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Certains voudraient tourner la page du professeur Raoult. Ils ont tort.

Cet homme n’est pas un populiste. C’est un optimiste.

Il publie un livre sur l’histoire des découvertes médicales. Par

Ce livre a été écrit bien avant le Covid, mais nombre de considérations éclairent l’approche raoulitienne. CHRISTOPHE LEPETIT/Le Figaro Magazine

Didier Raoult est le Cassius Clay du ring médical. Il défie l’adversaire les yeux dans les yeux. Il crie qu’il est le plus grand, le meilleur, le dieu du stade. Son meilleur coup de poing: la provocation par l’optimisme. Cela fait de lui une cible facile pour les censeurs ombrageux d’une morale médicale du risque zéro. Mais ce serait une erreur de penser que Didier Raoult est cloué au pilori à cause de son pari sur l’hydroxychloroquine. Cette polémique est l’arbre qui cache la forêt. La vraie faute de Raoult, aux yeux de ses ennemis, n’est pas celle-là. C’est d’être un optimiste au pays des pessimistes, et un empiriste au pays des moralistes de la précaution. «Mon pragmatisme me vaut beaucoup d’hostilité. Il y a des gens qui ont le goût du désastre. Ils ne veulent pas entendre le porteur de bonnes nouvelles», nous dit-il au téléphone depuis Marseille quand nous l’appelons pour parler de son livre, La science est un sport de combat.

La bonne nouvelle qu’il tente de diffuser depuis le début est que le Covid-19 n’est pas un grand tueur. «Nous n’avons plus de hiérarchie dans le risque. Cette messe des morts, ce comptage funèbre et solennel quand tant d’autres maladies existent reste un sujet de sidération. Or il n’y a pas de surmortalité en Europe. Pour le moment notre perte d’espérance de vie est moindre qu’en 2015 – 0,2 an.» Tel est l’objet du scandale: la perception des ordres de grandeur. À partir de combien de morts une pandémie menace-t-elle une population mondiale de 7 milliards d’habitants? Pour Raoult – et de nombreux médecins – il faudrait au moins que son rythme s’accélère au point de dépasser les 2,6 millions de décès dans le monde, ce qui est la moyenne des victimes d’une maladie respiratoire chaque année, comme il nous le disait au mois d’avril dans le Figaro Magazine .

Est-il raisonnable de mettre l’économie mondiale par terre à cause de ces morts? Non. Or il n’y a, pour le dire, pas beaucoup de monde. Excepté quelques philosophes. Dans nos colonnes, François Julien s’y est risqué avec talent. Bernard-Henri Lévy l’a fait avec conviction, André Comte-Sponville aussi. Évidemment, ceux qui défendent cette thèse sont immédiatement rattrapés par la «reductio ad Bolsonarum»,ce nouveau point Godwin des hygiénistes. On peut pourtant prendre au sérieux le Covid-19 – gestes barrières, protection des populations fragiles – sans la confondre avec la peste, le typhus et le choléra.

J’ai eu du mal à vendre certains de mes livres parce qu’ils n’allaient pas dans le sens du scénario hollywoodien de la grande catastrophe. Didier Raoult

Ce livre a été écrit bien avant le Covid, mais nombre de considérations éclairent l’approche raoulitienne. Il cite Bacon, Nietzsche, beaucoup, et même Derrida. Indulgent, il impute notre état de panique pandémique à nos réflexes d’homo sapiens, marqué par sa hantise d’antiques épidémies ; on peut comprendre qu’elle surréagisse. Son avant-dernier livre, Épidémies, vrais dangers et fausses alertes, décrivait déjà de nombreuses paniques exagérées. Didier Raoult est un anti-catastrophiste. «J’ai eu du mal à vendre certains de mes livres parce qu’ils n’allaient pas dans le sens du scénario hollywoodien de la grande catastrophe», dit-il.

Le corps médical était d’ailleurs d’accord avec lui au début de l’année. Instruits par les errements de 2009, les médecins ne voulaient pas exagérer la gravité de ce qui se préparait. Sauf que Didier Raoult est resté sur cette ligne en préconisant une approche à la coréenne ou à la suédoise. Raoult choque les esprits chagrins, mais ces mêmes esprits ne s’indignent pas à l’égard du professeur Jérôme Salomon, chargé des stratégies de lutte contre les risques pandémiques depuis 2017. Il faut lire à son sujet le livre du Pr Christian Perronne (Y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise?, Albin Michel), qui, bien sûr, n’a pas été invité lors des auditions de la commission de l’Assemblée nationale et du Sénat.

À lire ce livre, on comprend mieux l’obstination de Raoult à défendre ses prédictions sur l’hydroxychloroquine. Il cite la première recherche qu’il fit, en tant qu’interne, sur une des nombreuses variantes du typhus. L’une d’elles contredisait la théorie dominante. Elle fut écartée par le médecin qui supervisait son travail. «Cela a changé mon destin de chercheur, car j’ai compris à quel point ce qui était rapporté dans la littérature scientifique pouvait être à la fois conforme et faux», écrit-il. Il en déduisit alors une règle simple: «Si ce qu’on écrit ne choque pas, c’est probablement que son importance est marginale, et c’est ce que j’enseigne aux étudiants chercheurs: soyez des renégats!» Raoult n’innove pas en disant cela. Il s’appuie sur deux classiques de l’épistémologie, Paul Feyerabend et Thomas Kuhn, dont les analyses très fines ont popularisé l’idée que la science est une activité disruptive – pas seulement face aux préjugés de la société, cela va de soi, mais face aux préjugés de la science elle-même. «Je trouve ça exaltant», écrit-il.

Il n’y a pas de grand chercheur qui ne soit un lutte. Didier Raoult

Ainsi multiplie-t-il les exemples de batailles d’idées qui sont aussi des luttes d’ego. Ses découvertes sur le typhus – sa grande spécialité – mais aussi celles des autres. Celle de Jean-Antoine Villemin, qui a trouvé en 1865 le bacille de la tuberculose, soit une quinzaine d’années avant Robert Koch, qui aura finalement attaché son nom au fameux bacille. Villemin est tombé dans l’oubli après avoir été violemment combattu par les sommités de l’Académie de médecine. C’est cette «persévérance dans la destruction des innovateurs en France» que relève Raoult à plusieurs reprises.

Tout cela ne nous dit pas quel sera le bilan final de l’hydroxychloroquine dans la bataille contre le Covid. Mais on comprend mieux pourquoi le professeur ne lâche pas l’affaire. À cela s’ajoute une autre conviction: soigner, c’est aussi essayer ce qui peut marcher, et aider le patient à y croire. Le fameux effet placebo. «Je suis naïf, sans doute, mais je pense qu’il vaut mieux donner de faux espoirs que de faux désespoirs. Un docteur qui vous fait peur est un mauvais docteur.» Aujourd’hui ce genre de phrase est suspecte. Elle touche pourtant au cœur de la vocation médicale.

«Il n’y a pas de grand chercheur qui ne soit un lutteur», conclut-il. Cette lutte, promet-il, il ne l’étendra pas jusqu’au ring de la politique. «Je reste à ma place et je pense que je suis plus utile en y restant et en faisant bien ce que je sais faire qu’en faisant de la politique. Pour certaines personnes, la politique est le sommet des activités possibles, ce n’est pas mon cas», nous répond-il. Que dirait-il d’un film sur lui? «J’ai entendu qu’il en était question, mais je n’ai pas le temps de m’occuper d’un biopic», jure-t-il. Il ne boudera pas son plaisir si Depardieu ou Luchini enfilent la blouse blanche. Ce sont deux acteurs qui ont le génie de défier les moutons de Panurge. Et aujourd’hui Panurge nous dit que le monde doit tourner au ralenti à cause du Covid-19.

Didier Raoult, Ed. HumenSciences, 451 p, 22 €.
Didier Raoult, Ed. HumenSciences, 451 p, 22 €. Crédit : Editions HumenSciences

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