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Emmanuel Macron confie à l’historien Benjamin Stora une mission

 « La mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie »

L’historien devra, d’ici la fin de l’année, « formuler librement des recommandations » en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien ». Le Monde avec AFP

L’historien français Benjamin Stora, à Paris, en mai 2017.

L’historien français Benjamin Stora, à Paris, en mai 2017. JOEL SAGET / AFP

Emmanuel Macron a reçu, vendredi 24 juillet, l’historien Benjamin Stora et lui a confié une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie », en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien », a annoncé l’Elysée.

Cette mission, dont les conclusions sont attendues à la fin de l’année, « permettra de dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, ainsi que du regard porté sur ces enjeux de part et d’autre de la Méditerranée », a expliqué la présidence.

Dans une démarche parallèle, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait annoncé, dimanche, avoir nommé le docteur Abdelmadjid Chikhi, directeur général du centre national des archives algériennes, pour mener un travail de « vérité » sur les questions mémorielles entre les deux pays.

Né en 1950 à Constantine en Algérie, Benjamin Stora est l’un des spécialistes les plus réputés de l’histoire de l’Algérie, en particulier de la guerre (1954-1962) qui déboucha sur l’indépendance du pays. Dans sa lettre de mission, Emmanuel Macron précise qu’« il importe que l’histoire de la guerre d’Algérie soit connue et regardée avec lucidité. Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris. » Pour lui, il en va aussi « de la possibilité pour notre jeunesse de sortir des conflits mémoriels ».

« Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algérien », écrit le président. Car « le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée ».

Signe fort d’un dégel dans les relations entre l’Algérie et l’ancienne puissance coloniale, Paris a remis début juillet les restes de vingt-quatre combattants algériens tués au début de la colonisation française au XIXe siècle. Un geste considéré comme « un grand pas »par Alger. « A travers ce genre de geste, la France redécouvre son histoire », avait estimé Benjamin Stora dans un entretien à l’Agence France-Presse (AFP). Pour lui, « il y a un mouvement mondial de réappropriation de l’histoire des peuples, et la France ne peut pas passer à côté de ça ».

La mission confiée par Emmanuel Macron doit permettre « à Benjamin Stora de formuler librement des recommandations sur les prochaines étapes de ce travail de vérité et de mémoire », selon l’Elysée.

« Paix des mémoires »

Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron a reconnu que Maurice Audin, mathématicien pro-indépendance disparu en 1957, était bien « mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France ». Il a aussi honoré les harkis, ces combattants algériens ayant servi la France et ayant été abandonnés par Paris dans des conditions tragiques.

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Dans un entretien avec Radio France Internationale (RFI), jeudi, à la veille de recevoir sa lettre de mission, Benjamin Stora a insisté sur le fait qu’« il n’est pas un représentant de l’Etat français ». « On ne peut jamais définitivement réconcilier des mémoires. Mais je crois qu’il faut avancer vers une relative paix des mémoires pour précisément affronter les défis de l’avenir, pour ne pas rester prisonniers tout le temps du passé parce que l’Algérie et la France ont besoin l’une de l’autre », a-t-il plaidé.

« L’histoire en Algérie comme en France est une histoire à enjeux. On a effectivement, de part et d’autre de la Méditerranée, à essayer d’approcher au plus près possible une histoire qui soit celle des faits eux-mêmes et qui ne soit pas une histoire idéologisée en permanence, ou instrumentalisée en permanence », a souligné l’historien français.

Les récentes controverses autour de la loi du 23 février 2005 ou du déchaînement mémoriel dans certaines communautés lui ont donné l’occasion fréquente de les exprimer, en tant que spécialiste de la guerre d’Algérie et de la colonisation, que ce soit lors de manifestations scientifiques ou dans des médias grand public. Cette présence est la marque d’un historien qui considère que la résurgence de la guerre des mémoires et des revendications identitaires est d’abord la conséquence d’une faille dans la transmission de sa discipline. Benjamin Stora, à l’invitation du journaliste Thierry Leclère, poursuit donc dans un opuscule sa tâche de diffusion d’un savoir et d’un point de vue qu’il aimerait réconciliateur. Il n’est pas question ici de résumer tous les aspects abordés par un livre dont la forme dialoguée ne permet d’ailleurs bien souvent qu’une approche effleurée. 

Je ne suis pas le « représentant de l’État français » dans la commission mixte chargée avec l’Algérie du travail mémoriel, a déclaré sur RFI l’historien Benjamin Stora. Il a néanmoins précisé qu’il avait été « chargé par Emmanuel Macron de préparer un rapport sur la question» et de proposer des solutions aux blocages « .

Contrairement à ce qui a été annoncé par le Président Abdelmadjid Tebboune, l’historien français Benjamin Stora n’a pas encore été désigné au poste de représentant de la France dans la commission mixte chargée du travail mémoriel entre les deux pays, comme il l’a lui-même indiqué dans une interview à RFI. Cependant, il a été chargé par le Président français de rédiger un rapport sur l’état des lieux de la mémoire commune et de proposer «des solution pour l’écriture de l’histoire», souligne-t-il.

Suite à la nomination par le chef de l’État algérien, Monsieur Abdelmadjid Tebboune, du Pr Abdelmadjid Chikhi comme conseiller de la présidence de la République chargé des archives et de la mémoire, M.Stora explique que le fait que le Président Macron lui ait demandé «de faire un rapport sur l’état de cette mémoire et comment faire pour avancer, c’est-à-dire trouver des solutions sur le plan pratique au niveau de l’écriture de l’Histoire» est «important et intéressant». «Je ne peux que me féliciter du fait que les deux responsables d’État puissent encourager ce type de production», ajoute-t-il.

Cette initiative vise à de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien », a annoncé l’Elysée

«L’Algérie et la France ont besoin l’une de l’autre»

 Un jeune algérien Pour assoir des relations saines et renouvelées entre les deux pays, Benjamin Stora estime qu’il faut « avancer vers une relative paix des mémoires pour précisément affronter les défis de l’avenir».

Il ne faut pas «rester prisonniers tout le temps du passé parce que l’Algérie et la France ont besoin l’une de l’autre, on le sait, sur toute une série de questions notamment économiques, questions migratoires, questions du terrorisme, etc.», souligne-t-il.

«Une histoire à enjeux» des deux côtés

«L’histoire en Algérie comme en France est une histoire à enjeux», affirme Benjamin Stora. Et d’expliquer qu’«en France, il y a encore des groupes de mémoire qui se revendiquent de l’Algérie française, qui sont dans l’antigaullisme, qui restent dans l’antigaullisme, ancrés dans cette mémoire». «En Algérie, il y a aussi des mémoires qui sont ancrées dans un nationalisme outrancier et très identitaire qui se légitime de cette manière-là», soutient-il.

Ainsi, pour dépasser cette difficulté, l’historien considère il n’est possible de faire l’économie d’une «histoire qui soit celle des faits eux-mêmes et qui ne soit pas une histoire idéologisée en permanence, ou instrumentalisée en permanence».

Enfin, M.Stora pense que «si on peut effectivement être encouragés, notamment par la création de postes, par l’accès aux archives, par la libre circulation d’une rive à l’autre de la Méditerranée, si on peut faire en sorte que cette coopération soit fructueuse pour aider les historiens à rédiger cette histoire, bien entendu je n’en suis que plus favorable».