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Ne craignez pas d’être accusés de racisme en rejetant l’islamisme

 La lettre de professeurs en hommage à Samuel Paty.

Dans un lycée d’Île-de-France, un collectif de professeurs s’est réuni derrière une lettre lue aux élèves en hommage à Samuel Paty. Ils dénoncent les ravages de l’islamisme et réaffirment des principes républicains. Une lettre que Marianne publie. Par Anthony Cortes

Ne craignez pas d’être accusés de racisme en rejetant l’islamisme

Le temps n’a pas détruit certaines craintes. Profes-seur d’histoire-géogra-phie, celui que nous appellerons Laurent, insiste : pour ne pas « attirer de regards mal-veillants sur [son] lycée ou [lui] même, dans le contexte difficile dans lequel nous vivons », il préfère finalement rester anonyme et que l’on taise le nom de son établissement. Pourtant, l’initiative est louable, nécessaire. Et même « salutaire », d’après certains de ses collègues interrogés. À savoir, la rédaction d’une lettre, par ses soins, puis amendée par quelques enseignants de l’établissement, pour rendre hommage à Samuel Paty et reprendre son flambeau, en réaffirmant notamment certains principes.

Les mots de ce texte sont simples, formulés à l’attention d’élèves bousculés par les faits, mais le message est riche. Liberté d’expression, définition de la « communauté civique » et des conditions à remplir pour y appartenir, dénonciation de l’islamisme et de son idéologie totalitaire, traduction du rôle du professeur et de celui, à venir, des jeunes générations… Tout y est. Sa lecture ? Un exutoire pour l’ensemble du collectif qui a finalement porté cette lettre et un support riche pour les élèves.

Nommer l’islamisme : l’initiative qui divise

« Mon objectif, était de tenir un discours pédagogique pour clarifier les choses pour nos élèves, nous explique son auteur. De faire la distinction entre islam et islamisme, et d’expliciter l’idée que rejeter l’islamisme ne revenait pas à condamner et rejeter les musulmans en général ». Dans son lycée, la lettre a été accueillie différemment selon les classes. Entre applaudissements et désirs de discussions ouvertes et franches.

Fier de cette lettre, de ce sursaut commun couché sur papier, le collectif l’a transmis aux collègues des établissements alentour pour qu’elle soit présentée conjointement le jour de la rentrée, ce lundi 2 novembre. Dans certains, elle a été lue. Dans d’autres, refusée, en tout cas en l’état. « Il y avait une gêne sur le fait de désigner nommément l’islamisme, indique Laurent. On m’a par exemple suggéré de parler plutôt de fanatisme religieux en général, ou d’évoquer les crimes du christianisme ». Suggestions rejetées. Par volonté d’enfin nommer les choses pour mieux les affronter. Cette lettre, nous la publions, en soutien.

Déclaration des enseignants d’un lycée d’Ile-de-France à leurs élèves à la suite de l’assassinat de Samuel Paty :

Bonjour à tous,

Le vendredi 16 octobre, juste avant les vacances de la Toussaint, à Conflans-Sainte-Honorine, un professeur d’histoire-géographie a été assassiné par un terroriste islamiste. Ce professeur, Samuel Paty, est mort dans des conditions horribles, décapité par l’assassin qui l’avait pris pour cible. 

Jamais, jusqu’à présent, en France, un professeur n’avait été assassiné pour la seule raison que son enseignement déplaisait à certains. C’est un événement extrêmement grave face auquel nous ne pouvons pas rester sans réagir, et c’est la raison pour laquelle nous sommes réunis ce matin/cet après-midi.

Samuel Paty ne faisait qu’exercer son métier. En montrant des caricatures de Mahomet à ses élèves, il ne cherchait pas à les choquer, mais uniquement à les faire réfléchir sur la liberté d’expression. Nous avons tous entendu parler de ces caricatures qui avaient été publiées dans un journal danois, puis dans le journal satirique Charlie Hebdo. Un procès se tient en ce moment pour juger les présumés complices des auteurs de l’attentat du 7 janvier 2015, où les journalistes de Charlie Hebdo ont été massacrés par des terroristes islamistes pour avoir publié ces caricatures. Ce professeur, comme nous le faisons souvent en Éducation Morale et Civique, partait d’un fait d’actualité pour amener sa classe à réfléchir sur des valeurs qu’il est important de considérer lorsque l’on est citoyen d’un pays démocratique comme la France.

Il faut être très clair là-dessus : oui, dans une démocratie, on est libre de critiquer une religion ou de s’en moquer. On a le droit de représenter un personnage historique par un dessin, même si ce personnage est considéré comme sacré par certains croyants. Cela fait partie de la liberté d’expression, et ce n’est pas négociable. Les croyants dont la religion est critiquée, moquée ou caricaturée doivent accepter que certains de leurs concitoyens ne pensent pas comme eux, que beaucoup ne partagent pas leurs croyances et que ceux qui ne partagent pas leurs croyances ont le droit d’exprimer eux aussi leurs convictions sans être assassinés.

Ceux qui ne veulent pas comprendre cela, ceux qui ne veulent pas accepter les lois et les valeurs de la République française n’ont pas leur place dans notre communauté civique. Ceux qui pensent, « tout de même, il l’a bien cherché, il n’aurait pas dû monter ces caricatures » doivent bien comprendre qu’ils n’expriment pas une opinion acceptable : ils approuvent des meurtriers, des terroristes, ils participent à la diffusion de leur idéologie totalitaire. Enfin, ceux qui pensent que l’on doit se taire pour ne pas froisser la susceptibilité de certains croyants, espérant par cette concession qu’une telle horreur ne se reproduira plus, ne comprennent rien à la psychologie des fanatiques : chaque concession que nous leur faisons les encourage à exiger toujours plus. Cela ne s’arrêtera que si nous défendons fermement nos principes.

L’événement monstrueux qui a eu lieu nous oblige à tous réfléchir sur la façon dont nous nous conduisons. Nous avons vu qu’une vidéo postée sur les réseaux sociaux par un parent d’élève mécontent de cet enseignant est à l’origine du meurtre de Samuel Paty. Ce parent désignait l’enseignant à la vindicte de tous et il a suffi qu’un fanatique tombe dessus pour que le pire se produise. Cela doit nous inciter à faire preuve de la plus grande prudence et de la plus grande responsabilité lorsque nous utilisons les réseaux sociaux. Une parole maladroite, des propos stupides et diffamatoires peuvent conduire aux résultats les plus atroces, nous le savons désormais.

Il faut avoir le courage et la clairvoyance d’utiliser les mots qui permettent de nommer les menaces du temps présent. Le mot « islamisme » nous permet de désigner l’une de ces menaces, et une menace de premier plan. Il ne faut pas avoir peur de nommer le problème auquel nous faisons face. L’islamisme consiste à appliquer à la lettre la charia, un code de loi musulman originaire du VIIe siècle. Ce texte peut être utilisé, par exemple, pour affirmer l’infériorité des femmes par rapport aux hommes, justifier les châtiments corporels, interdire de changer de religion. L’islamisme, c’est transformer une religion, l’islam, en idéologie politique, une idéologie totalitaire, que certains sont prêts à imposer par la terreur.

Condamner l’islamisme ne revient pas à condamner l’ensemble des musulmans. Vous ne devez pas craindre d’être accusés de racisme ou d’intolérance en rejetant les idées et les actes des islamistes. La religion n’est pas dans les gènes, nous choisissons d’y croire librement, cela n’a rien à voir avec l’idée de racisme. Un raciste condamne l’autre du fait de son apparence, de sa couleur de peau, dont la victime de racisme n’est pas responsable. La petite minorité de musulmans qui sont devenus islamistes ont fait un choix libre, qui ne dépend que d’eux, que l’on peut donc critiquer et combattre. Le choix qu’ont fait les islamistes mérite d’autant plus d’être combattu par tous qu’ils causent aussi beaucoup de tort aux musulmans qui ont choisi de vivre leur foi de façon bienveillante et tolérante.

Nous avons vu de quoi les islamistes sont capables dans les territoires qu’ils contrôlaient, en Afghanistan, en Syrie, en Irak. Qui que vous soyez, quoi que vous pensiez, quels que soient vos goûts et vos centres d’intérêt, ils viendront vous empêcher de vivre librement. Vous aimez lire ? Ils vous interdiront toute lecture sauf celle des textes sacrés. Vous aimez l’art ? ils détruisent les œuvres d’art du passé, et vous empêcheront d’en créer de nouvelles. Vous aimez le sport ? Si vous êtes une fille, oubliez, c’est interdit pour vous. Si vous êtes un garçon, les activités physiques se limiteront à l’entraînement au combat pour vous préparer à mourir au nom de la religion. Vous aimez discuter de tout et de rien avec vos amis ? Attention, chaque parole peut vous coûter la vie. Vous aimez la musique, faire la fête et danser ? Oubliez, ou ils vous conduiront tout droit à la mort à l’aide des instruments tranchants qu’ils affectionnent. La joie, la culture, la liberté s’éteignent partout où ils étendent leur ombre.

Mais si vous ne vous laissez pas paralyser par la peur, votre génération sera peut-être celle qui parviendra à surmonter cette menace. Celle qui aura montré, par sa calme détermination, qu’elle ne tombera jamais dans le repli sur soi et la crainte de s’exprimer, ces pièges tendus par les fanatiques. Tout au contraire. Vous irez vers les autres. Vous viendrez leur apporter vos idées, vous leur ferez part de votre façon d’envisager l’existence, sans jamais vous imposer par la force. Vous saurez aussi écouter ce que les autres vous diront, respecter leur point de vue, partager des moments d’échange et construire des projets avec eux. C’est cela, la liberté d’expression.

En attendant, pour qu’un jour nous puissions sortir de cette succession d’attentats intolérables, il faut être forts. Intellectuellement. Moralement. Ce n’est que si nous sommes solides et unis dans la défense de nos valeurs que l’ennemi arrêtera sa progression. C’est à cela que nous, les professeurs, essayons de vous préparer, en vous transmettant des connaissances et en vous aidant à développer votre capacité à réfléchir par vous-mêmes et à argumenter. Il est de notre devoir de continuer à le faire.

Nous espérons que vous nous comprenez. Nous espérons que vous nous soutenez. Nous comptons sur vous.

Merci de votre attention.

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