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Comment Sefrioui, radicalisé notoire, catalyse les haines sur le sol français

Il est un des acteurs clés du drame

Suivi par les services de renseignement depuis des années, cet islamiste radical, imam autoproclamé, est un des acteurs clés du drame qui a conduit à la décapitation de Samuel Paty.

Abdelhakim Sefrioui derrière le portrait du Cheikh Yassine, le 9 août 2014, à Paris, lors d’une manifestation anti-israélienne. 

Quel que soit son sort judi-ciaire à l’issue de sa garde à vue, Abdelhakim Sefrioui est un des ac-teurs clés du drame d’Éragny. C’est lui qui, soutenant le père d’une des élèves du collège où enseignait Samuel Paty, a diffusé des messages vindicatifs. Dénonçant un acte «abject», il y demande «la suspension immédiate de ce voyou (Samuel Paty)», dénonce le comportement «irresponsable et agressif» du professeur, conséquence selon lui de «l’appel du président de la République à haïr les musulmans». «Ça fait cinq-six ans, explique-t-il, que des enfants de 12-13 ans, des musulmans, sont choqués, sont agressés, sont humiliés devant leurs camarades.» Par

Prononcé au nom d’un «Conseil des imams de France», organe confidentiel qui tient à prendre ses distances avec Sefrioui, ces diatribes ne risquaient pas de passer inaperçues. Né en 1959 au Maroc, devenu Français après son mariage avec une convertie qui milite avec lui, l’homme est un vieux briscard de l’islamisme. Il est fiché S, inscrit au FSPRT – le fichier des radicalisés – et sa «carrière» d’extrémiste est impressionnante: imam autoproclamé, responsable d’une librairie islamique, activiste antisioniste aux franges de l’antisémitisme. Un palmarès qui lui a valu d’être ciblé par les services de police et de renseignement. Sans qu’ils aient jamais pu réussir, visiblement, à le déchoir de sa nationalité française ou à le mettre en cause dans une procédure judiciaire.

L’homme se fait connaître dès les années 2000. Il est alors président de l’Association culturelle des musulmans des Ulis (Essonne) et commence à suivre une stratégie qu’il n’abandonnera jamais. En 2004-2005, il mobilise dans la rue pour un agrandissement de la mosquée des Ulis mais il est aussi actif dans le 18e arrondissement de Paris autour de la mosquée de la rue Jean-Pierre-Timbaud, alors estampillée radicale par les renseignements généraux et surveillée comme telle. En 2004, il fonde le collectif Cheikh-Yassine (le fondateur du Hamas tué par l’armée israélienne la même année). Il y développe une thématique anti-israélienne, antisioniste, avec de forts relents antisémites. À la même époque, il prend pour cible l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, jugé trop proche de la communauté juive, et vise aussi le recteur de la grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Il continuera à s’en prendre à ces deux responsables dans les années suivantes. En 2010, il est placé en garde à vue alors qu’il harcèle l’imam Chalghoumi une nouvelle fois pour ses liens avec la communauté juive mais aussi pour son soutien à la loi contre le voile intégral. Il tente en réalité de déstabiliser le religieux et de l’évincer de Drancy. Ce qu’il ne parviendra pas à faire. En revanche, il en profite pour mobiliser contre la loi de 2010, à laquelle il est bien sûr farouchement opposé, comme d’ailleurs à la loi sur le voile à l’école de 2004.

En 2006, l’activisme antisioniste de ce religieux autoproclamé le conduit à soutenir la candidature avortée de Dieudonné à la présidentielle. En 2009 puis en 2014, le collectif Cheikh-Yassine se distingue dans les manifestations anti-israéliennes organisées en France. En 2009, il est brièvement interpellé à Paris dans le cadre d’une manifestation non autorisée. Cinq ans plus tard, il participe aux défilés parisiens au cours desquels des appels clairement antisémites sont entendus. Mais le collectif Cheikh-Yassine, groupuscule réunissant quelques dizaines de militants, peut toutefois continuer ses activités sans plus de problème. Au fil des ans, Abdelhakim Sefrioui est ainsi devenu une petite figure de l’islam radical. Il a pris des airs d’électron libre de cette tendance, élargissant son influence par son antisionisme apprécié à l’extrême gauche et restant à l’affût de toute cause lui permettant de défendre sa thèse d’une France persécutant les musulmans. C’est par ce biais qu’il en vient à soutenir Brahim Chnina et à relayer la «colère» de ce parent d’élève contre le «voyou» Samuel Paty.

Comment, sans même évoquer sa responsabilité présumée, directe ou indirecte, dans le drame, un individu aussi identifié a-t-il pu continuer à agir des années durant? D’abord parce que son statut de fiché S et d’inscrit au FSPRT n’entraîne pas une surveillance permanente. Même si ses vidéos et ses propos ne sont pas passés inaperçus pour les services de renseignement. Ensuite parce que les velléités de l’État de s’en prendre à lui, en engageant une procédure de déchéance de nationalité, en interdisant les activités du collectif Cheikh-Yassine, n’ont pas abouti faute de fondements juridiques ou de volontés politiques. Avec une question à la clé: que se passera-t-il si, demain, Abdelhakim Sefrioui est libéré sans qu’aucune charge soit retenue contre lui? Une hypothèse que n’écarte pas un expert qui ajoute que, dans le cadre du projet de loi sur le séparatisme, des solutions juridiques, comme une modification de l’association de malfaiteurs, pourraient être apportées à une telle situation. «Dans ce cas précis, note un haut fonctionnaire, la liberté d’opinion sur les réseaux sociaux, liberté dévoyée, a abouti à une décapitation. Et il faut en tirer les conclusions.» En attendant, il est probable qu’Abdelhakim Sefrioui puisse poursuivre ses activités.

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