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Désiré-Magloire Bourneville, modèle d’excellence républicaine

 

Toute sa vie (1840-1909), ce républicain a oeuvré à la laïcisation de notre système médical.

Qu’on érige une statue à cet illustre médecin français ! Désarmés par le poison de la bien-pensance et du vivre-ensemble, les Français se retrouvent à présent de plus en plus menacés par les offensives islamistes et indigénistes. Par Josepha Laroche

Portrait de Désiré-Magloire Bourneville (1840-1909), docteur neurologue français – Page de couverture de « Le journal illustré » de 1883 – Dessin de Henri Meyer (détail) © Bianchetti/Leemage Leemage via AFP

Ils observent en outre avec impuissance l’explosion des incivilités, la banalisation du vandalisme et celle des violences extrêmes. En état de sidération, ils voient également avec frayeur se multiplier les actes de barbarie sur le territoire national. Tout à coup, ils découvrent qu’ils vivent en France Orange mécanique(1). Dans un tel contexte, il ne se passe pas un jour sans que l’on n’évoque de tous côtés la république et ses valeurs. Tel un mantra, cette mention est devenue une référence inévitable qu’il convient obligatoirement d’invoquer, sous peine d’être soupçonné des pires desseins. Mais chacun entend ce qu’il veut bien entendre. Force est de constater en effet qu’à trop mobiliser les termes de républiqueet de laïcité– tout en leur conférant des acceptions souvent discutables ou en leur adjoignant des adjectifs aussi inutiles que suspects – on en vient à les vider de leur substance et de leur sens.

Il s’avère par conséquent nécessaire de revisiter le parcours des hommes qui se sont battus pour imposer et ancrer ces deux principes au cœur même de notre société. D’autant plus que ces combattants-bâtisseurs nous ont légué un patrimoine précieux que nous avons l’ardente obligation morale de préserver. Parmi eux, on distingue bien sûr l’incontournable Georges Clemenceau. Une figure politique d’exception qui incarna en son temps une défense indomptable et intransigeante de ce cadre républicain et laïque. À ce titre, il reste encore à ce jour une icône légitimement et unanimement encensée.

Pour autant, n’ignorons pas ses compagnons de lutte, ces piliers de la Troisième République qui partagèrent son combat et contribuèrent à faire avancer leur cause commune. Eux aussi remportèrent de notables succès en la matière. Eux aussi connurent une gloire bien méritée. Cependant, le nom de certains est aujourd’hui tombé dans l’oubli. Les nouvelles générations les ignorent alors que leur trajectoire exemplaire devrait pourtant les inspirer et les obliger plus que jamais en ce moment si difficile pour la France.

Désiré-Magloire Bourneville, un homme aux passions multiples et au talent éclectique, fut l’un d’entre eux. Dans le Paris de la Belle Époque, il compta parmi les personnalités les plus emblématiques de la IIIe République, l’une des plus en vue également. Grand médecin humaniste et homme politique, il s’affirma tout au long de sa vie comme un républicain intransigeant et un laïc implacable. L’héritage qu’il nous a laissé, force le respect et constitue un modèle d’excellence républicaine à revisiter. Particulièrement à l’heure où notre nation paraît si fragilisée ; à l’heure où elle doit faire face à une grave remise en cause de son identité.

Un grand médecin humaniste

Désiré-Magloire Bourneville naît dans une famille modeste de l’Eure, le 21 octobre 1840 : il y a donc 180 ans. En 1860, il entreprend des études de médecine et est nommé interne des hôpitaux cinq ans plus tard. En 66, lorsque survient l’épidémie de choléra qui ravage Amiens, il se porte volontaire pour prendre en charge les nombreuses victimes. En gage de reconnaissance, la ville le fait citoyen d’honneur. Spécialisé en neurologie, il devient en 68, l’assistant à la Salpêtrière du célèbre professeur Jean-Martin Charcot(2), avant d’obtenir son doctorat de médecine en 70. Puis, il obtient un poste comme aliéniste à l’hôpital de Bicêtre.

À la charnière de sa carrière médicale et de son engagement républicain, il décide très tôt de s’investir dans le journalisme médical où il se fait rapidement remarquer, compte tenu de la vigueur percutante de sa plume. En 73, il fonde le Progrès médical, un journal qui a vocation à propager les thèses d’une médecine d’avant-garde, ouverte aux questions sociales et aux innovations scientifiques. Dans cet esprit, il publie les fameuses Leçonsde Charcot, tandis que Freud, de retour à Vienne après un stage passé à la Salpêtrière, traduit pour sa part ces textes en allemand.

Très soucieux de la compétence du personnel hospitalier, Bourneville travaille à professionnaliser le métier d’infirmière et à le laïciser. Il fait ainsi créer la première école municipale d’infirmière qui ouvre à la Salpêtrière en 1878. Dans une logique ouvertement anticléricale, il conçoit lui-même l’enseignement de cette nouvelle profession, aussi bien dans ses fondements théoriques que pratiques(3). Ardent partisan de la laïcisation des hôpitaux publics, il œuvre par ailleurs avec acharnement à l’éviction des congrégations religieuses au sein de ces établissements(4). Enfin, révolté par l’incurie des praticiens en matière d’obstétrique, il participe à l’émergence d’une nouvelle spécialité médicale : la gynécologie.

Cependant, le grand combat de sa vie, celui qu’il poursuit avec détermination envers et contre tous jusqu’à sa mort, reste celui qu’il mène en faveur des « idiots », ces malades que l’on désigne comme tels à son époque. Ainsi, durant plusieurs décennies, se bat-il pour que leur humanité soit reconnue et qu’ils puissent bénéficier d’une éducation adaptée à leur handicap. Sur le plan médical, il s’attache tout d’abord à démontrer que ce que l’on nomme l’idiotien’est pas un état irrémédiable, mais au contraire une simple maladie curable. Il s’applique en particulier à démonter la thèse d’Esquirol, qui faisait alors toujours autorité, quarante ans après sa disparition. Or, partant de critères anatomopathologiques, le père de la psychiatrie française avait établi une distinction devenue canonique entre les « imbéciles » et les « idiots ». Ces derniers étant considérés par Esquirol comme « incurables », il estimait que la médecine ne pouvait rien pour eux.

À Bicêtre, Bourneville rejette toutefois cette conception scientiste qui interdisait péremptoirement d’améliorer le sort de ces prétendus « idiots ». Il conteste cette représentation normative et dépréciative qui justifie en outre les thèses eugénistes, fort en vogue en cette fin de XIXe siècle(5). Il démonte donc, point par point, cette catégorisation et lui substitue une vision rigoureusement clinique. L’aliéniste insiste par exemple sur la diversité des symptômes qu’il répertorie un à un et sur la variabilité de leur intensité. Puis, iI nuance les modalités de cette maladie, mettant en évidence qu’elle survient parfois tardivement. Surtout, pour établir un diagnostic fiable, il recommande de prendre en compte l’environnement sanitaire et social des maux observés. Finalement, il démontre que ce qu’Esquirol désignait jadis commodément du terme globalisant et péjoratif d’idiotie, recouvre en réalité un grand nombre d’affections dont les étiologies s’avèrent très différenciées. En définitive, le neurologue établit que le terme générique d’idiotenglobe toutes les « maladies congénitales et chroniques du système nerveux ». Dès lors, toutes les conditions sont enfin réunies pour que chaque sujet malade soit désormais pris en compte et soigné dans sa singularité. Pour les enfants, qualifiés auparavant d’« idiots », Bourneville privilégie jusqu’à la fin de sa carrière l’éducation comme principal vecteur de sa thérapeutique.

Convaincu de la nécessité absolue d’une prise en charge précoce des troubles infantiles, il met ensuite en place ce qui deviendra plus tard la protection maternelle et infantile. En 1879, il prend la direction de la Fondation Vallée qui accueillait jusque-là des jeunes filles affectées d’une déficience intellectuelle. Il développe dans cet établissement une méthode très novatrice et performante fondée sur l’ouïe, le toucher, l’odorat et la marche, ce qui fait de lui l’un des principaux précurseurs de la neuropsychiatrie infantile. En 1890, il réforme profondément ce lieu au point d’en faire le premier institut médico-pédagogique de France – une institution pionnière qui existe aujourd’hui encore – et qu’il dirigera jusqu’à sa mort en 1909. C’est précisément cette année-là qu’il lance sa dernière bataille en soutenant activement une proposition du psychologue Alfred Binet. Celle-ci conduira à l’adoption d’une loi instituant un système scolaire adapté aux enfants handicapés.

Soulignons un point capital : quel que soit leur objet, il n’y a pas lieu de distinguer entre tous les combats que mena Bourneville car ils ont tous servi une seule et même cause, celle d’une France forte, républicaine et laïque.

Un républicain intransigeant et un laïc implacable

Pendant la Commune de Paris, Bourneville est nommé chirurgien-major du 160e bataillon fédéré et tente, à ce titre, de s’opposer à la répression des Versaillais après la semaine sanglante. Franc-maçon, il se lie d’amitié avec le docteur Henri Thulié, ardent propagateur d’une médecine humaniste et grand maître du Grand Orient. Passionné de politique, il s’engage sous la bannière du radicalisme aux côtés de son ami Clemenceau. En 76, il est élu conseiller municipal à Paris, puis conseiller général de la Seine en 79 avant de devenir, dans les rangs de la gauche radicale, député de la Seine de 83 à 89 où il remplace Louis Blanc, récemment disparu. À la Chambre, il s’illustre comme rapporteur du budget de l’Assistance Publique et de celui des asiles d’aliénés. Tout au long de son mandat, il ne cesse de combattre âprement en faveur d’une laïcité sans concessions. En 89, au nom de la Libre Pensée, il tient d’ailleurs à prononcer le discours pour l’inauguration de la statue d’Etienne Dolet, poète et éditeur, brûlé comme hérétique en 1546 : un geste qui donne le ton et symbolise l’engagement politique de ce libre-penseur.

Naturellement, ses positions scientifiques et politiques lui valent d’être vivement attaqué durant toute sa vie. À titre d’illustration, rappelons simplement les propos du monarchiste, antidreyfusard et nationaliste, Léon Daudet. Ce journaliste et homme politique bien connu pour sa plume acerbe dépourvue de toute aménité, cet écrivain clérical et antisémite, brosse un portrait assassin de Bourneville dans Les Morticoles,son premier roman paru en 1894. Avec ce récit cynique et critique visant la médecine de son époque, l’auteur se permet en effet de surnommer le médecin républicain « Cloaquol » et de le décrire ainsi : « haut comme une botte, rouge comme une tomate, vindicatif et passionné ».

Malgré les nombreuses et très violentes attaques auxquelles il dût faire face tout au long de sa carrière, Bourneville ne céda jamais devant l’adversité et fit constamment preuve d’une détermination sans failles. Jusqu’à sa mort, il continua de mener un combat implacable en faveur d’une France républicaine et laïque. À l’heure où l’identité de notre pays est en discussion – sinon en question – à l’heure où l’on déboulonne sauvagement tant de statues, on peut légitimement regretter que la république française n’en ait pas édifié une pour honorer ce grand neurologue humaniste, ce grand républicain laïque qui apporta tant à notre pays.

 

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