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L’ennemi est déjà dans la place

La « cancel culture », cette effrayante intolérance progressiste


Les déboires récents de J.K. Rowling, l’auteur de Harry Potter, boycottée par des militants adeptes de la théorie du genre, peuvent sembler aussi grotesques qu’éloignés de nous. Après avoir lu une bien curieuse prose dans le Monde cette semaine, Jeremy Stubbs nous met en garde: l’ennemi est déjà dans la place.


Quand nous pensons à la censure, à la confiscation de la liberté de parole, nous pensons en priorité aux exemples historiques des régimes autoritaires ou théocratiques, aux témoignages vécus comme celui de Soljenitsyne, ou aux transpositions dans la fiction comme celle, aujourd’hui archétypique, du 1984 d’Orwell.

Dans chaque cas, il s’agit d’un carcan linguistique et intellectuel imposé par un État centralisé, hiérarchique et dominateur. Mardi dernier, dans une lettre ouverte publiée sur le site de la revue américaine, Harper’s Magazine, plus de 150 membres de l’intelligentsia internationale, surtout anglo-américaine, mettent en garde contre une forme de censure inédite exercée par des minorités – ou pour leur compte – qui se prétendent dépourvues de tout pouvoir politique, économique et médiatique. Parmi les signataires, on trouve des noms illustres d’écrivains, d’universitaires et de journalistes tels que Salman Rushdie, Garry Kasparov, Margaret Atwood, Martin Amis, Noam Chomsky, Stephen Pinker, Malcolm Gladwell ou Jonathan Haidt. Étrangement, ils appartiennent autant à la gauche qu’à la droite du spectre politique.

La France souffre du syndrome du village d’Astérix. On croit que, quel que soit le vent de folie qui souffle depuis les pays anglophones, la Gaule résistera…

La portée de cette lettre est suffisamment significative pour qu’elle soit publiée simultanément dans les presses allemande, espagnole, japonaise et française – en l’occurrence, dans le Monde, fait sur lequel nous reviendrons.

Selon les auteurs, la nouvelle censure qui s’exerce dans les universités, les maisons d’édition, les médias et même les entreprises, se caractérise par une « intolérance à l’égard des opinions divergentes », un « goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme » et une « tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. » Il s’agit d’exclure du discours public à la fois certains points de vue et les voix qui les portent. L’idéologie au nom de laquelle ces prohibitions sont imposées est le woke, ce politiquement correct dopé aux stéroïdes ; la stratégie adoptée par ses partisans est la cancel culture, littéralement « la culture de l’annulation » ou « du boycott » Quels en sont les tenants et aboutissants ?

Le woke, d’un mot anglais voulant dire « éveillé » ou «  vigilant », constitue une sorte de tétraèdre aux quatre facettes, chacune représentant une opposition manichéenne : la race, montant les noirs contre les blancs (toutes les autres ethnies sont invitées à se ranger du côté des noirs) ; le féminisme, montant les femmes contre les hommes ; la sexualité, montant les homos contre les hétéros ; et le genre, montant les transgenres et autres non-binaires contre les cis, c’est-à-dire tous ceux qui ne se catégorisent pas comme les premiers. Chaque facette est inséparable des autres ; les militants de l’une sont solidaires des autres. Dans chaque opposition, le second groupe – les blancs, les hommes, les hétéros et les cis – est considéré comme ayant tort de par son existence même. Cela s’appelle le « privilège » blanc, masculin et/ou hétéro. Tout le système est placé sous le signe du vieux marxisme révolutionnaire : il s’agit de saisir le pouvoir dans tous les pays, de détruire le capitalisme et de renverser l’ordre social. Quant à la cancel culture, elle se justifie de la manière suivante : des groupes qui, au cours de l’histoire, auraient été privés d’opportunités pour s’exprimer, qui auraient été « silencés », ont le droit aujourd’hui de « silencer » à leur tour tous ceux qui expriment une opinion contraire à la leur.

Si, dans le monde fictif de 1984 ou le monde réel de la Chine contemporaine, l’imposition de la pensée unique est « top down », dictée d’en haut par un gouvernement, la cancel culture est « bottom up », promue par de simples militants – quoique avec l’appui d’un grand nombre des vrais privilégiés, les peoples, vedettes et autres m’as-tu-vu qui, étant majoritairement blancs, hétéros et cis, ressentent le besoin de se faire bien voir en dénonçant publiquement tout écart doctrinal de la part de leurs semblables.

La cancel culture est une métonymie. Au début, il s’agissait bien pour les partisans du woke de faire annuler, par des campagnes de protestations, des événements tels que des conférences ou des débats universitaires auxquels participaient des penseurs dont les idées pouvaient provoquer une détresse psychique insupportable chez les bien-pensants. L’exemple classique en est celui du Canadien Jordan Petersen, professeur de psychologie, grand pourfendeur des idéologies politiquement correctes et auteur du bestseller, 12 règles pour une vie (Michel Lafon, 2018). L’année dernière, l’université anglaise de Cambridge, qui lui avait proposé un poste de chercheur invité, a retiré son offre suite à une campagne de dénonciation organisée par des étudiants et des membres de la faculté. Pas de liberté académique pour les ennemis de la liberté woke.

Pourtant, après la simple annulation, l’action des woke s’étend à des appels à boycotter un(e) tel(le) de façon permanente. En particulier, toute déclaration publique contraire à l’esprit woke, qu’elle provienne d’une personnalité médiatisée ou même parfois d’un simple quidam, suscite une campagne vindicative et haineuse sur les médias sociaux. C’est ce qu’on appelle le « pile on. » Ici, l’exemple classique est celui de l’auteure de la série Harry Potter, l’anglaise J. K. Rowling, elle-même assez bien-pensante, plutôt de gauche et pro-Union européenne. En décembre dernier, elle publie un tweet où elle défend une employée d’une ONG virée pour avoir soutenu que des trans femmes, nées donc avec une physiologie masculine, ne sont pas des femmes de la même manière que des femmes nées avec une physiologie féminine. Dans le tollé qui suit, elle est dénoncée comme une « TERF », abréviation pour « Trans Exclusionary Radical Feministe » ou « Féministe radicale opposée aux transgenres. » De simple acronyme descriptif, cette monosyllabe est devenue une injure qui met fin à tout débat. Au mois de juin, elle récidive et le torrent d’insultes et d’appels au boycott de ses livres reprend avec une force décuplée, menée par les activistes purs et durs suivis par des peoples, en l’occurrence les comédiens rendus célèbres par les adaptations de ses romans. Le « pile on » a deux caractéristiques essentielles. La première est un mélange d’hyperbole outrancière et de chantage émotionnel. Voici le contenu d’un tweet typique d’une trans femme californienne : « Soyons clairs : ce que prônent J. K. Rowling et d’autres TERFs c’est la torture et la mise à mort des jeunes trans. » La deuxième est le recours à des torrents d’injures où l’argumentation intellectuelle joue peu de rôle. Au cours du véritable déferlement de haine virtuelle qui s’abat sur elle, J. K. Rowling, femme et victime dans le passé de violences conjugales, est inondée des pires grossièretés misogynes. C’est presque rassurant : le vieil ordre patriarcal reste présent même chez les militants woke.

La France souffre du syndrome du village d’Astérix. Ici, on croit que, quel que soit le vent de folie qui souffle depuis les pays anglophones, la Gaule résistera. Faux. L’ennemi est déjà dans la place. La publication de la tribune des 150 par le Monde peut sembler un acte de solidarité en faveur de la liberté de parole par ce quotidien à la gloire sans doute passée, mais non dépourvu d’un certain prestige. Pourtant, tout dans sa façon de présenter le texte constitue un désaveu paradoxal.

Le titre en anglais est littéralement « Une lettre sur la justice et le débat ouvert. » En revanche, le titre du Monde est « Notre résistance à Donald Trump ne doit pas conduire au dogmatisme ou à la coercition. » Il y a certes une référence passagère à M. Trump dans le texte, mais ce n’est pas du tout une polémique gauchiste contre lui. Enfin, après la tribune vient une véritable mise en garde éditoriale dans le journal français. Citant des groupes d’intellectuels qui ne sont jamais nommés, omettant tout exemple précis, le Monde affirme que le vrai danger provient, non de la gauche radicale mais de l’extrême droite et des « suprématistes blancs », avant de rappeler que Donald Trump lui-même a dénoncé récemment la cancel culture. Le message aussi clair que contradictoire : la tribune a été écrite surtout pour dénoncer Donald Trump mais par des auteurs qui sont proches de sa façon de penser ultra-conservatrice. Cette aporie logique empreinte de mauvaise foi est dans le plus pur esprit woke.


La « cancel culture » débarque en France. Connaissez-vous la cancel culture, cet autodafé moderne et inclusif que la presse féminine entend importer chez nous ?


Entre deux pages de publicité et les photos de mode, le magazine Stylist se pique de décrypter la société. C’est un gratuit qui prétend être bien ancré dans son époque. “Conscient” et “engagé”, il est distribué devant les bouches de métro. En priorité aux cadres dynamiques de sexe féminin, qui, en le glissant sous le bras, se gardent de quoi se remplir le cerveau pendant leur heure de table.

L’un de leurs derniers articles est consacré à la “cancel culture”. Quesaco ? Le sous-titre nous donne un indice : “Aujourd’hui, les personnalités publiques aux comportements polémiques risquent de passer directement par la case annulation”. Cette mode venue d’outre-Atlantique serait en train de déferler sur la France, ce dont le journaliste se réjouit. “Dorénavant, dès que quelque chose ne nous plait plus, on peut l’annuler dans la minute : forfait de téléphone, course Uber, abonnement Netflix. Alors pourquoi ne pas annuler aussi les humain.e.s?” se demande, en écriture inclusive, la plume de Stylist.

Comme les régimes communistes du siècle dernier, qui réécrivaient sans cesse le passé pour le rendre conforme aux normes idéologiques du présent, la cancel culture entend éliminer tout ce qui disconvient à sa moraline.

Voici quelques-unes de ses cibles :

• l’humoriste Kevin Hart a été évincé de la présentation des Oscars en 2019 parce qu’il aurait posté des blagues ou propos déplaisants envers les homosexuels, dix ans plus tôt. Annulé.
• Kevin Spacey, soupçonné d’abus sexuels, a disparu de la série House of Cards dont il incarnait le héros principal. Mieux, l’acteur est carrément effacé de scènes du film All the Money.
• Polanski, R. Kelly, Woody Allen: pour des affaires fort lointaines et également en dessous de la ceinture, la cancel culture travaille d’arrache-pied à les « annuler ».
• Antoine Griezmann, qui a fait un “blackface” en se grimant en basketteur noir de la NBA s’est rapidement confondu en excuses. Heureusement, car la meute était prête à le lyncher. La cancel culture (sur)veille…
• Michael Jackson, le roi de la pop lui-même, à la suite d’un documentaire à charge, s’est vu totalement déprogrammé des playlists de nombreuses radios américaines. Jugé et condamné post mortem à cause d’accusations de pédophilie.

Chaque jour, la liste s’allonge… On reconnaitra aisément les victimes de la cancel culture en France: elles ne seront plus reçues par Yann Barthès. Certains, comme Ladj Ly, ne sont pas touchés par la cancel culture – et Causeur s’en félicite ! Dans notre univers d’ados attardés, la carte banlieue vaut sans doute immunité…

Ne reculant devant aucun moyen, même légal, la cancel culture est un sport de combat.
Ses armes de prédilection contre les déviants : le lynchage médiatique et la chasse sur les réseaux sociaux. Selon les propres mots de Stylist, les phalanges de « social justice warriors » qui s’y adonnent représentent la “figure du.de la justicier.ère progressiste et radical.e (…) obsédé par la notion de pureté militante, parfois jusqu’à l’absurde”. Dans la même veine, un nouveau métier connaît un inquiétant essor : les “sensitivity readers”.

Leur noble tâche est d’éviter aux maisons d’éditions d’être taxés de racisme, de sexisme ou d’homophobie. Charlie Hebdo a aussi enquêté sur le sujet. On ne dira plus qu’il n’y a pas de sot métier.

Même Barack Obama, pourtant dans le camp progressiste, s’est ému de ce déferlement de censure. Fin octobre, lors d’une conférence à Chicago, il déplorait que les adeptes de la cancel culture fassent si vite marcher le pilori sur les réseaux sociaux. Il leur reproche en outre de ne pas s’investir dans la vraie vie. Les médias ont repris l’information en boucle au point que la phrase “Obama cancels “cancel culture” est devenue populaire. Mais cela n’a pas empêché le journaliste du New York Times Ernest Owens de critiquer les vues tr§s « boomer » d’Obama sur le sujet. La liberté d’expression serait-elle une relique hors d’âge vénérée des seuls baby-boomers ? En tout cas, les jeunes censeurs nous mettent dans le pétrin.

Les soutiens idéologique et pécuniaire surprenants de « Black lives matter »


Après les GAFA, de grands groupes industriels soutiennent le mouvement Black Lives Matter. Les réseaux sociaux et les multinationales font cause commune avec ce mouvement racialiste à la mode. 


Que penser de Mercedes qui lutte contre le racisme en repeignant en noir ses monoplaces pour la saison prochaine de Formule 1 ? Que penser de l’Oréal qui renonce à l’utilisation des mots « blanc » et « blanchissement » pour tous les produits qui servent précisément à blanchir la peau ? Bref, que penser de ce vent d’antiracisme qui souffle sur les multinationales ? Tous les secteurs sont concernés : l’agroalimentaire, avec la disparition du grand-papa noir Uncle Ben’s, le cinéma avec le retrait par HBO de la vidéo d’« Autant en emporte le vent », la distribution avec Amazon qui soutient Black Lives Matter (BLM)… etc.

Que des marques mondiales surfent sur des thèmes sociétaux – déforestation, travail des enfants, développement durable – pour promouvoir leur produits ou leur image n’a rien de nouveau. Mais en endossant l’idéologie antiraciste, c’est un combat politique qu’elles ont décidé de mener. 

L’affaire Twitter-Trump-Facebook est particulièrement éloquente à cet égard. Le 26 mai Twitter a censuré un tweet de Donald Trump dans lequel ce dernier exprimait ses craintes que le vote par correspondance génère des fraudes électorales massives (en sa défaveur). 

Hostiles au « populisme » de Donald Trump qui arrête l’immigration et oblige les entreprises américaines à quitter la Chine pour se recentrer sur le sol des États-Unis, l’élite économique et financière américaine aurait-elle envie d’enrayer le processus en cours ?

Quelques jours plus tard, le meurtre de George Floyd par un policier blanc a déclenché des émeutes à Minneapolis, qui ont amené le président américain à lancer un avertissement aux émeutiers.  « Les pillages seront immédiatement accueillis par des balles » (« looting », « shooting »). Considérant que Donald Trump venait de déclarer sa « haine » à la communauté noire, Twitter a censuré le message présidentiel.

Tous les regards se sont alors tournés vers Facebook. Le réseau social géant riche de deux milliards d’internautes allait-il suivre Twitter et censurer les messages – les mêmes que sur Twitter – de Donald Trump ? Visiblement gêné, Mark Zuckerberg a décidé de ne pas censurer Donald Trump. 

S’est alors enclenchée une incroyable réaction en chaîne. Sous la pression des associations antiracistes américaines (NAACP notamment), les très grands annonceurs de Facebook (Unilever, Levi’s, Coca-Cola, Starbucks, Adidas, Procter & Gamble, Apple et bien d’autres) ont bloqué leurs budgets publicitaires sur le site. Pas un jour ne passe sans que cette liste des entreprises qui boycottent Facebook ne s’allonge.  

Mais à travers Facebook, c’est Donald Trump qui est visé. Le président américain tire sa force des relations directes qu’il entretient avec son électorat à travers les réseaux sociaux (Twitter et Facebook principalement, mais aussi Reddit, Snapchat, Viber…). Au cœur de la campagne électorale américaine, les grandes entreprises américaines tentent donc d’inciter Facebook à couper Donald Trump de sa base électorale. Fin juin, sous prétexte de lutte contre le discours de haine, la plateforme Reddit a, supprimé « r/The_Donald », un groupe pro-Donald Trump créé en 2016 equi comptait près de 800 000 membres. La plateforme Twitch, contrôlée par Amazon (Jeff Bezos, PDG d’Amazon est un ennemi déclaré du président américain) et la plateforme Viber ont emboité le pas de Twitter et Reddit en censurant certains des messages de Donald Trump. 

Certains diront que les grandes entreprises se sont toujours engagées en faveur de tel ou tel candidat. En réalité, les grandes entreprises ont pendant longtemps financé aussi bien le candidat républicain que le candidat démocrate. Elles mettaient des billes dans les deux camps. Aujourd’hui, drapeau antiraciste au vent, les multinationales américaines ont entrepris de dézinguer le candidat républicain. 

L’affaire George Floyd, concomitante de l’affaire Facebook, indique que ce tournant antiraciste est bien plus qu’une simple posture marketing. En dépit des déclarations très violentes du mouvement marxiste noir Black Lives Matter, Amazon est allé jusqu’à annoncer son soutien au mouvement sur les pages d’accueil « La vie des Noirs compte », a déclaré Netflix sur Twitter sur Disney, la Fox et la plateforme de films Hulu ont également fait un signe à BLM. Apple Music s’est jointe à la campagne  «Black Out Tuesday» pour sensibiliser les gens aux problèmes d’inégalité ethnique systémique. Les marques de bonbons Gushers et Fruit by the Foot se sont associées pour condamner la brutalité policière et « se tenir aux côtés de ceux qui luttent pour la justice ». Nike, Apple, Microsoft ont suivi Amazon et versent à Black Lives Matter des sommes à sept chiffres. 

Le soutien apporté par les grandes entreprises américaines à Black Lives Matter est un soutien à un mouvement révolutionnaire qui compte des milices dans cinquante États, qui occasionnent des violences aux côtés des Antifas et qui affirme que le racisme est systémique aux États-Unis. Voir les multinationales américaines soutenir un mouvement noir qui s’attaque aussi  radicalement à l’Amérique, à son histoire et à sa culture a de quoi surprendre. 

Dans les années 1930, les industriels allemands finançaient le parti nazi dans l’espoir d’en finir avec le parti communiste allemand, avec les résultats que l’on sait. Hostiles au « populisme » de Donald Trump qui arrête l’immigration et oblige les entreprises américaines à quitter la Chine pour se recentrer sur le sol des États-Unis, l’élite économique et financière américaine aurait-elle envie d’enrayer le processus en cours et d’empêcher la réélection de Donald Trump ?

Cory Maks, chercheur en sciences politiques et maitre de conférences à l’Université George Washington, constate depuis 2008 une augmentation spectaculaire de l’activisme des grandes entreprises sur ces sujets liés à la race, à l’immigration et aux droits des LGBT. Il explique ce phénomène par le fait que les dirigeants des grandes entreprises sont issus de l’élite riche traditionnellement plus progressiste socialement que les pauvres. Cette élite progressiste a tendance à utiliser le pouvoir économico-politique de leurs entreprises en faveur de buts qui vont « bien au-delà des intérêts économiques de cette entreprise ». L’action des patrons de Twitter, Amazon, Apple, Netflix et de bien d’autres apporte la preuve que cette élite économique a une idéologie politique personnelle à promouvoir.

Dans un article intitulé « Les sauveurs blancs de l’Amérique » publié sur tabletmag.com, le chercheur Zach Goldberg montre que sur les questions de justice raciale et de justice sociale, « les progressistes blancs sont touchés par un progressisme si radical qu’ils sont aujourd’hui le seul groupe démographique d’Amérique à afficher un parti-pris qui place les intérêts d’autres groupes ethniques au-dessus des intérêts de leur propre groupe ethnique ». Goldberg estime que les progressistes blancs américains font aujourd’hui passer les intérêts des minorités de couleur et des immigrants avant leurs propres intérêts et avant l’intérêt des Etats-Unis eux-mêmes. 

Des sondages menés par le Roper Center for Public Opinion ont montré que les perceptions des progressistes blancs sur les discriminations subies par les Noirs sont en évolution rapide. Ainsi, de 1996 à 2010, le nombre de progressistes blancs qui considéraient que les discriminations infligées aux noirs représentaient un motif de préoccupation « très sérieux » était stable (27% en 1996 avec un léger déclin à 25 % en 2010). Mais à partir de 2010, le tournant s’amorce et en en 2015, les progressistes blancs sont 47% à s’horrifier des discriminations subies par les noirs. En 2016, ils sont 58%. 

Sur un sujet similaire, le traitement judiciaire des Noirs, les mêmes évolutions se remarquent. En 1995, 2000, et 2007, un progressiste blanc sur deux estimait que la justice traitait aussi équitablement les noirs que les blancs.  Mais en 2014, 70% des progressistes blancs estimaient que la justice affichait un « parti pris négatif » envers les noirs tandis que le pourcentage de ceux qui affirment que les noirs sont « judiciarisés équitablement » est tombé à 20%.

Ces progressistes blancs sont frappés de ce que le politologue Eric Kaufman a appelé le « millénarisme multiculturel », soit la croyance que la disparition de la majorité blanche ouvrira la voie à une société plus progressiste et plus juste sur le plan racial. C’est pourquoi le soutien apporté par certaines catégories de progressistes blancs à l’immigration et à l’ouverture toujours plus grande des frontières coïncide avec la critique toujours plus acerbe des « privilèges blancs » et cet étonnant soutien à Black Lives Matter. 

Le bon sens inciterait à tourner ces mouvements de pensée en dérision. Mais on aurait tort. Le millénarisme finit rarement en fête familiale. Cette révolte des progressistes blancs est moins balisée, moins évaluée et étudiée en France et en Europe, qu’elle ne l’est aux États-Unis. Les chiffres et les études manquent. La révolte des progressistes blancs n’a pourtant rien d’exclusivement américain, elle existe ici aussi et est tout aussi virulente. La prise en main des rues par nos Black Blocks, la prise en main des universités par nos islamo-gauchistes sont là pour le prouver.

Apple: l’autre code noir,

La marque à la pomme nettoie son code informatique

Dans notre nouveau monde vertueux, Apple ne cesse de montrer l’exemple.

La société Apple produit la majorité de ses appareils en Chine pour diminuer drastiquement ses frais salariaux. Elle ne paie pas la moitié du quart des impôts qu’elle devrait payer, grâce à d’ingénieux moyens de contournement fiscal. Et elle vend ses appareils à l’obsolescence programmée à des prix stratosphériques. Après ce constat, nous aurions pu attendre que la société Apple se fasse discrète quand il s’agit de donner des leçons de morale à deux balles.

La vedette Oprah Winfrey présente le nouveau service Apple tv + au siège de la marque à Cupertino en Californie, le 25 mars 2019 © Tony Avelar/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22320417_000007

Que nenni ! Apple, comme à peu près toutes les sociétés touchant de près ou de loin aux activités informatiques, met un genou à terre : elle a décidé de retirer des « termes jugés offensants de son écosystème de développement. »

La firme de Cupertino veut inventer le code informatique inclusif

Dans son code informatique, les termes « listes blanches » et « listes noires » ne seront donc plus employés par Apple. Et on devine que ce n’est pas la liste blanche qui a posé le plus de problème de conscience aux concepteurs de cette nouvelle liste noire (oups !) d’expressions à bannir. Espérons que lesdits concepteurs ne travaillent pas au noir ! Et souhaitons que le développeur blanc ne devienne pas la bête noire d’Apple. L’entreprise l’écrit noir sur blanc : ses employés cesseront de broyer du noir dès lors qu’ils choisiront des termes n’excluant personne ! En revanche, ils dépasseront la ligne jaune s’ils ne respectent pas la consigne directoriale ou, autrement dit, s’ils ne montrent pas patte blanche. 

« Écrivez consciemment pour inclure tout le monde et éviter les préjugés culturels et les stéréotypes », demande expressément la firme de Cupertino à ses développeurs de programmes auxquels il est en outre conseillé de ne plus utiliser les termes pourtant courants en informatique de « maître » et « esclave ». La bêtise n’ayant aucune limite, on se demande quels sont les mots qu’Apple préconisera, après les revendications animalistes et véganes à venir, pour désigner la “Souris”, le “Cheval de Troie” (logiciel pouvant dissimuler un programme malveillant de piratage), ou le “Chat”. Si le terme « Carte Mère » ne semble poser aucun problème pour le moment, il n’est pas certain que ceux de « Moniteur », « Navigateur » ou « Serveur », ne se voient pas non plus reprocher prochainement une masculinité trop affichée. Quant au mot « bit » (unité de base informatique), nous attirons l’attention d’Apple sur l’allusion phallique et patriarcale qu’il peut représenter en France. Il y a encore du travail.

En attendant de verser des fonds aux associations LGBT, Apple s’attaque au racisme en mettant au pot pour « l’équité raciale et la justice » une infime partie des impôts qu’elle ne paie pas, à savoir 100 millions de dollars. Ça, c’était il y a quelques semaines, alors que le mouvement « Black lives matter » agitait l’Amérique. Il y a quelques jours, bien décidée à cocher toutes les cases progressistes, Apple a lancé un plan visant à atteindre la neutralité carbone. « Les entreprises ont une profonde opportunité de contribuer à la construction d’un avenir plus durable, né de notre préoccupation commune pour la planète que nous partageons », a déclaré Tim Cook, le PDG, qui, emporté par son élan, a ajouté avec le plus grand sérieux : « Les innovations qui alimentent notre voyage environnemental (sic) ne sont pas seulement bonnes pour la planète, elles nous ont aidés à rendre nos produits plus efficaces sur le plan énergétique et à mettre en ligne de nouvelles sources d’énergie propre dans le monde entier. » Bravo.

A lire aussi, Yves Mamou et Caroline Valentin: Les soutiens idéologique et pécuniaire surprenants de « Black lives matter »

Nul doute que les petites mains chinoises qui fabriquent plus de la moitié des iPhone seront bien contentes d’apprendre que l’argent dont elles ne bénéficient pas est reversé en partie dans des projets dont elles ne profiteront pas non plus.

La Chine offre une main d’œuvre très bon marché, pollue à mort et n’offre aucune perspective de vie politique démocratique. L’empire du Milieu permet aux dirigeants d’Apple de jouer les vertueux dans les pays qui ne sont ni les plus racistes ni les plus pollueurs de cette planète, dans lesquels des bobos repus, repentants et à genoux, ne demandent plus qu’une chose : pouvoir continuer de s’épancher, de pleurnicher et de se battre la coulpe en poussant des petits cris d’indignation sur les réseaux sociaux.

Depuis les terminaux high-tech de l’entreprise la plus engagée du moment.

Parlez-vous woke? La haine recuite

Nancy Pelosi, la cheffe des démocrates au Congrès américain, ploie le genou en hommage à George FLoyd, Washington, 8 juin 2020. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA


Derrière le slogan #BlackLivesMatter, une organisation politique révolutionnaire née aux Etats-Unis promeut une idéologie manipulatrice et vindicative, le « woke », sorte de politiquement correct sous stéroïdes. Il y a urgence à résister.


Dans la comédie satirique d’Aristophane, Les Cavaliers, le Peuple invite un nouveau leader politique surnommé le Charcutier à être son guide, par des paroles aussi naïves que terrifiantes : « Ré-éduque-moi ! » L’organisation qui se cache à peine derrière le slogan #BlackLivesMatter nourrit les mêmes ambitions que le Charcutier : prendre le pouvoir en nous rééduquant, en nous imposant une idéologie manipulatrice qui déforme la réalité. À la différence du Peuple dans la pièce, nous devons tous résister à cet extrémisme politique qui cherche à racialiser et à diviser notre société pour mieux régner. Son idéologie, longtemps en gestation, tient aujourd’hui en quatre petites lettres : « woke ».

Que ce soit sur les médias sociaux ou traditionnels, tout dissident à la doxa woke est dénoncé, persécuté et chassé de la scène publique

Le terme woke vient des activistes afro-américains. C’est littéralement une injonction à rester « vigilant » face à tout ce qui dans la société actuelle peut constituer une forme d’oppression des Noirs par les Blancs. Cet usage, consacré surtout à partir de 2012, s’est étendu à l’oppression des pauvres par les riches, des femmes par les hommes, des homosexuels par les hétérosexuels, et des transgenres par la nature « hétéronormative »de la société traditionnelle. L’idéologie woke peut être qualifiée de « totalisante » dans la mesure où il s’agit d’amalgamer les griefs supposés de différents groupes afin d’encercler et de mettre en accusation le groupe social majoritaire qui, selon les activistes woke, domine les autres en abusant de son pouvoir. Ce groupe, composé de tous les Blancs, serait dominé à son tour par les êtres les plus abusifs de tous : les hommes blancs hétérosexuels. Détrôner ces tyrans est le but suprême. De même qu’on accumule les tares en étant blanc, masculin et hétéro, on peut accumuler les vertus en étant noir, femme et homo ou trans. Cette apothéose agrégative de la victimisation s’appelle l’intersectionnalité. La volonté de fédérer les doléances sans distinction s’exprime à travers des acronymes comme LGBTQIA+ ou le terme britannique « BAME » qui signifie « les Noirs et les autres minorités ethniques », c’est-à-dire tout le monde, sauf les Blancs. Le citoyen lambda est sommé de reconnaître en bloc le bien-fondé de tous ces griefs sous peine d’être voué aux gémonies comme le laquais des oppresseurs. Que ce soit sur les médias sociaux ou traditionnels, tout dissident à la doxa woke est dénoncé, persécuté et chassé de la scène publique.

A lire aussi, du même auteur : La « Cancel Culture », cette effrayante intolérance progressiste

Les doctrines sociales, culturelles et scientifiques qui composent cette culture de la revendication sont diffusées selon la stratégie définie dans les années 1920 et 1930 par le marxiste italien Gramsci. Cette stratégie se base sur la notion d’hégémonie culturelle : pour préparer la conquête du pouvoir, il faut d’abord mener celle des esprits en investissant l’éducation, la culture, les médias et le débat intellectuel. La machine de propagande créée autour de BLM est le dernier avatar de cette opération gramscienne.

Lancé par trois femmes noires – dont deux se qualifient de « queer » – en 2013, en réponse à l’acquittement de l’homme qui a tué l’adolescent noir Trayvon Martin, ce mouvement né comme un simple hashtag est devenu un réseau international décentralisé et une fondation habilitée à recevoir des dons. Dans une vidéo datant de 2015 et facile à trouver sur internet, une des fondatrices, Patrisse Cullors, se vante d’avoir reçu une formation d’organisatrice marxiste, de même que sa collègue, Alicia Garza. Il suffit de consulter le site de la branche américaine de BLM ou les pages Facebook et GoFundMe (un site de financement participatif) de la branche britannique pour comprendre que BLM n’est pas simplement un mouvement de lutte contre le racisme. On y découvre, exprimés dans une prose ala

L’Aïd commémore le Sacrifice d’Abraham.

Aïd el Adha 2020
L’épreuve qu’il eut à subir s’est avérée bénéfique : Dieu a arraché son fils aux menaces de la mort. La pandémie met aujourd’hui le monde entier à l’épreuve. Nous avons interrogé Mohammed Benali, responsable de la mosquée de Gennevilliers et Président de la Maison Islamo-Chrétienne, pour connaître comment sa communauté vit cette fête en ce temps d’épreuve.

Les autres années l’affluence est telle pour la prière le matin de l’Aïd que la municipalité de Gennevilliers nous prête un terrain de sport. Cette année, il aurait été impossible, dans ce cadre, de faire respecter les barrières de sécurité. Nous organisons donc, contrairement aux autres fois, une prière à 8h, une autre à 9h15 et si besoin une troisième ensuite, à l’intérieur de la mosquée. Quand les capacités sont atteintes nous fermons les portes et ceux qui n’ont pu entrer doivent attendre que l’on rouvre les portes pour l’heure suivante.
Les musulmans sacrifient ce jour-là un mouton, un veau… ou un chameau. En effet, s’il est préférable de tuer le mouton, nos ancêtres habitaient le désert où les chameaux sont des animaux plus familiers que ne le sont les veaux ou les moutons ! Les années passées, la mosquée se mettait en relation avec un fermier. Elle signait avec lui un protocole d’accord. Il n’était pas musulman mais nous lui faisions confiance pour pratiquer l’abattage rituel. Les musulmans pouvaient choisir une bête en allant voir son cheptel sur place ou en visionnant le troupeau sur internet. Cette année, nous avons préféré ne pas servir de relais entre le fermier et les clients. Non parce que nous ne lui faisons plus confiance mais parce que nous sommes incapables de contrôler les exigences sanitaires imposées par la circulation du coronavirus.Ainsi chaque famille de musulmans va acheter le mouton (ou une part) – sans passer par notre intermédiaire – dans les nombreuses boucheries hallal de Gennevilliers.

Le repas de fête où l’on mange le mouton (ou bien le veau pour certains) réunit en général toute la famille, des ancêtres aux plus jeunes. Cette année, nous sommes tous vigilants à ne pas risquer une contagion en particulier auprès de nos aînés. Tous ne se réunissent pas dans une famille élargie comme les autres années. Pour eux c’est un peu moins la fête. Par ailleurs, nous veillons à ce que chaque musulman – quelle que soit sa condition – puisse avoir sa part du mouton. Nous invitons largement les voisins plus démunis ou ceux qui vivent en foyer. Cette année, la mosquée prend le relais : nous demandons aux uns d’apporter, s’ils le veulent bien, une partie de la nourriture à la mosquée et nous organisons la distribution auprès de ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter de la viande.

N’exagérons rien. Il serait plus vrai de dire que c’est un peu plus compliqué d’une part, décevant d’autre part surtout pour ceux qui ne se réunissent pas dans la famille élargie. D’autant plus que l’Aïd tombant cette année en période de vacances, de très nombreux musulmans auraient choisi d’aller célébrer la fête au Maghreb avec leurs parents et leur famille vivant au pays. Mais n’oublions pas combien nous sommes privilégiés de vivre en France. Nous ne pouvons pas ne pas vivre cette fête en solidarité avec les musulmans – mais aussi les chrétiens – habitant la Syrie où le Liban, par exemple, pays dans lesquels non seulement les conditions sanitaires ne sont pas remplies pour faire face au virus mais où de plus en plus de monde n’a pas de quoi manger et souvent même n’a plus de chez-soi… Non, nous n’avons pas le droit de nous plaindre !

Que souhaites-tu, en tant que Président de la mosquée Ennour, aux musulmans de ta communauté ?

Je prie avec eux pour
que Dieu épargne l’humanité de cette pandémie,
que les malades guérissent,
que la fête soit bonne en famille et que personne n’en soit exclu,
qu’Il nous rende capables de dépasser cette crise économique en faisant place à chacun,
que nous puissions voyager, bouger sans crainte les uns vers les autres, nous rencontrer entre religions et cultures différentes et nous serrer amicalement la main !


En ce jour de l’Aïd, nous, chrétiens de la Maison Islamo-Chrétienne, partageons les vœux et la prière de Mohammed Benali !
Aïd moubarak à tous nos amis musulmans !
Christine Fontaine et Boutros Hallaq, pour les chrétiens de la Maison Islamo Chrétienne

L’exposition « Juifs du Maroc (1934-1937) » au MahJ !

Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme présente l’exposition « Juifs du Maroc (1934-1937) ».

C’est dans la galerie du MahJ que quelques-unes des 1 800 photographies de Jean Besancenot sont exposées. Chacune d’elle montre de magnifiques parures, bijoux et vêtements traditionnels des communautés juives du Sud du Maroc.

Cette exposition dévoile ainsi tout un pan des traditions vestimentaires juives marocaines rurales.  

Très attentif à retranscrire les us et coutumes des Juifs de ces régions, Jean Besancenot prenait des notes sur les types de tenues, les occasions lors desquelles elles étaient portées, et relevait les noms de ses vêtements et bijoux dans leur langue originale, c’est à dire en arabe. 

Le travail de photographe, mais aussi de peintre, de Jean Besancenot est remarquable.

Cette exposition prend également sens grâce au témoignage de Hannah Assouline, fille du rabbin Messaoud Assouline, que l’on retrouve sur certaines photos.

C’est l’histoire derrière l’image qui touche particulièrement le spectateur de ces photographies.

Difficile de rester insensible à l’étonnante découverte par Hannah Assouline des photographies représentant son père, prises par Jean Besancenot dans la région du Tafilalet, dans le sud du Maroc. 

Sur une des photos, Messaoud Assouline, jeune garçon de 13 ans, pose à côté de Sarah Abehassera, la fille du renommé rabbin Israël Abehassera, dit Baba Salé. Tous les deux portent les traditionnels costumes de mariés. Messaoud Assouline était élève à la yeshiva de Baba Salé à Erfoud. 

Une magnifique gouache de Messaoud Assouline est également exposée.

En l’observant, je ne peux m’empêcher de repenser au témoignage d’Hannah Assouline et à l’anecdote racontée avec beaucoup d’humour et de tendresse, qui explique l’absence de chaussures aux pieds de son père. Son récit apporte beaucoup à cette exposition. 

Prises il y a un peu moins d’un siècle, ces photographies témoignent d’un autre temps du judaïsme marocain, plus ancien, plus rural, plus artisanal, que nous connaissons peu. D’origine marocaine, c’est toujours un plaisir pour moi d’en apprendre davantage sur l’histoire des communautés juives du Maroc.

Vous pouvez visionner la vidéo de Hannah Assouline « Comment j’ai retrouvé la photo de mon père » : 

Réalisées pendant la période du protectorat français, ses images reflètent une grande proximité avec ses modèles, lui permettant de mêler enjeux esthétiques et exigence scientifique. Son œuvre documente de manière irremplaçable la culture juive rurale du Maroc, et en particulier les costumes et les parures féminines, dont le répertoire est parfois commun avec celui des femmes musulmanes.

La vie continue – Et si on découvrait l’exposition « Juifs du Maroc (1934-1937) » au MAHJ ?

 Le pays se déconfine. Les Français retrouvent peu à peu leur vie quotidienne. Dans cette nouvelle rubrique post-confinement, on vous propose de découvrir des initiatives dynamiques à explorer depuis chez vous (ou alors vraiment pas loin !).

Datant des années 1934-1937, elles offrent un témoignage exceptionnel sur les communautés juives rurales du Maroc, aujourd’hui disparues.

Réalisées pendant la période du protectorat français, ses images reflètent une grande proximité avec ses modèles, lui permettant de mêler enjeux esthétiques et exigence scientifique. Son œuvre documente de manière irremplaçable la culture juive au Maroc, et en particulier les costumes et les parures féminines, dont le répertoire est parfois commun avec celui des femmes musulmanes.

Qui est Jean Besancenot ? 

Né Jean Girard, Jean Besancenot (1902-1992) fréquente l’École des arts décoratifs à Paris, entame une carrière de peintre et étudie les costumes régionaux français. À l’occasion d’un voyage d’études au Maroc, en 1934, il se met à la photographie en s’intéressant aux vêtements traditionnels. Grâce à une aide du ministère des Affaires étrangères, il y séjourne en 1935 et 1936, photographie les hommes et femmes des différentes communautés et documente avec soin leurs costumes de cérémonie.

Parallèlement à ses photographies, Besancenot filme, dessine et prend de nombreuses notes, qui l’introduisent dans le milieu, alors très actif, de l’ethnologie française. En 1937, son travail est exposé au musée de la France d’outre-mer, dans le palais de la porte Dorée inauguré en 1931 lors de l’Exposition coloniale. Il y présente des photographies, un choix de peintures, ainsi que quelques costumes et bijoux. Il collabore aussi avec le musée de l’Homme, auquel il offre cinq cent cinquante clichés documentés, ainsi que des vêtements. En 1942, il publie Costumes et types du Maroc, un ouvrage reproduisant ses dessins rehaussés à l’aquarelle qui reste une référence essentielle sur le vêtement traditionnel marocain.  

Jean Besancenot explore en particulier les régions les plus méridionales du pays, peu touchées par l’occidentalisation, où vivent, mêlées aux populations berbères, des communautés juives présentes parfois depuis l’Antiquité. Réalisées pendant la période du protectorat français, ses images reflètent une grande proximité avec ses modèles, lui permettant de mêler enjeux esthétiques et exigence scientifique. Son œuvre documente de manière irremplaçable la culture juive au Maroc, et en particulier les costumes et les parures féminines, dont le répertoire est parfois commun avec celui des femmes musulmanes.  

L’exposition réunit de nombreux tirages originaux réalisés par Besancenot lui-même, provenant de collections publiques et privées, et présente, sous la forme d’un audiovisuel, un large choix d’images issues du riche fonds de ses négatifs originaux. 

Commissaires :  Hannah Assouline et Dominique Carré  

Coordination : Nicolas Feuillie, mahJ                                        

Partenaires : Avec le concours du musée du quai Branly – Jacques Chirac, de l’Institut du monde arabe et du musée berbère, fondation Majorelle, Marrakech

Ouïgours, sortir de notre silence

Réprimés depuis plusieurs années, pour gommer les identités ouïgoure et kazakhe.

Ouïghours du Xinjiang : « Les politiques répressives mises en œuvre par Pékin depuis 2015 sont sans précédent »

Manifestation de soutien aux Ouïgours à Washington, aux États-Unis. Yasin Ozturk/Anadolu Agency/AFP

 

Les ima-ges, ap-parues l’an dernier, ont refait surface ces jours-ci. Sur un quai de gare, des dizaines d’individus, menottés, crâne rasé, yeux bandés, sont surveillés et déplacés par des gardiens en armes. La vidéo, filmée par un drone, a été identifiée comme celle d’un transfert de prisonniers au Xinjiang, région du nord-ouest de la Chine, où sont fortement réprimés depuis plusieurs années les Ouïgours.

Selon les spécialistes et les ONG, cette minorité turcophone et musulmane fait l’objet d’une surveillance généralisée, officiellement pour garantir la stabilité du pays et lutter contre terrorisme et séparatisme. Mais le cadre de la seule politique sécuritaire serait largement dépassé avec l’internement arbitraire de plus de un million de personnes dans des « centres de formation professionnelle », comme les qualifie le régime, qui semblent surtout être des camps de rééducation destinés à gommer les identités ouïgoure et kazakhe, autre ethnie musulmane de la région. Exactions auxquelles il faudrait encore ajouter campagnes massives de stérilisation et d’avortements imposés, lavage de cerveau des enfants, travail forcé et torture.

« Effroyables pratiques », « abus horribles et systématiques », dénoncent les États-Unis ; « graves et choquantes atteintes aux droits de l’homme » qui « rappellent quelque chose que nous n’avons pas vu depuis très longtemps », ajoute le Royaume-Uni. Par rapport au concert feutré des prudences diplomatiques auxquelles nous sommes habitués, particulièrement quand il est question de la Chine, le changement de ton est manifeste. Il n’est pas non plus totalement innocent, pas plus que les sanctions, encore timides, brandies par Washington. Dans sa lutte économique et politique engagée avec Pékin, tout argument est bon à prendre. Covid-19, Hongkong, Taïwan, failles du géant des télécoms Huawei et maintenant sort des Ouïgours : il ne faudrait pas être dupes des soudaines motivations humanistes, d’ailleurs à géométrie variable, de Donald Trump ou de Boris Johnson.

Ne pas tout savoir suffit-il à faire mine de ne rien savoir ?

Mauvaises raisons, peut-être, mais juste cause. Ces tensions ont au moins le mérite de faire sauter le voile de silence et d’indifférence qui recouvrait le destin de tout un peuple. La France n’a que trop tardé à s’exprimer officiellement et avec fermeté sur cette tragédie. En Europe, seules quelques courageuses voix – dont l’eurodéputé Raphaël Glucksmann – s’élevaient jusqu’alors pour alerter sur un « génocide culturel »en cours.

Pourquoi ce silence pesant ? Préférons-nous regarder ailleurs pour ne pas importuner un pouvoir chinois arrogant et tout-­puissant du haut de sa nouvelle hégémonie économique bâtie à marche forcée ? L’Occident, capable de tonner, de décréter sanctions et embargos contre des nations plus faibles, en est-il réduit à se tortiller devant le fort, de peur de voir des marchés lui échapper ?

On objectera, à raison, que l’un des problèmes de la cause des Ouïgours réside dans l’absence d’informations indiscutables, chiffrées, recoupées. Soit. Pour autant, les données s’accumulent ; et ne pas tout savoir suffit-il à faire mine de ne rien savoir ? L’Europe peut d’ailleurs se contenter d’exiger une chose, une seule, de la Chine, qui a beau jeu de tout nier et de crier au complot : qu’elle ouvre ses portes et laisse des observateurs indépendants aller vérifier que le Xinjiang est, comme l’a affirmé à la BBC son ambassadeur au Royaume-Uni, « le plus bel endroit de Chine », « les Ouïgours vivent en harmonie avec les autres ethnies ». Nous ne demandons qu’à en être convaincus.

A la suite des récentes révélations de la presse internationale sur les stérilisations forcées imposées à la minorité ouïghoure dans la région du Xinjiang, le chercheur et sinologue Marc Julienne explique que cette politique n’est pas nouvelle en Chine, mais qu’elle connait une ampleur sans précédent grâce aux progrès technologiques de Pékin.

Après les révélations de la presse internationale concernant les stérilisations forcées sur la minorité ouïghoure dans la région du Xinjiang, en Chine, Marc Julienne, chercheur, responsable des activités Chine au centre Asie, à l’Institut français des relations internationales (Ifri), nous explique en quoi cette politique n’est pas nouvelle dans le pays. Elle connaît en revanche une ampleur sans précédent grâce aux progrès technologiques de Pékin.

La presse internationale vient de révéler que nombre des masques produits en Chine l’avaient été par du travail forcé de Ouïghours, une minorité musulmane par ailleurs soumise à d’effroyables traitements, à l’exemple de la stérilisation forcée des femmes.

La dernière étude du chercheur allemand Adrian Zenz sur la stérilisation et la contraception forcées s’ajoute à une série d’études publiées depuis 2017 sur le traitement des Ouïghours au Xinjiang. Basées sur des sources officielles chinoises, c’est-à-dire des données tirées des sites internet des gouvernements locaux, elles ont porté sur les recrutements massifs dans la police depuis 2016, l’augmentation drastique des budgets de la sécurité publique ou encore la construction des camps de rééducation. Ces politiques, qui sont maintenant bien connues, ont été lancées, avec l’aval des autorités centrales, par le gouverneur de la région, Chen Quanguo, arrivé du Tibet en août 2016.

Plutôt que de répondre aux accusations et aux preuves fournies, la Chine a attaqué la personne d’Adrian Zenz, et sa principale faiblesse : être un évangélique fondamentaliste proche des évangéliques américains. Elle accuse Washington d’avoir un agenda politique et d’appliquer des doubles standards à son égard. Ses recherches sont pourtant tout à fait sérieuses et Pékin refuse toujours toute inspection dans les camps pour en démontrer le contraire. Nous autres, chercheurs spécialistes de la Chine, nous basons donc sur l’imagerie satellites, les nombreux témoignages et les documents officiels fuités, ainsi que sur l’analyse des données officielles publiées en ligne que nous conservons grâce à des captures d’écran, avant que les autorités les effacent…

La vision d’Adrian Zenz est-elle faussée par ses convictions religieuses ?

Ses estimations sur le nombre de personnes qui sont ou ont été internées – 1,2 millions en 2018 et 1,8 millions en 2019 -, reprises par la presse du monde entier, sont certes spéculatives, comme il le reconnaît lui-même, mais tout à fait crédibles. Si l’on peut critiquer ces chiffres, la tendance qu’ils révèlent est en revanche avérée, celle de la répression massive d’une minorité ethnique.

Les stérilisations forcées des Ouïghoures, l’entrave aux naissances étant un des cinq critères retenus par la convention de l’ONU de 1948, Adrian Zenz considère qu’un « génocide démographique » est à l’oeuvre en Chine. 

L’attitude coloniale de la Chine au Xinjiang n’est pas nouvelle. Elle a existé depuis la conquête de la région au 18ème siècle. Même les politiques démographiques ne sont pas une nouveauté, puisque la Chine communiste a toujours incité les populations han à s’établir au Xinjiang, officiellement pour en accélérer le développement économique, mais aussi pour rééquilibrer l’asymétrie démographique dans la région. En 1945, les minorités ethniques représentaient plus de 90% de la population du Xinjiang, contre 60% en 2008.

Les politiques répressives mises en œuvre depuis 2015 sont en revanche sans précédent. Elles sont sécuritaires, culturelles, sociales, démographiques et idéologiques. L’expression officielle en Chine pour désigner ce que nous appelons les camps est d’ailleurs « centre de transformation par l’éducation », l’objectif étant de rééduquer idéologiquement des populations considérées comme défaillantes. Les outils numériques dont dispose Pékin lui permettent une surveillance généralisée et quasi-automatisée.

Cette politique a engendré d’importantes violences au Xinjiang dans les années 1990, ainsi que depuis 2008 : les émeutes d’Urumqi (capitale de la région) de juillet 2009, et la vague d’attentats terroristes en 2013-2014 en témoignent.

Il s’agit donc d’une sorte d’épuration ethnique ? La question religieuse entre-t-elle en ligne de compte aux yeux de Pékin ?

Depuis la fin des années 1990, les autorités entendent lutter contre trois menaces : le séparatisme, l’extrémisme et le terrorisme. A travers ces trois concepts qui sont en réalité interchangeables, le Parti communiste s’oppose à toute revendication d’autonomie culturelle ou religieuse. (Doit-on rappeler que le nom officiel de la province est « Région autonome ouïghoure du Xinjiang » ?) Fondamentalement, c’est l’altérité que le Parti communiste n’accepte pas. La Chine est un Etat ethno-nationaliste, qui considère que la nation repose sur la majorité ethnique Han. Tout ce qui relève des minorités – tels les Ouïghours turcophones et musulmans, mais aussi les musulmans Hui ou les chrétiens – fait l’objet de surveillance et de mesures répressives.

Le Xinjiang fait deux fois et demi la superficie de la France, c’est un territoire très vaste et très inégalement développé, en dépit des politiques de développement menées depuis 20 ans. Le Nord, majoritairement peuplé de Hans, est beaucoup plus prospère que le Sud. La logique de Pékin est que le développement apporte mécaniquement la paix et la stabilité. La même logique est à l’œuvre pour les Nouvelles routes de la soie. Or, le développement permet de réduire les tensions à conditions que ses fruits profitent à tous, ce qui n’est pas le cas. La dégradation des relations interethniques au cours des dernières décennies, accentuée par une répression brutale, a été le terreau de nouvelles violences, dont les années 2013-2014 ont été de terribles exemples. Le président Xi Jinping semble s’être donné comme objectif de « régler » le problème ouïghour, et les mesures qu’il a mises en place, quand elles contreviennent aux engagements de son pays et aux droits fondamentaux, doivent légitimement alerter les opinions publiques et la communauté internationale.

Hakim El Karoui : L’AMIF sera au service des musulmans

L’unité actée pour la création d’une association du financement du culte musulman

Une nouvelle étape dans l’organisation de l’islam en France est en passe d’être franchie. Après deux ans de relations pour le moins difficiles, le Conseil français du culte musulman (CFCM) et l’Association musulmane pour l’islam de France (AMIF) ont annoncé, vendredi 6 mars, la création d’une association unifiée du financement du culte musulman.

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