les SMS), la 3G (le Web mobile) et la 4G, une communication entre les objets. Cette technologie permettra de connecter plus d’objets entre eux – un million d’objets par kilomètre carré –, de manière plus rapide (on parle d’un temps de latence de 2 millisecondes), mais, surtout, avec des débits qui s’adaptent en permanence à la demande, ce qui lui permettra de jouer un rôle clé dans l’industrie du futur, en permettant, par exemple, à des robots de livraison de rouler de manière autonome tout en adaptant leur trajectoire au trafic dans un entrepôt.

Certes, cette technologie pose de réelles questions, dans le domaine énergétique tout d’abord. « Avec ce déploiement, la consommation d’énergie des opérateurs mobiles serait multipliée par 2,5 à 3 dans les cinq ans à venir, ce qui est cohérent avec le constat des opérateurs chinois ayant déployé 80000 sites 5G depuis un an », expliquait dès début 2019 le professeur à Polytechnique Jean-Marc Jancovici, dans un billet intitulé « Faut-il faire la 5G ? » À chaque fois qu’une nouvelle technologie mobile voit le jour, cela crée des craintes », veut tempérer Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms (FFT), qui ajoute : « Le métier des opérateurs consiste à répondre à la demande en Internet mobile sans cesse croissante des usagers. »

Or, selon lui, « d’après les industriels, l’efficacité énergétique [débit utile divisé par la consommation électrique] d’un équipement 5G sera, à un horizon de cinq ans, dix fois supérieure à celle d’un équipement 4G ». Et pour cause, précise-t-il : « Une antenne active 5G a une consommation électrique environ trois fois supérieure à celle d’une antenne 4G de dernière génération, mais elle délivre une capacité théorique maximale quinze fois supérieure. » La 5G, par rapport au dérèglement climatique, est beaucoup plus une solution qu’un problème », a de son côté expliqué Stéphane Richard numéro un d’Orange ce 2 juillet sur France Info.  

Autre crainte des anti 5G : la santé et l’exposition aux champs électromagnétiques. Une enquête commandée à l’Agence nationale de sécurité sanitaire devrait permettre de lever toutes les ambiguïtés. Enfin, la 5G suscite des craintes dans la protection de la vie privée, parce que son déploiement se retrouve décisif dans la guerre technologique que se livrent les États-Unis et la Chine. En effet, alors que les Etats Unis ont rapidement dominé Internet, ils ont délaissé les infrastructures de réseaux, c’est-à-dire les tuyaux qui permettent à ces services Web de fonctionner. Lorsqu’ils se sont réveillés, les Américains se sont aperçus qu’une entreprise créée en 1987 à l’autre bout du monde, en Chine, est dominante, voire incontournable sur le marché. Il s’agit de Huawei. Pour l’Amérique, cela ressemble à un « moment Sputnik » comparable à celui de 1957, lorsqu’elle découvre que les Soviétiques ont pris l’avantage dans la conquête spatiale. Le danger existe, car celui qui dominera cette infrastructure pourra – en théorie – aspirer nos données, bloquer le fonctionnement d’un aéroport ou d’un hôpital, et mettre ainsi une économie entière à l’arrêt en une fraction de seconde.

Répondre à toutes ces questions est légitime. Tout comme il est très important de lever les doutes avant un quelconque déploiement. Mais ce n’est pas en véhiculant des rumeurs les plus folles que l’on pourra faire progresser le débat démocratique. Or, concernant les fausses vérités, nous n’en sommes qu’au début, redoute Jean-Claude Goldenstein, le créateur de CREO point, une société qui s’appuie sur un réseau d’experts humains pour détecter au plus tôt les fausses nouvelles. Sa société s’appuie notamment sur le traitement du langage naturel, une branche de l’intelligence artificielle, pour mettre au point un indicateur de véracité dynamique. « Cette bataille sera d’autant plus difficile à gagner lorsque ces rumeurs s’appuieront de plus en plus sur les deepfakes, ces vidéos truquées plus vraies que nature », pronostique le chercheur. Elles seraient 20 000 à circuler en ligne, contre 8 000 il y a deux ans. Or, pour l’instant, explique-t-il, nous n’en détectons que sept sur dix.