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« Aimer ses élèves, et leur faire aimer la France »

Si le prof aime la France, ils aimeront la France. On ne peut transmettre que ce qu’on aime.

Après le choc de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie d’un collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le 16 octobre dernier, Jean-François Chemain, ancien professeur dans un collège de Zep, auteur de « Kiffe la France », réagit pour La Vie. Interview Pierre Jova
 
 
Enseignement des religions« J’ai passé dix ans en Zone d’éducation prioritaire (Zep), et je n’y ai vécu que du bonheur. J’avais des relations d’estime réciproque avec mes élèves. Deux fois seulement, j’ai eu un problème lié à l’islam, mais à chaque reprise, j’ai été lâché par ma direction, qui avait peur d’être accusée d’islamophobie. Tant que cette épée de Damoclès sera présente, aucun directeur ne défendra un prof soupçonné de “dérapage”.

J’ai bien moins peur aujourd’hui d’être égorgé que de me retrouver devant les tribunaux pour avoir dit que la montée de l’islam est un problème pour l’avenir de notre pays… J’affirme qu’il n’y a aucune liberté d’expression au sein de l’Éducation nationale. Pourtant, vous avez des intellectuels comme Houria Bouteldja (porte-parole jusqu’en 2020 du parti des Indigènes de la République) qui tiennent des propos d’une violence symbolique inouïe. “Demain, il n’est pas dit que la génération (issue l’immigration, ndlr) qui suit acceptera la présence des Blancs », disait-elle dès 2006. Je considère cette dernière comme davantage responsable que les parents d’élèves du collège de Conflans ayant monté une cabale contre Samuel Paty.

Certains collégiens sont prisonniers d’un mouvement perpétuel de victimisation et de violence, dans laquelle la posture maximaliste laïciste ne peut que les conforter. 

J’attends du président de la République un positionnement solennel face à tous ces appels à la violence qui mettent le feu à la société ! En effet, les jeunes collégiens que j’avais en face de moi, comme ceux de Conflans, sont obsédés par le fait d’être musulmans. Ils sont anthropologiquement structurés par leur “islamité”. Donc, ils sont susceptibles sur la question. La classe peut exploser au moindre propos jugé désobligeant ! Ils sont prisonniers d’un mouvement perpétuel de victimisation et de violence, dans laquelle la posture maximaliste laïciste ne peut que les conforter.

L’antidote, c’est de les aimer gratuitement, et de nous aimer nous-mêmes. Ces jeunes sont des cœurs d’artichaut ! Ils veulent aimer et être aimés. À travers cet échange amoureux avec leur prof, ils sont prêts à aimer ce qu’il aime. Si le prof aime la France, ils aimeront la France. On ne peut transmettre que ce qu’on aime. Or, la honte de soi ne va pas leur faire aimer la France. J’avais un aïeul capitaine dans les troupes coloniales lors de la Grande Guerre qui est mort à la tête de ses hommes marocains. Quand je lisais en banlieue ses lettres à sa femme, il y avait des larmes versées. Idem pour Jeanne d’Arc : ils s’enthousiasmaient pour elle ! C’est ainsi qu’on peut leur faire “kiffer” la France. Et cessons de tout ramener aux valeurs républicaines : la République n’est qu’un système politique ! Elle ne résume pas la France. »

Agrégé d’histoire et auteur de « Kiffe la France » (Via Romana), Jean-François Chemain a été professeur dans un collège de la banlieue lyonnaise, de 2007 à 2017.