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Les relations franco-égyptiennes face à la menace turque commune et à l’islamisme

La Turquie d’Erdogan qui convoite les eaux gréco-chypriotes et égyptiennes qui regorgent de gaz,

Le président égyptien Al-Sissi a été reçu à l’Elysée par Emmanuel Macron cette semaine. Les deux dirigeants ont évoqué de nombreux dossiers lors de cette visite officielle. Alexandre del Valle revient sur les relations entre la France et l’Egypte. Il a interrogé le député égyptien Abdelrahim Ali.  Avec Alexandre Del Valle

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Le 7 décembre dernier, le Président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, a été reçu par son homologue Emmanuel ­Macron. A défaut d’être complètement évacuée, la question des droits de l’homme, évoquée de façon discrète et diplomatique, n’a pas constitué une pierre d’achoppement entre les deux pays, qui ont préféré, au nom de la Realpolitik et des intérêts géoéconomiques et sécuritaires, insister sur leurs convergences stratégiques : Libye; menace d’Erdogan en Méditerranée; islam politique; jihadisme et bien sur contrats économiques. 

Le Président Al-Sissi a sans surprises dénoncé la menace des Frères musulmans, rappelant que son pays n’avait pas inscrit par hasard la Confrérie sur la liste des organisations terroristes. Pour parler de cette visite, qui a précédé de peu le sommet européen des 10-11 décembre, où ont été notamment au programme la menace islamiste/jihadiste et le problème de la Turquie d’Erdogan qui convoite les eaux gréco-chypriotes et égyptiennes qui regorgent de gaz, nous avons interrogé le député égyptien Abdelrahim Ali, auteur de nombreux ouvrages sur les Frères musulmans et le Jihadisme et qui a milité depuis deux décennies, tant auprès de Hosni Moubarak (bien avant le printemps arabe) qu’auprès d’Abdelfattah Al-Sissi, en faveur de l’interdiction des Frères-musulmans qu’il considère comme la source de l’islam politique et du terrorisme jihadisme. D’où son appel aux Européens et aux Occidentaux, à classer la Confrérie parmi la liste noire des organisations terroristes, comme l’ont fait étonnement non pas l’UE ou les Etats-Unis, mais d’importants pays arabes comme l’Egypte et les Émirats.

Alexandre Del Valle : Le président Al Sissi rencontre son homologue français très prochainement, peut-on parler d’un rapprochement véritable des points de vues géopolitiques en Méditerranée (gaz) en Libye et vis-à-vis de la Turquie ?

Abdelrahim Ali : Bien sûr, il y a une grande proximité entre les deux pays, et entre les présidents Al-Sissi et Macron sur le dossier de la Turquie surtout. Je fais ici allusion à ce que je qualifie de véritable brigandage d’Erdogan en Méditerranée orientale avec ses tentatives de mettre la main sur les réserves de gaz récemment découvertes et qui sont communes à l’Egypte, à Chypre et à la Grèce… En réaction à cette menace caractérisée, l’Egypte a fixé à Erdogan de nombreuses « lignes rouges » en Libye et en Méditerranée. Et je rappelle que la France participe activement avec l’Otan à la surveillance de la mer dans cette zone, et qu’elle a intercepté récemment plusieurs navires turcs qui transportaient des armes pour la Libye, en violation de l’embargo sur les armes à destination ce pays, armes qui sont allées dans les mains des jihadistes pro-turcs et des milices des Frères musulmans. Outre leur position commune concernant la Libye, Paris et Le Caire s’opposent aux ambitions de la Turquie d’Erdogan de contrôler ce pays en soutenant les milices des Frères musulmans à l’ouest du pays en vue de s’accaparer en fait la plus grande part du gaz libyen. Rappelons que la Turquie manque d’hydrocarbures et qu’elle importe d’énormes quantités de gaz qui lui coûtent plus de 5 milliards de dollars par an… Elle ne s’arrêtera donc pas sans qu’on lui fixe, Égyptiens, Arabes et Européens, des lignes rouges fermes à ne pas dépasser. Il faut être unis et vigilants. ET le Président Al-Sissi a clairement confirmé cela à son homologue français.

ADV: L’Occident, l’Administration Obama puis l’Union européenne ont donné des leçons sur les droits de l’homme au gouvernement de Sissi accusé de réprimer les Frères musulmans depuis 2013. La France diffère-t-elle des Etats-Unis et des pays de l’Union européenne depuis que le Président Emmanuel Macron a commencé à comprendre le danger des Frères musulmans dans le cadre de sa guerre contre le « séparatisme islamique » ?

A.A: La concordance des points de vues des deux pays est claire concernant l’équilibre entre les droits de l’homme et la confrontation du terrorisme et des groupes de l’islam politique qui prennent ces idées comme prétexte pour diffuser la haine et de pensée séparatiste de l’islam politique des Frères musulmans notamment ou du Milli Görüs turc. C’est de cela dont souffre la France s’agissant de la problématique de l’islam français que les Frères musulmans ont littéralement pris en otage dans les domaines idéologiques et dans leur stratégie d’entrisme institutionnel.

La loi sur le séparatisme que le Président Emmanuel Macron va soumettre au Parlement français mercredi prochain ressemble dans une large mesure à la loi sur les entités terroristes soumise par le président Al-Sissi au Parlement égyptien l’année dernière et qui prévoit la confiscation des biens des Frères et l’encadrement de leurs organisations et de leurs groupes.

Cette grande ressemblance entre les deux lois, de même que l’attaque lancée par des organisations des droits de l’homme contre les articles des deux lois prouve la concordance parfaite entre les deux pays sur la question des droits de l’homme et la menace commune frériste. Car lorsque la sécurité nationale est en danger, il faut un équilibre habile mais réaliste entre les droits personnels et l’intérêt des pays auxquels les séparatistes veulent nuire.

ADV: Peut-on dire que le Président Macron confirme l’alliance de la France avec l’axe quadripartite de l’Egypte, les Émirats arabes unis et Bahreïn contre l’axe hostile représenté par le Qatar,  la Turquie et les Frères musulmans ?

A.A: Je peux confirmer cette idée à cent pour cent en ce qui concerne l’axe de la Turquie et des Frères musulmans. L’axe qatari, quant à lui, est un peu différent. Je m’explique: la position française, et plus particulièrement celle du Président Macron, est en train de vaciller concernant le Qatar, mais on vient de loin en raison des intérêts et imbrications économiques que le Qatar a su créer pendant plus de dix ans en France dans toutes les activités immobilières, sportives, transports et autres activités financières, avec ce que cela a pu impliquer en termes de lobbysme et d’entrisme politique pro-frériste… Le Qatar a en effet su créer ce que l’on peut appeler un « lobby » qatari qui travaille pour ses propres intérêts en France. De mon point de vue, il va falloir encore un peu plus de courage pour diminuer cette alliance et dépendance envers le Qatar et s’orienter vers une alliance plus conforme aux intérets de votre pays, incarnée par les Émirats arabes unis, l’Egypte, et même l’Arabie Saoudite. Certes, ce dernier pays n’est pas forcément bien vu en France au sein des « patriotes » républicains laïques, mais une nouvelle approche qui dépassera l’histoire récente des relations entre l’Arabie Saoudite et les islamistes en France va devoir être dépassée, car cette orientation saoudienne passée a complètement et radicalement changé depuis les décisions prises ces dernières années par le prince héritier Mohamed Ben Salmane qui a voulu moderniser son pays et diminuer l’influence des extrémistes de l’islamisme politique. C’est donc devenu une des nécessités actuelles pour la France d’ouvrir des canaux avec les pays du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, comme alternative aux canaux du Qatar ou de la Turquie d’Erdogan qui contribuent à saboter et saper les valeurs et institutions de la France de l’intérieur à travers son soutien continu aux Frères musulmans. Le Président Al-Sissi a clairement abordé et partagé cette préoccupation avec son homologue français.

ADV:  La France est-elle ainsi (re)devenue le meilleur allié européen ou occidental de l’Egypte et de cet axe anti-frériste face aux Turcs et aux Qataris? 

A.A: Bien sûr, l’histoire se répète, et cette période est comparable à celle des relations entre l’Egypte et la France sous les Présidents Moubarak et Chirac, mais je pense qu’elle a dépassé cette période et la France est devenue le premier allié européen de l’Egypte dans l’Europe tout entière. Cela participe de la convergence de vues entre les deux pays et leurs deux dirigeants, Al-Sissi et Macron, sur toutes les questions du Moyen-Orient, en particulier sur la menace de l’islam politique, les problèmes sécuritaires liés au terrorisme et sur le dossier Libyen.

ADV: Après la crise des caricatures de Charlie Hebdo et la tentative des Frères musulmans au Qatar, au Pakistan et en Turquie de « diaboliser la France » puis de fanatiser les masses islamiques contre Emmanuel Macron et le pays de la laïcité accusé « d’islamophobie », comment est perçue la France en Egypte et comment le régime égyptien et le président Al Sissi lui-même ont-ils défendu Macron et Paris contre la campagne de diabolisation de la France orchestrée par les Frères, le Qatar, le Pakistan et la Turquie? 

A.A: En ce qui concerne cette question, clarifions deux choses fondamentales:

– La première chose est que nous en Egypte, gouvernement et peuple, sommes contre les atteintes au Prophète de l’islam à travers ce que Charlie Hebdo a publié comme caricatures, et les musulmans partout dans le monde ont beaucoup de mal à comprendre cela, sous aucun prétexte d’ailleurs.

– La deuxième chose est que nous apprécions la position du Président Macron envers l’islam et sommes bien conscients qu’il faisait référence à des groupes de l’islam politique qui « prennent en otage » l’islam en France. Tout comme nous sommes conscients que le Président français est « tenu » de respecter la Constitution laïque qui donne pleine liberté aux citoyens, aux écrivains et aux journalistes le droit de penser et d’exprimer librement leurs opinions. Mais laissez-moi vous rappeler qu’en ce qui concerne la sécurité nationale de la France, le Président Macron qui a présenté la loi sur le séparatisme a pris un certain nombre de mesures exceptionnelles pour protéger la sécurité nationale française, malgré les attaques des forces de gauche et communistes, des écrivains, des journalistes et des parlementaires pro-fréristes qui considèrent cette loi comme une violation de la liberté d’opinion et d’expression. Dans un premier temps, en Egypte nous avons été indignés par les déclarations du Président Macron, mais nous avons rapidement compris les plans de la Turquie et des Frères musulmans visant à exploiter la situation à leurs fin en diabolisant la France et nous avons donc rapidement ajusté nos commentaires. De nombreux journaux et sites Web des médias égyptiens ont alors commencé à soutenir le Président français. Les journalistes et médias égyptiens ont finalement été convaincus, d’une part, que le président Macron menait en fait une lutte acharnée contre le terrorisme et l’islam politique frériste et turc, puis d’autre part, que le partenariat de la France de Macron avec l’Egypte du Président Al Sissi est fondamentale et doit être préservée.

ADV: Outre les sujets sécuritaires communs, pouvez-vous nous parler des contrats commerciaux et de la coopération économique? Notamment des Mistral, des avions Rafale ou des importants contrats de chantiers archéologiques?

A.A: Certains dossiers ne peuvent pas être mentionnés, mais je peux vous révéler que le président égyptien a rencontré à Paris le PDG de la plus grande société française de construction d’armement maritime… Je peux évoquer par contre officiellement trois grands dossiers officiellement abordés et même concrétisés lors de la visite de notre Président égyptien à Paris. Le premier est bien sûr le dossier proprement économique. Je rappelle que les investissements français en Egypte qui s’élevaient à 5 milliards de dollars et impliquent 160 sociétés françaises vont s’accroitre dans le futur proche à hauteur de l’objectif fixé de 2 milliards de dollars. Le président Macron s’est déclaré déterminé å renforcer l’économie égyptienne dans le cadre de 40 accords commerciaux, protocoles de coopération et contrats d’investissements qui ont été signés l’an passé. Il a également confirmé sa volonté d’accélérer de nouveaux projets stratégiques comme ceux de la ville de Neo Al Alamein, du grand projet de zone industrielle du canal de Suez, ou encore des nouvelles villes en Egypte ainsi que les chantiers de la nouvelle capitale administrative (al-asima al idariyya al gadida). La France compte également installer en Egypte une importante activité d’industrie automobile ainsi que des usines d’agro-alimentaire, deux domaines français d’excellence. Le second dossier stratégique concerne le domaine militaire et du renseignement: les deux pays ont signé à Paris d’importants accords de coopération militaire, d’échanges et de coopération en matière de renseignements, face aux menaces communes évoquées plus haut notamment, sans oublier des négociations en cours en vue de construire un nouveau satellite égyptien visant  à développer la technologie spatiale égyptienne. Le président égyptien est d’ailleurs venu à Paris avec le chef des renseignements égyptiens, Abbas Kamel, ce qui est significatif de notre coopération concrète. D’autres contrats ont ėtė signés entre les deux ministres de la coopération internationale dont on peut parler aujourd’hui : un prêt français de 12 millions d’euros pour l’université française d’Égypte; un don de 2 millions d’euros pour moderniser le système d’instruction; un prêt de 95 millions d’euros pour les chemins de fer; un don de 1,5 million d’euros pour l’enseignement de la langue française dans le pays. Ces protocoles et accords ne sont que l’iceberg qui cache d’autres accords, notamment dans l’armement, et dont il est encore trop tôt pour parler …

ADV: Le Think Tank que vous présidez à Paris avec l’islamologue Ahmed Youssef, le centre d’Etudes du Moyen orient (CEMO), a organisé le 8 décembre dernier, en présence de la courageuse sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, Yves Thréard, ou encore Emmanuel Razavi et deux grands intellectuels et patrons de presse égyptiens, un important colloque sur la loi visant à lutter contre le « séparatisme islamiste ». En dépit des critiques de certains qui déplorent que le terme islamiste ait été remplacé – dans le texte final examiné le 9 décembre en conseil des Ministres – par l’expression « renforcement des principes républicains », soutenez-vous les articles de ce texte que d’autres comme M. Mélanchon ou les Frères Musulmans ont accusé de « stigmatiser l’islam et les Musulmans? » 

A.A: Lors de cet important colloque que vous mentionnez, j’ai bien entendu les réserves formulées par nos amis Yves Thréard, Jacqueline Eustache-Brinio ou d’autres, mais en tant qu’Egyptien musulman, je peux assurer qu’il n’y a rien d’islamophobe ou anti-musulman dans cette loi, et je confirme que le soutiens à 100 % les articles de cette loi qui vont contribuer à mieux lutter contre les associations, prédicateurs, imams radicaux et groupes fréristes ou turcs qui distillent dans le pays des Lumières une idéologie fanatique et conquérante qui s’oppose aux lois de la laïcité et des valeurs républicaines.

-Permettez-moi de vous résumer ce que j’ai expliqué devant Yves Thréard et Jacqueline Eustache-Brinio lors de cet important colloque retransmis sur les réseaux sociaux français et égyptiens sur la loi voulue par le président Macron. Nous sommes confrontés à trois problèmes en abordant la question de la « réorganisation de l’islam français ». Le premier problème est que les responsables français se trompent lorsqu’ils abordent la question de l’islam comme ils ont auparavant abordé la question juive sous Napoléon. Les différences sont nombreuses, et il suffit d’en indiquer une, à savoir que les juifs cherchaient à s’intégrer en France tandis que les islamistes cherchent aujourd’hui la séparation. Second problème : la confusion entre l’islam en tant que religion et les musulmans en tant que citoyens français et immigrés est inappropriée. En effet, les musulmans ont différentes tendances politiques et idéologiques et diverses appartenances culturelles, et la confusion entre eux et l’islam comme religion les pousse à défendre leur religion au-delà de leurs différences, et ils deviennent ainsi la proie des groupes organisés, que ce soit les Frères musulmans ou le Milli Görüs, qui est leur version turque. Troisième problème : tous les projets qui ont visé de réorganiser « l’islam de France » – à commencer par celui de Jean-Pierre Chevènement en 1999, en passant par celui de Sarkozy en 2003 et jusqu’à maintenant – s’appuyaient sur les auteurs mêmes de la crise pour la résoudre, notamment les Frères musulmans! Et c’est ce qui se passe maintenant quand le gouvernement français confie l’élaboration d’un « pacte de l’islam en France » à un groupe dont la moitié des membres appartient aux Frères musulmans et à leurs alliés turcs du Milli Görüs! Il ont ainsi profité de cette reconnaissance officielle pour renforcer leur position au sein des communautés musulmanes.

Ma position sur cette question de « l’islam français » part du fait que l’islam et les musulmans ont été de fait pris en otage par l’Organisation internationale des Frères musulmans, sous ses aspects organisationnels divers. Cette Organisation est arrivée en France dans les années quatre-vingts du siècle dernier, dans un seul but, celui que les Frères ont appelé : « Al tamkine » « La Maîtrise ou la domination » de l’Occident. Cette domination se réalise selon leur vision en trois étapes qui ont lieu parallèlement et non pas successivement : 1/ La maîtrise ou la « domination sociale », qui passe par les organisations sociales dans lesquelles les musulmans français et les immigrés sont regroupés. Elles étaient sept en 1989 et elles sont devenues 250 au milieu de l’année 2005!  2/ Deuxièmement : la « domination économique », via le financement direct et indirect: valises d’argent diplomatique utilisé dans la construction des mosquées, écoles et centres culturels et nombre d’autres activités éducatives; dons et transferts bancaires; revenus du commerce de la viande halal, du petit et le grand pèlerinage, ou de la zakat (aumône légale). 3/Troisièmement : la « domination culturelle » : via des centres culturels, écoles, l’enseignement privé et à domicile, ce qui a permis aux Frères de diffuser leur méthode éducative, idéologique et religieuse partout dans ces banlieues. Le danger réside dans le fait qu’elle affirme que tout musulman doit chercher à faire de la France et des sociétés européennes des pays musulmans, régis par les préceptes de la charia, même si la majorité de ces sociétés reste non musulmanes. La définition de l’Etat islamique dans la pensée frériste est d’être gouverné selon les préceptes de l’islam, même si sa majorité est non musulmane. Cette triple domination conduit à la fin à la « domination politique » qui commence par le jeu d’influences dans les élections locales jusqu’à devenir un élément décisif dans les élections législatives ou présidentielles. Le danger réside dans le fait que certains sont contraints de se soumettre aux demandes de cette organisation et à ses conditions, en préparation de l’aboutissement final de la domination politique totale… Tel est leur plan stratégique sur le long terme.

La solution et l’impératif pour la France est donc le démantèlement de l’organisation sous tous ses aspects sociaux, économiques et culturels. La nouvelle loi (loi anti-séparatisme) peut contribuer partiellement à ce démantèlement, mais ne sera pas suffisante car l’organisation des Frères est connue pour sa capacité à s’adapter à toutes les situations et à surmonter tous les obstacles qu’elle a rencontrés dans son histoire. Le démantèlement nécessitera des années de travail s’inspirant d’expériences diverses, notamment les nôtres en Egypte.

 

 

 

Marlène Schiappa a tenu des propos étonnants…

Elle a rappelé qu’il existait une « liberté amoureuse, sentimentale et sexuelle« 

« On ne va pas interdire les plans à trois »

En voulant rassurer les Français sur le « libertinage », Marlène Schiappa a tenu des propos étonnants concernant les plans à trois et le polyamour, qui ont suscité l’étonnement et fait rire de nombreux internautes.

Cette petite phrase de Marlène Schiappa sur les plans à trois a enflammé les internautes
Cette petite phrase de Marlène Schiappa sur les plans à trois a enflammé les internautes
Invitée de l’émission Forum Radio J ce dimanche 13 décembre, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté a tenu des propos étonnant sur les plans à trois.

« On ne va pas interdire les plans à trois »

Une sortie médiatique remarquée qui a enflammé les réseaux sociaux ! S’exprimant sur un futur projet de loi ayant pour but de « conforter les valeurs républicaines« , Marlène Schiappa a assuré ne pas vouloir interdir les « plans à trois« .

Pour quelles raisons ? Elle s’exprimait à propos de la polygamie et proposait de retirer les titres de séjour professionnels et étudiants aux personnes polygames. Mais, anticipant les critiques, elle a tenu à apporter quelques précisions sur la question : « On ne va pas interdire les plans à trois, l’infidélité, le polyamour, les trouples… »

La polygamie en ligne de mire

Évoquant la « France, pays du libertinage« , la ministre déléguée a rappelé qu’il existait une « liberté amoureuse, sentimentale et sexuelle«  dans notre pays, à ne pas confondre avec la polygamie, pratique d’ailleurs interdite.

« Ceux qui bénéficient de la laïcité ne la défendent pas »

Le silence comme les critiques de la laïcité sont les résultats de campagnes mondiales – surtout en anglais et dans le monde universitaire.

Karima Bennoune, rapporteuse spéciale des Nations unies, raconte son combat parfois solitaire pour défendre la laïcité auprès des instances internationales (entretien initialement publié par Le Point). Par Clément Pétreault

Y a-t-il encore quelqu’un pour défendre la laïcité et le sécularisme auprès des instances internationales ? Pour Karima Bennoune, rapporteuse spéciale des Nations unies dans le domaine des droits culturels, la laïcité – et le sécularisme qui en résulte – n’ont pas franchement la cote auprès des organismes internationaux, où siègent de nombreux représentants qui ne dissimulent pas leurs convictions religieuses, notamment lorsqu’il est question des droits des femmes. Plus inquiétant encore pour cette professeure de droit à l’université de Californie à Davis, la laïcité fait aussi l’objet d’un contre-discours véhiculé par des milieux universitaires anglophones, qui perçoivent essentiellement cette spécificité française comme une entrave au fait religieux. Karima Bennoune est née et a grandi en Algérie et aux États-Unis. Elle a publié Votre fatwa ne s’applique pas ici, (Temps Présent Éditions), un récit basé sur les témoignages de plus de 300 personnes dans 30 pays, qui s’opposent aux fondamentalismes. Consultante pour l’Unesco avant de devenir rapporteuse dans le domaine des droits culturels pour l’ONU, Karima Bennoune défend la laïcité comme un préalable aux droits de l’homme.

Le Point : Comment est comprise la laïcité dans des instances internationales comme l’ONU ?

Karima Bennoune : Il est assez rare qu’une instance de l’ONU se prononce explicitement au sujet de la laïcité, sauf de temps à autre pour la critiquer, notamment sur la question du voile. En tant que rapporteuse spéciale dans le domaine des droits culturels à l’ONU, j’ai toujours souligné l’importance de la laïcité [traduite par « secularism » en anglais, NDLR] comme condition préalable aux droits humains. Ces prises de position ne sont pas exactement considérées comme politiquement correctes à l’ONU. Mais j’insiste, car la laïcité en tant que principe de séparation entre l’État et la religion est, entre autres, un élément puissant dans la lutte contre les idéologies extrémistes et fondamentalistes qui visent les femmes. J’ai écrit dans un rapport que la laïcité « ménage aux femmes et aux minorités un espace qui leur permet de critiquer ces idéologies et d’exercer leurs droits culturels sans discrimination. La laïcité se manifeste sous diverses formes, dans toutes les régions du monde ». La laïcité n’est pas l’athéisme et j’aime la définition qu’en donne la féministe indienne Gita Sahgal : « La laïcité ne signifie pas l’absence de religion, mais renvoie plutôt à une structure étatique qui défend tout à la fois la liberté d’expression et la liberté de religion ou de conviction, où il n’y a pas de religion d’État, où la loi n’est pas d’inspiration divine et où les acteurs religieux ne peuvent imposer leur volonté sur les politiques des pouvoirs publics. » Elle n’oppose pas « les croyants et les laïques, mais les antilaïques et ceux qui ont des valeurs laïques », et ce n’est pas un détail !

Comment expliquer ce silence de l’ONU autour de la laïcité ?

Il me semble que le silence comme les rares critiques de la laïcité sont les résultats logiques de campagnes mondiales – surtout en anglais et dans le monde universitaire – contre la laïcité. Malheureusement, ces positions sont très à la mode dans certains milieux, y compris parmi certains défenseurs des droits humains en Occident, et surtout parmi ceux qui travaillent en anglais. Cela accroît la responsabilité des défenseurs de la laïcité qui doivent continuer à s’exprimer à haute voix, même quand cela ne semble pas convenable. Nous avons besoin d’une coalition des laïques aux Nations unies, une coalition capable de défendre ces valeurs avec vigueur. J’ai beaucoup de reconnaissance à l’égard des féministes françaises qui ont insisté pour que la France soutienne mon rapport à l’Assemblée générale sur les fondamentalismes et les droits culturels des femmes, mais dans l’ensemble nos efforts actuels sont plutôt ponctuels et nous avons besoin de les systématiser. Il est facile de se plaindre ou de critiquer, mais ce n’est pas suffisant… Nous avons besoin de travailler ensemble au-delà des frontières linguistiques, et j’espère que nous tisserons davantage de liens entre ceux qui travaillent en français et ceux qui mènent des combats similaires ailleurs et dans d’autres langues. La laïcité devrait être envisagée comme préalable systématique aux droits humains.

Estimez-vous la laïcité en danger ?

Absolument et partout. Les menaces fusent de toutes parts. Politiques, populistes, religieux, universitaires… Il y a bien évidemment la menace que constituent les mouvances fondamentalistes qui sont apparues dans le sillage de toutes les grandes traditions monothéistes du monde, mais il ne faut pas négliger les ravages de la vision woke (« éveillée ») qui a engendré les thèses postmodernes ou « postcoloniales » que l’on voit fleurir partout, notamment à l’université. De manière générale, je suis frappée par le fait que beaucoup de ceux qui bénéficient de la laïcité dans leur vie quotidienne ne la défendent pas.

Justement, est-elle défendue ?

Absolument et partout ! Et surtout par celles qui aimeraient bien bénéficier de la protection qu’elle peut offrir. Bien souvent, ce sont des féministes d’Afrique du Nord ou d’Asie du Sud qui sont en première ligne dans ce combat. Je me souviens d’une conversation marquante avec une militante pour les droits des femmes, fille d’un imam au Niger, alors que je menais des recherches pour mon livre Votre fatwa ne s’applique pas ici. Elle me parlait des islamistes de son pays et me disait : « Ces types font peur aux gens. Ils ont des ambitions politiques. La laïcité, c’est une manière de leur barrer la route. » Cela est tout aussi clair pour les féministes polonaises dans le contexte que l’on connaît. Heureusement, le combat laïque est mené par des militants tout autour du monde, comme c’était le cas de mon regretté père, Mahfoud Bennoune.

Est-ce un combat dangereux ?

Oui, ce combat pour la laïcité est dangereux dans bien des situations. Lorsque je suis allée aux Maldives en mission pour l’ONU en 2019, j’ai rencontré les familles de deux jeunes laïques maldiviens : Ahmed Rilwan, poète et journaliste, porté disparu en 2014, et l’auteur satirique et blogueur Yameen Rashid. Rashid, qui a mené une campagne implacable pour retrouver son collègue Rilwan après sa disparition, fut assassiné en avril 2017 à l’âge de 29 ans. L’assassinat de Rilwan par un groupuscule lié à Al-Qaïda après son enlèvement a été confirmé, en 2019. Si nous voulons faire avancer la laïcité au niveau mondial, nous avons besoin d’agir ensemble pour mettre fin à ces tragédies innombrables et soutenir tous les Rilwan et Rashid, dans toutes les régions du monde ! Nous devons travailler en réseau au niveau international pour soutenir les laïques, pour que nul ne milite et ne se sacrifie dans l’obscurité. Quand ces militants tombent – dans n’importe quel pays du monde –, nous avons la responsabilité de commémorer leur travail et de le continuer. Nous avons besoin de briser les murs de solitude dans laquelle travaillent nombre de nos collègues défenseurs des droits humains et de la laïcité. Je pense très fort à Mohamed Cheick Mkhaitir, courageux blogueur mauritanien qui a été condamné à mort pour « blasphème » et ensuite emprisonné pendant 5 ans et 7 mois pour son combat contre l’utilisation de la religion pour justifier l’esclavage… Il continue à courir des risques et reçoit des menaces même en exil en France actuellement. Malgré cette expérience, il est en train de créer une association intitulée Vision laïque africaine (Vilaf) pour promouvoir la laïcité en Afrique. Il faut le soutenir !

Y a-t-il une compétition des modèles de société au sein des institutions internationales ?

Oui. Et je déplore que des arguments relativistes se retrouvent dans des textes de résolutions des Nations unies. J’ai évoqué cette question dans mon rapport pour l’assemblée générale de 2018, à l’occasion du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’universalisme est actuellement la cible de multiples attaques, notamment de la part de certains gouvernements, y compris ceux qui font un usage impropre de la culture et des droits culturels en guise de justification. Cette situation est porteuse de multiples défis pour la jouissance de tous les droits humains. Compte tenu des nombreuses attaques, il est nécessaire d’aller au-delà des platitudes. Nous avons besoin d’un renouvellement fondamental de l’universalisme, lequel devrait non seulement rappeler l’émancipation et les droits qu’il a permis d’obtenir, mais également de penser à la manière dont on va pouvoir renouveler la promesse avec la participation des nouvelles générations.

Les athées sont-ils représentés et leur avis est-il pris en compte ?

Oui. Encore une fois, je tiens à souligner que l’athéisme et la laïcité ne sont pas synonymes, et parmi les laïques que j’ai rencontrés partout dans le monde, il y a aussi beaucoup de croyants et de pratiquants. Il existe des ONG qui défendent les droits des athées, comme Humanists International, qui est très actif dans l’écosystème onusien. Leur travail est très important, mais, hélas, les fondamentalistes et les partisans du conservatisme religieux sont plus nombreux dans ces espaces – surtout quand on parle des droits des femmes – et ils ont beaucoup plus de ressources et de soutien, y compris étatiques. Je suis heureuse de constater que mon collègue Ahmed Shaheed, rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de conviction, souligne toujours la liberté de religion… « ou de conviction » parce qu’il a bien compris l’importance d’inclure la question des droits des « personnes areligieuses » aux débats.

Vous parliez de relativisme culturel. Cette notion, notamment défendue par de nombreux progressistes, ouvre-t-elle la voie à des formes religieuses radicales et sectaires ?

Oui, sans aucun doute. La résurgence du relativisme culturel – à droite comme à gauche – représente une menace sérieuse sur les droits humains, y compris les droits des femmes et des minorités. J’ai rédigé un rapport sur les fondamentalismes et les droits culturels en 2017 dans lequel je tente de rappeler quelques principes, notamment celui qui veut que les « droits culturels ne signifient pas relativisme culturel. Les droits culturels n’excusent pas la violation d’autres droits de l’homme, ne justifient pas la discrimination ou la violence, n’autorisent pas l’imposition d’identités ou de pratiques à d’autres personnes ou leur exclusion de ces identités ou de ces pratiques en violation du droit international. Ils sont fermement ancrés dans le cadre universel des droits de l’homme ». Une de mes préoccupations majeures en ce moment porte sur la progression du relativisme culturel et les tentatives répétées de placer les particularismes au-dessus des normes universelles. Le relativisme culturel a été répudié par le droit relatif aux droits de l’homme et ne devrait être toléré dans aucun contexte, en particulier à l’ONU et dans les organes de défense des droits de l’homme… chaque pratique, norme et tradition culturelle doit résister à l’épreuve des droits de l’homme universels et montrer sa capacité à promouvoir et à entretenir la dignité humaine pour être légitime. Pourtant, ce relativisme culturel se retrouve régulièrement présent dans les forums des Nations unies et dans les universités.

Vous considérez que les droits de l’homme résistent mal à la revendication identitaire particulariste ?

Certains défenseurs du colonialisme et certaines personnes se considérant comme « postcoloniales » ont parfois utilisé des arguments similaires pour justifier leur relativisme culturel.
En réalité, le relativisme culturel n’est pas une simple construction théorique, les exclusions de la protection des droits qu’elle cherche à créer ont des conséquences graves, parfois mortelles… Avec mon livre, Votre fatwa ne s’applique pas ici, j’ai analysé les luttes des personnes de culture musulmane contre l’islamisme. Plusieurs fois, des « esprits critiques » occidentaux autoproclamés progressistes m’ont suggéré de renoncer à la notion de « droits humains » dans le cadre de la lutte contre l’islamisme, car il s’agirait d’une « notion occidentale » qui « ne s’applique pas aux musulmans ». Cette position concorde en fait plutôt bien avec le point de vue des fondamentalistes. N’est-il pas choquant d’affirmer que 1,5 milliard d’habitants de la planète ne remplissent pas les conditions requises pour avoir des droits ?

 

 

Marlène Schiappa confirme l’«évolution» de l’Observatoire…

…de la laïcité, marqué par les polémiques

L’Observatoire est régulièrement sous le feu des critiques pour sa défense d’une «laïcité apaisée». Certains le jugent laxiste sur les questions inflammables liées à l’islam. Il devrait «évoluer» au printemps. 

Marlène Schiappa, la ministre chargée de la Citoyenneté
Marlène Schiappa, la ministre chargée de la Citoyenneté CHARLES PLATIAU / AFP

Dans le viseur de l’exécutif depuis l’automne, l’Observatoire de la laïcité devrait bien se transformer. Marlène Schiappa l’a confirmé dimanche 13 décembre sur Radio J. «Le premier ministre m’a demandé de lui faire des propositions d’évolution sur le portage de la laïcité dans l’appareil d’État. J’ai fait des propositions au premier ministre pour faire évoluer l’Observatoire de la laïcité, pour renforcer le rôle d’une structure, qui ne serait pas forcément un observatoire, mais une structure qui porterait la parole de l’État», a expliqué la ministre chargée de la Citoyenneté, en précisant que la piste privilégiée pour l’Observatoire de la laïcité était la dissolution.

«On ne peut pas se contenter de publication de rapports»

Créée en 2007, renforcée en 2013 par François Hollande, l’instance est régulièrement sous le feu des critiques pour sa défense d’une «laïcité apaisée» et, par ricochet, de son laxisme concernant les polémiques liées à l’islam. «L’observatoire de la laïcité doit évoluer parce qu’on ne peut pas se contenter de publication de rapports et de guides pédagogiques pour accompagner l’action du gouvernement», a sèchement souligné Marlène Schiappa.

Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, en tandem à la tête de l’Observatoire, devraient toutefois pouvoir rester en poste jusqu’au 2 avril, date de la fin de leur mandat. «Chacun fini son mandat», a assuré la ministre en charge de la Citoyenneté. «La vraie question est quelle structure et quelle feuille de route. La question des personnes est importante mais secondaire», a également voulu rappeler Marlène Schiappa.

Schiappa crée les «prodiges de la République»

Certains Français pourront bientôt être qualifiés de «prodiges». Dans un entretien au JDD dimanche, Marlène Schiappa a annoncé qu’elle allait créer une récompense pour les Français les plus méritants : les «Prodiges de la République». Chaque citoyen pourra soumettre des noms puis un jury départemental tranchera. Les heureux élus pourront recevoir 500 euros qu’ils redistribueront ensuite à l’association de leur choix.

En 1915, la réponse de Clemenceau à la censure

Pendant la 1ère Guerre mondiale, son journal est rebaptisé L’Homme enchaîné pour protester contre la censure.

 
La publication du journal L’Homme libre de Georges Clemenceau est suspendue du 29 septembre au 7 octobre 1914 en application de la loi du 5 août 1914. Library of Congress/Rue des Archives/PVDE
 

En 1913, Clemenceau créé le journal L’Homme libre, qui critique ouvertement le gouvernement. Pendant la Première Guerre mondiale, son journal est rebaptisé L’Homme enchaîné pour protester contre les effets de la censure.

Article paru dans Le Figaro du 26 août 1915.

Quand des «républicains» ne manquent à eux-mêmes, il est bon que des conservateurs les rappellent aux principes de liberté qui sont le bien commun de tous les Français. On a pu lire, le 25 août 1915, la simple et noble lettre de M. Jenouvrier, sénateur de la droite, répudiant, en termes décisifs, l’acceptation passive d’un régime sans nom, sans idées, sans règles générales, sans droit, sans dignité. Aujourd’hui, c’est Le Figaro qui demande un minimum de lois républicaines, de prétendus représentants de l’idéal qui se trouvent incapables de porter le fardeau du jour sous ces regards d’une critique uniquement, inspirée de l’intérêt de la patrie, dans une crise de vie et de mort pour le peuple français.

Écoutez, «républicains», et vous, «révolutionnaires» fameux! Apprenez de quel ton vous avez donné à la bourgeoisie libérale le droit de vous parler. Lisez, sans rougir, s’il vous est possible, cet écrit de haute mesure où des hommes de lettres, qui furent indulgents durant toute une année, dressent contre vous le plus cinglant réquisitoire avec une inexorable placidité. Pas de phrases, pas de mots à effet, pas l’ombre d’une rhétorique de politicaille, rien que des constatations de faits qui, reportés aux principes dont le gouvernement se pare, sont un acte d’accusation tel qu’aucun gouvernement peut-être n’en a jamais subi, puisqu’il vient de ceux-là mêmes dont, pour l’excuse de sa défaillance, il avait escompté l’appui.

Je ne crains pas de dire que, dans l’histoire de la politique française, le manifeste du Figaro marquera une date, car il atteste une évolution – qui n’est plus seulement verbale – de la bourgeoisie française vers la règle équitable de l’ordre dans la liberté. Il n’est plus question de chercher un maître pour substituer à de libres institutions les caprices d’une oligarchie déguisée. Non. C’est à la liberté de la parole, à la liberté de la presse, que font courageusement appel des hommes qui ont pu redouter, à certaines heures, les excès d’une liberté jugée par eux incapable de se modérer elle-même, mais qui comprennent, enfin que la liberté égale pour tous est de notre commun patrimoine – où elle apporte à chacun de nous la réciproque garantie de ce droit intangible sans lequel il n’est pas de noblesse pour l’homme civil.

 
Clemenceau par Forain, 1919. Collection particulière
 

J’écrivais, l’autre jour, que l’arbitraire ne pouvait s’arrêter sur sa pente. Nous en pouvons juger, quand on ose nous dire qu’il y a des sujets sur lesquels nous n’avons pas le droit d’exprimer une opinion, quelle qu’elle soit. «C’est à peine, écrit Le Figaro, si la presse a conservé le droit d’approuver.» Cette parole, digne de Tacite, restera, car elle caractérise un régime tel que la France n’en avait pas connu.

Avait-on jamais vu un gouvernement interdire à tous les journaux, sauf à un seul, la reproduction d’une dépêche annonçant un succès militaire d’alliés. Avait-on jamais vu un gouvernement défigurer, altérer le compte rendu des débats parlementaires au Journal officiel, pour faire une réclame à un de ses ministres? Avait-on jamais vu un gouvernement interdire des journaux qui avaient passé outre aux injonctions de la censure, et même les frapper de suspension, tandis qu’il autorisait cette même infraction chez d’autres, libres de se soustraire aux règles qui nous écrasent, par l’unique raison que ceux-là avaient des amis puissants dans le cabinet?

Assez de ce régime qui n’a d’analogue que chez les peuples de civilisation rudimentaire. L’honneur de la France exige qu’il ait vécu. Ce sera une honte qu’il ait pu se soutenir un moment dans le pays de la Révolution française. Les malheureux qui porteront au front la marque indélébile de cette tentative allèguent pour excuse le territoire envahi. C’est leur condamnation.

Voici la conclusion de cette page éloquente:

Assez et trop de manigances qui ne peuvent supporter le grand jour. Jetez toutes ces choses au vent. Qu’elles tombent au gouffre sans fond. L’oubli! L’oubli! Nous n’avons plus qu’une idée. Tous ces soldats qu’il est facile de célébrer, mais que l’heure nous presse de seconder d’abord, un jour nous reviendront glorieux, après de nouvelles épreuves dont le compte n’est pas épuisé. Ce sera le plus beau jour de notre histoire. À nous de le faire, à nous de le mériter. Nos fils, alors, dans la fierté du sacrifice, dans la beauté du sublime devoir, dans le débordement d’une espérance infinie, mais frémissant encore d’affreuses misères, nous regarderont face à face. Qui de nous voudrait avoir à baisser les yeux? Qui pourrait entendre cette affreuse parole: Pourquoi n’avez-vous pas mieux fait?

Par Georges Clemenceau

Sanctions durcies pour les fonctionnaires coupables de racisme

Les fonctionnaires « doivent incarner les valeurs de la République »

La République en marche entend renforcer, par un amendement, les peines contre les fonctionnaires coupables de discrimination. Par Sarah Paillou

 
La députée de Paris Laetitia Avia et le chef du groupe LREM à l'Assemblée, Chirstophe Castaner.
La députée de Paris Laetitia Avia et le chef du groupe LREM à l’Assemblée, Chirstophe Castaner. (Sipa)
 

L’idée est née de l’affaire Michel Zecler. Le 21 novembre à Paris, ce producteur noir était passé à tabac par trois policiers, mis en examen depuis, notamment pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique », avec plusieurs circonstances aggravantes dont celle de racisme. Et c’est ce dernier point qui a particulièrement retenu l’attention de la députée macroniste de Paris Laetitia Avia. Ces fonctionnaires « doivent incarner les valeurs de la République, juge-t-elle. Et donc être punis plus lourdement quand ils ne le font pas. »

Elle propose alors de créer une circonstance aggravante lorsqu’un acte discriminatoire est commis par des agents chargés d’une mission de service public, comme les forces de l’ordre. Une disposition qu’elle défendra, avec le soutien du mouvement présidentiel, dans un amendement au projet de loi « confortant les principes de la République », présenté mercredi en Conseil des ministres.

De quoi renforcer la « deuxième jambe » de la stratégie

 

Lundi, au bureau exécutif de La République en marche (organe décisionnaire du mouvement), la proposition a reçu la validation de la direction du parti. Le délégué général, Stanislas Guerini, sera d’ailleurs l’un des cosignataires du futur amendement. Le ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer, a rejoint le consensus autour des mesures présentées ce soir-là.

Gérald Darmanin (Intérieur), lui, « a dit qu’il fallait que le débat parlementaire se tienne sur ce sujet, tout en soulignant la nécessité de protéger les forces de l’ordre », assure son entourage. Le locataire de Beauvau « a bien compris l’intérêt politique » de la disposition, estime un participant. Le groupe parlementaire doit encore se positionner, mais Avia assure « ne pas avoir d’inquiétude ».

La stratégie sur « deux jambes » de la majorité

Dans cet amendement, la députée de Paris voudrait doubler les peines maximales d’amende et de prison sanctionnant l’injure raciste, l’incitation à la haine, l’apologie ou la négation de crimes contre l’humanité, etc., lorsqu’elles sont commises par un policier, un facteur, un magistrat, un enseignant ou encore un contrôleur de la SNCF.

« On pourrait considérer que, comme il y a du racisme dans notre société, c’est logique qu’on le retrouve dans la police, développe Avia. Mais ce n’est pas un corps social comme les autres, parce qu’il représente l’État. » Et de raconter ce témoignage qu’elle a reçu d’une avocate noire : « Une magistrate lui a dit : ‘Retourne dans ton bananier.’ C’est d’autant plus violent venant de quelqu’un qui porte la robe. »

La lutte contre le séparatisme demande de comprendre sur quel terreau l’idéologie des islamistes peut fleurir

L’initiative vise aussi à renforcer la « deuxième jambe » de la stratégie de la majorité contre l’islamisme, plus tournée vers la mixité sociale et le combat contre les discriminations et peu visible dans le projet de loi « confortant les principes républicains ». La députée, représentante de l’aile gauche de la macronie, justifie : « La lutte contre le séparatisme demande de la fermeté face aux islamistes, mais aussi de comprendre sur quel terreau leur idéologie peut fleurir. Et donc d’occuper ces espaces parfois délaissés. »

Une proposition et un discours qui laissent une fois de plus apparaître les différentes sensibilités qui traversent le groupe parlementaire sur le sujet. Puisque d’autres élus, comme Jean-Baptiste Moreau et Aurore Bergé, souhaitent à l’inverse aller plus loin sur le volet répressif en demandant l’interdiction du voile pour les petites filles.