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Israël : « Si les promesses ne sont pas tenues, le pays brûlera »

La colère gronde en Israël, où le chômage est passé à 21 %.

Une grande manifestation était organisée à Tel-Aviv contre la politique menée par Netanyahu. Danièle Kriegel le 12/07/2020

Près de 180 000 personnes ont manifesté dans les rues de Tel-Aviv pour se plaindre de la situation économique du pays. © Danile Bar On / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Près de 180 000 personnes ont manifesté dans les rues de Tel-Aviv pour se plaindre de la situation économique du pays. © Danile Bar On / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Mais la tentative du Premier ministre n’a qu’en partie réussie. La manifestation a bien eu lieu ce samedi. La police avait autorisé la participation de 1 800 personnes. Il en est arrivé au moins dix fois plus. Les orateurs qui se sont succédé à la tribune avaient tous le même discours : « Pendant des années, nous avons travaillé, payé nos impôts et nos charges. Rendez-nous notre argent ! » Dans le public, beaucoup de jeunes. À la tribune, un représentant des étudiants a rappelé : « Nous sommes 350 000. Au début de l’épidémie, nous avons été les premiers à nous porter volontaires pour toutes sortes de boulots. Nous avons été les premiers licenciés. Nous sommes les premiers à faire des réserves militaires. L’état a rompu son contrat avec sa jeunesse. Nous voulons savoir quel est notre avenir. »

Les organisateurs de la grande manifestation de Tel-Aviv avaient prévenu : pas question de politique. Nous avons voulu faire passer un message au gouvernement : « Fini les manœuvres dilatoires ! Versez-nous l’argent promis ! » Face à la menace d’un rassemblement monstre qui pourrait dégénérer au vu d’une colère populaire qui gronde chaque jour un peu plus, Benjamin Netanyahou a tenté de calmer le jeu en invitant, 24 heures avant, certains dirigeants du mouvement. Objectif : expliquer son nouveau plan de sauvetage présenté la veille, lors d’une conférence de presse, et surtout promettre que, cette fois, il serait appliqué. Petit rappel : lors du précédent plan d’aide aux salariés mis en congé sans solde ou aux indépendants en grande difficulté, sur les 100 milliards de shekels promis, seuls 45 milliards ont été versés.

Mais la tentative du Premier ministre n’a qu’en partie réussi. La manifestation a bien eu lieu ce samedi. La police avait autorisé la participation de 1 800 personnes. Il en est arrivé au moins dix fois plus. Les orateurs qui se sont succédé à la tribune avaient tous le même discours : « Pendant des années, nous avons travaillé, payé nos impôts et nos charges. Rendez-nous notre argent ! » Dans le public, beaucoup de jeunes. À la tribune, un représentant des étudiants a rappelé : « Nous sommes 350 000. Au début de l’épidémie, nous avons été les premiers à nous porter volontaires pour toutes sortes de boulots. Nous avons été les premiers licenciés. Nous sommes les premiers à faire des réserves militaires. L’état a rompu son contrat avec sa jeunesse. Nous voulons savoir quel est notre avenir. »

Manifestation monstre dans les rue des Tel-Aviv. © DANIEL BAR ON / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Dans la foule, quelques pancartes : « Vous êtes coupés du peuple. Y en a marre. » Politique ou pas politique, vers 22 heures, des jeunes, quelques centaines selon les médias, beaucoup plus selon des témoins sur place, sont allés bloquer des rues de Tel-Aviv aux cris de « Bibi, démission ! ». Le face-à-face avec les forces de l’ordre a duré une bonne partie de la nuit. Une vingtaine de manifestants ont été arrêtés. Trois policiers ont été légèrement blessés. Ras-le-bol généralisé ? Révolte des nouveaux pauvres ? À ce stade, il y a bel et bien une crise de confiance entre le gouvernement et une grande partie du public israélien, exaspéré par l’ampleur de la crise économique, durcie par les nouvelles mesures de restriction mises en place en raison de la reprise de l’épidémie. Israel 

Voilà plusieurs semaines que le feu couvait. Mais une étincelle a mis le feu aux poudres : la déclaration de Tzachi Hanegbi, ministre sans portefeuille et l’un des responsables du Likoud. Interrogé sur ces familles israéliennes qui, en raison de l’épidémie, ont perdu leur gagne-pain au point qu’aujourd’hui elles n’ont plus de quoi se nourrir, il a répondu : « Foutaises ! Personne en Israël n’a faim ! » Une réaction qui a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Mais pas seulement. Les plateaux de télé se sont mis à regorger de gens très en colère. On a même entendu à une heure de très grande audience un technicien du son, sans travail depuis des mois et sans aide de l’État, traiter Benyamin Netanyahou de menteur. Impossible de l’arrêter ! Les larmes aux yeux et la voix cassée par l’émotion, l’homme d’une cinquantaine d’années a raconté qu’il n’avait même pas 20 shekels (environ 5 euros) à donner à son fils pour aller dans le centre commercial voisin. Copieusement insulté par les partisans de Netanyahou sur les réseaux sociaux, il s’est ensuite excusé. Mais le « la » était donné et les récits d’Israéliens en détresse se sont multipliés.

Je ne crois plus en personne.

Il y a quatre ans et demi, Itamar Shaï a ouvert un bar à Jérusalem, dans le centre-ville. Sept jours sur sept, une clientèle de jeunes laïcs s’y retrouvait heureuse de pouvoir faire la fête également durant le shabbat. Bref, tout allait bien lorsqu’à la mi-mars, Covid-19 et confinement obligent, il doit fermer : « Peu après la fermeture, nous raconte-t-il, j’ai mis mes trois employés en congé sans solde et je suis resté chez moi. Cela a duré deux mois et demi. À la suite du déconfinement, j’ai reçu l’autorisation de rouvrir. Je n’ai pas repris d’employé. J’ouvrais moins longtemps. Et, pendant tout ce temps-là, je n’ai reçu aucune aide de l’État. Aujourd’hui, je suis de nouveau obligé de fermer. Pour moi, l’aventure est finie. » Sans argent et avec un tas de dettes, Itamar va mettre la clé sous la porte. Mais il a pris une décision : « Cela fait quatre mois que je ne paye pas mes impôts. Et cela va continuer. Alors que, depuis près de cinq ans, j’ai payé à l’État tout ce qu’il exigeait, je ne vois pas pourquoi je lui verserais des sommes… que je n’ai pas. »

Nuriel, fan de Netanyahou, qui, il y a un an, ne jurait que par lui, a rendu sa carte du Likoud et annoncé à tous ceux qui voulaient l’entendre qu’il n’irait plus voter

Propriétaire d’un café-pâtisserie dans un quartier résidentiel de Jérusalem, Nuriel n’a pas attendu la seconde vague de Covid pour être en colère. Ce fan de Netanyahou, qui, il y a un an, ne jurait que par lui, a rendu sa carte du Likoud et annoncé à tous ceux qui voulaient l’entendre qu’il n’irait plus voter. « Je ne crois plus en personne, nous dit-il. C’est une crise qui arrive une fois par siècle et l’État est absent. Ils ont fait des promesses. Mais les gens n’ont rien reçu. Et, aujourd’hui, il y a des familles où on ne mange plus que du pain et du fromage blanc. C’est cela, la pauvreté. Là-haut, au gouvernement, ils sont tous coupés de la réalité ». 

Quel peut-être l’effet du nouveau plan annoncé jeudi soir dernier par le Premier ministre ? Il prévoit pour les travailleurs indépendants une aide mensuelle de 7 500 shekels (1 920 euros), et ce, sur un an, le premier versement devant arriver sur les comptes en banque au plus tard mercredi prochain. « Promis juré ! » a lancé le Premier ministre. Des dirigeants du mouvement de protestation menacent : « Si cette promesse n’est pas tenue, le pays brûlera. » Pour Jacques Bendelac, économiste aux Assurances nationales, cette aide n’est pas suffisante. « Il ne s’agit que d’un bol d’oxygène. Dans un an, le problème se posera de la même façon, car ce filet de sécurité économique, comme l’appelle Benyamin Netanyahou, ne prévoit, du moins pour l’instant, aucune création d’emplois. Rien non plus en matière de formation professionnelle pour ceux qui vont devoir changer de métier ou pour les secteurs qui manquent cruellement de main-d’œuvre qualifiée, comme la santé, les transports, l’énergie. » De fait, pour Jacques Bendelac, Israël paye le prix de l’ultralibéralisme économique en place depuis plus de dix ans.

Le gouvernement peut-il changer cette vision qui veut que l’État intervienne le moins possible ? Jacques Bendelac est sceptique. En attendant, les manifestations risquent de prendre de l’ampleur. Quant à la deuxième vague de Covid-19, elle est bien là, et le nombre de malades actifs augmente quotidiennement.