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Comprendre le procès des attentats de janvier 2015

 Retour sur trois jours qui ont ébranlé la France

Il y a 5 ans, 3 terroristes exécutaient 17 personnes au cours de 3 attentats perpétrés à « Charlie Hebdo », Montrouge et l’Hyper Cacher.  

Dix-sept morts et trois jours qui signent le début d’une effroyable série. Cinq ans, huit mois et vingt-six jours après les attentats djihadistes de janvier 2015, c’est un procès pour l’Histoire qui doit s’ouvrir ce mercredi à Paris devant la cour d’assises spécialement composée. Bien sûr, les trois tueurs agissant au nom de l’islam sont morts après leur carnage et ne répondront donc jamais de leurs actes devant la justice. C’est quatorze de leurs complices présumés qui seront jugés lors de ce procès qui aura pour but de déterminer leur degré de participation dans les attentats contre Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hyper Cacher. Dans le box, onze hommes seront présents, trois autres personnes étant en fuite ou présumées mortes.

La salle d’audience où seront jugés les 11 personnes présentes et présumées complices des auteurs des attentats de janvier 2015. (Tribunal judiciaire de Paris) © Valentine Arama

Si les débats risquent donc d’être limités, ils auront le mérite de permettre aux victimes de raconter l’horreur qu’elles ont vécue. Jamais bien loin de l’idéologie mortifère qui a animé les trois terroristes, c’est bien le rôle concret des complices présumés qui sera débattu : que savaient-ils des projets des tueurs ? Dans quelle mesure les ont-ils aidés ? En l’absence des frères Kouachi et d’Amédy Coulibaly, les avocats de la défense tenteront probablement de démontrer que leurs clients n’avaient pas pleine conscience des attaques perpétrées entre les 7 et 9 janvier 2015. Mais, avant l’ouverture de ce procès qui doit durer jusqu’au 10 novembre, Le Point revient sur ces trois jours qui ont sidéré la France.

Des tirs ciblés, signe d’exécutions froides

« Très peu d’impacts de tirs visibles dans les murs. La majorité des tirs semble avoir atteint les victimes. » Le mercredi 7 janvier 2015, deux hommes cagoulés et armés de fusils d’assaut pénètrent dans les locaux de Charlie Hebdo avant d’ouvrir le feu. Après l’attaque, les policiers relèveront plusieurs traces de balles dans le parquet, « des tirs ayant initialement transpercé les corps ». Quant aux victimes qui échappent miraculeusement à la mort, elles témoignent toutes de coups de feu « méthodiques », « ciblés », et non d’une « rafale ». Elles ont, en à peine deux minutes, assisté à des exécutions d’une extrême violence.

Cette scène de guerre a été décrite des centaines de fois : tout commence avec ces deux hommes – identifiés ultérieurement comme Saïd et Chérif Kouachi, deux frères français nés de parents algériens, qui résidaient respectivement à Reims et à Gennevilliers – venus « venger le prophète », selon les mots qu’ils n’ont cessé de répéter le jour de l’attaque. À leur arrivée dans la rue parisienne qui héberge Charlie, les deux hommes semblent ignorer la localisation exacte du journal, qu’ils cherchent pendant plusieurs minutes. Ils finiront par pénétrer au 10, rue Nicolas-Appert par la loge du gardien, où ils tombent sur trois hommes venus assurer la maintenance de l’immeuble. Ils s’adressent à eux avec ces simples mots : « Charlie Hebdo. » Devant l’incompréhension des agents, un premier coup de feu est tiré, touchant mortellement Frédéric Boisseau au thorax. Les deux terroristes interpellent alors Corinne Rey, dessinatrice à Charlie Hebdo, descendue pour fumer une cigarette avec Angélique Le Corre, responsable du service abonnement du journal.

Si les deux hommes ignorent l’adresse précise du journal, protégé car maintes fois menacé, ils s’adressent néanmoins à Corinne Rey par son surnom, « Coco », et la somment de « l’emmener à Charb ». Ils ne sont évidemment pas là par hasard, la preuve étant que l’attaque se déroule un mercredi. Or il est de notoriété publique que la réunion de rédaction a historiquement lieu tous les mercredis matin et qu’un grand nombre des acteurs du journal y est toujours présent.

Et soudain, le silence

Dans un état de pure sidération, sous la menace des armes, « Coco » est contrainte de monter les étages et de composer le code d’accès. Une fois entrés dans la salle d’accueil, les deux hommes enclenchent leurs armes, avant que l’un d’eux ne s’avance vers la salle de rédaction afin de tirer sur tout ce qui bouge. Franck Brinsolaro, le policier chargé de la protection de Stéphane Charbonnier, les journalistes dessinateurs et caricaturistes Charb, Jean Cabut, dit « Cabu », Georges Wolinski, Bernard Verlhac, dit « Tignous », Philippe Honoré, dit « Honoré », le journaliste Michel Renaud, l’économiste Bernard Maris, la psychiatre Elsa Cayat et le correcteur Mustapha Ourrad décèdent sous les balles des tueurs. Plusieurs autres personnes sont grièvement blessées, parmi lesquelles le webmaster Simon Fieschi ainsi que les journalistes Philippe Lançon, Laurent Sourisseau, dit « Riss » et Fabrice Nicolino.

Lors des auditions des témoins, victimes de cette attaque sans précédent, chacun raconte la scène qui a duré exactement une minute et quarante-neuf secondes. Parmi les témoignages, celui de Sigolène Vinson, chroniqueuse à Charlie Hebdo, parmi les seuls épargnés du massacre. Dos à la porte dans la salle de rédaction au moment des premiers coups de feu, elle se précipite pour se cacher derrière un muret. Elle se souvient de bribes de mots, ceux d’Elsa Cayat lançant « ce n’est pas vrai » ou « ça ne va pas ». À plusieurs reprises, elle entend le mot « prophète », puis elle décrit le silence de plomb, avant que le bruit macabre des fusils ne reprenne. Sigolène Vinson est braquée, sommée de se calmer par un des deux terroristes, identifié plus tard comme étant Chérif Kouachi. Il s’adresse à elle en lui expliquant qu’il ne la tuera pas, au motif que lui et son frère « ne tuent pas les femmes ». À la place, il lui suggère plutôt de lire le Coran. Le terroriste s’adresse maintenant à son frère et crie, comme dans une consigne de dernière minute : « On ne tue pas les femmes, on ne tue pas les femmes ! » C’est dans ce dernier flot de paroles, puis de nouveau dans le silence que les frères Kouachi quittent les locaux d’un journal décimé, où le sang a tout recouvert sur son passage.

« On a vengé le prophète Mahomet »

À peine sortis des locaux de Charlie Hebdo, les frères Kouachi entonnent des « Allah akbar », avant de hurler, à trois reprises, « on a vengé le prophète Mahomet », un bras levé vers le ciel. Alors que des policiers de la brigade anticriminalité sont arrivés sur place, les deux hommes se mettent en position de tir, avant d’actionner leurs armes en direction de la voiture de police située à l’angle de la rue Nicolas-Appert, forcée de faire une marche arrière, réflexe qui vaut aux policiers leur salut. Les deux terroristes prennent alors la fuite à bord d’une Citroën C3, parvenant à sortir de la rue pour ensuite s’engager sur le boulevard Richard-Lenoir, où les échanges de tirs se poursuivent. C’est là qu’un policier vient de garer sa voiture, juste à côté d’un terre-plein central. Il s’agit d’Ahmed Merabet, un gardien de la paix affecté au commissariat du 11e arrondissement de Paris. Sans savoir à quoi ressemble la voiture des deux terroristes en fuite, Ahmed Merabet traverse à pied le terre-plein au milieu du boulevard.

Il est touché par une première balle de kalachnikov et se retrouve au sol. Arrivé sur lui, Chérif Kouachi lui lance, le canon de son arme pointé vers le bas : « Tu voulais me tuer ? » Le policier a à peine le temps de répondre « non, non, c’est bon, chef » que le terroriste l’abat froidement à même le sol. Une scène d’une cruauté sans nom, filmée par un riverain à l’aide de son téléphone et dont Le Point reproduira une photo en une du journal le 15 janvier 2015. Une couverture justifiée par le désir de montrer « la violence, la barbarie et la lâcheté des terroristes » et de ne surtout pas occulter la glaçante réalité « très justement parce qu’elle était insupportable ».

Les frères Kouachi prennent alors la fuite en direction du nord de la capitale, provoquant au passage un accident place du Colonel-Fabien. Plusieurs mètres plus loin, ils abandonnent la C3 puis braquent un automobiliste pour lui voler sa voiture, une Renault Clio. C’est dans la Citroën C3 que les enquêteurs vont retrouver la carte d’identité de Saïd Kouachi, ce qui va leur permettre de procéder aux identifications. Au conducteur de la voiture, Patrick Deschamps, les deux hommes lancent : « Si les médias t’interrogent, tu n’as qu’à dire : Al-Qaida au Yémen. » C’est à ce moment que les enquêteurs perdent la trace de la Renault Clio. Pendant près de vingt-quatre heures, les frères Kouachi vont disparaître dans la nature. Ils ne sont repérés que le 8 janvier au matin, aux alentours de 9 h 20, dans une station-service de la commune de Villers-Cotterêts (Aisne). À visage découvert, munis de fusils d’assaut et d’un lance-roquettes, les deux hommes expliquent à l’employé de la société Avia qu’ils ont « juste faim et soif ». Les frères Kouachi, identifiés sur les images de vidéosurveillance, repartent alors en direction de Paris, avant de disparaître de nouveau, jusqu’au lendemain matin.

Montrouge, l’attentat longtemps occulté

Alors que toutes les polices sont à leurs trousses ce jeudi 8 janvier 2015, un autre drame est sur le point de survenir avenue Pierre-Brossolette à Montrouge. Ce jour-là, une équipe de trois policiers intervient sur un accident de la circulation au croisement de cette avenue qui sépare les communes de Montrouge et de Malakoff. C’est ici que Clarissa Jean-Philippe fait la circulation lorsqu’elle est abattue d’une balle dans le dos par un individu. La nature de l’armement utilisé et le fait que des policiers soient ciblés conduisent les enquêteurs à faire immédiatement le rapprochement avec les faits commis la veille. Ils s’intéressent alors à Amédy Coulibaly, un homme qui apparaît dans l’environnement des frères Kouachi et dont le signalement correspond à celui de l’auteur des faits commis à Montrouge. Cet homme d’origine malienne est d’ailleurs formellement reconnu par les policiers présents en compagnie de Clarissa Jean-Philippe ce jeudi 8 janvier.

Ces derniers font d’ailleurs remarquer que, juste avant l’attaque à leur encontre, le suspect courait en direction de la rue Gabriel-Péri, où se trouvent les locaux de la synagogue et de l’école Yaguel-Yaacov. « Compte tenu de l’heure, 8 heures, qui n’est pas sans rappeler les assassinats commis par Mohammed Merah à l’école Ozar-Hatorah à Toulouse, du caractère imprévu de la présence des policiers intervenant sur un accident de la circulation, du fait qu’Amédy Coulibaly semblait changer de destination et se retournait alors qu’il marchait en direction de l’avenue Gabriel-Péri […], il est très vraisemblable qu’il ait prévu de s’attaquer à cette école et qu’il ait changé ses plans au dernier moment », noteront plus tard les policiers chargés de l’enquête.

Même si aucun élément ne permet d’affirmer cette hypothèse avec exactitude, les faits commis le lendemain par Amédy Coulibaly donnent à cette théorie un écho glaçant. Le vendredi 9 janvier, aux alentours de 13 heures, ce même Amédy Coulibaly fait en effet sa réapparition devant le magasin Hyper Cacher, situé porte de Vincennes à Paris.

Le cauchemar se poursuit à l’Hyper Cacher

Cette épicerie juive est toujours très fréquentée, qui plus est à quelques heures du shabbat. Ce vendredi, le terroriste arrive seul devant le magasin à 13 h 5, le visage à découvert. Vêtu d’une veste rembourrée et d’un sac de sport, il entre dans l’épicerie et ouvre immédiatement le feu sur Yohan Cohen, un employé manutentionnaire du magasin. Atteint par trois tirs, Yohan Cohen meurt d’une hémorragie interne. Il avait 21 ans. Dans un vent de panique, plusieurs clients et employés filent se cacher au sous-sol, tandis que d’autres réussissent à s’enfuir. C’est le cas du directeur du magasin, Patrice Oualid, blessé au bras par Amédy Coulibaly.

La prise d’otages démarre. Elle va durer quatre heures. Quatre personnes en tout perdront la vie. Après avoir abattu Yohan Cohen, Amédy Coulibaly se dirige dans le fond du magasin. Il y trouve un homme au sol et le traîne jusqu’aux caisses, à l’avant de la boutique. L’homme est obligé de décliner son identité : il s’agit de Philippe Braham, un cadre commercial de 45 ans. Amédy Coulibaly l’exécute en lui tirant dessus à deux reprises à bout portant. Sans explications, le terroriste se retourne alors en direction du corps de Yohan Cohen, sur lequel il tire de nouveau deux fois. Zarie Sibony, une des caissières, est chargée de fermer le magasin. Alors qu’elle baisse le rideau métallique, un homme entre dans le commerce bien qu’elle tente de l’en dissuader. Voilà cinq minutes qu’Amédy Coulibaly a pénétré dans l’Hyper Cacher. Venu acheter du pain pour fêter le shabbat, François-Michel Saada comprend ce qui se passe et tente de faire demi-tour. Trop tard, le terroriste l’abat d’une balle dans le dos.

Coulibaly demande alors à la caissière d’aller chercher ceux qui se trouvent au sous-sol. « Toutes les personnes cachées dans la chambre froide refusaient, Zarie Sibony remontait, puis était de nouveau chargée par Amédy Coulibaly de les convaincre de remonter, sans quoi il menaçait de tuer les femmes se trouvant dans le magasin  », noteront plus tard les enquêteurs. Plusieurs personnes finissent par remonter, parmi lesquelles Yoav Hattab, un jeune Tunisien de 21 ans venu à Paris pour étudier. Dans un acte héroïque, le jeune homme se saisit d’un fusil d’assaut posé par le terroriste et tente de le neutraliser. Dans ses mains, l’arme s’enraye. Coulibaly lui tire dessus, c’est le quatrième mort de l’Hyper Cacher. D’autres otages qui sont restés dissimulés – dont une femme avec son bébé de 11 mois – seront aidés par Lassana Bathily, employé du magasin et autre héros de cette prise d’otages.

À Dammartin comme à l’Hyper Cacher, la peur, le calvaire, puis les assauts

Pendant ces quatre heures, Amédy Coulibaly va jouer avec les nerfs des victimes, leur proposant à plusieurs reprises de manger (mais leur interdisant de fumer), leur tenant des discours décousus sur l’Irak, la Syrie, la Palestine, les persécutions des musulmans en France (il explique qu’il a des « frères » emprisonnés parce que ses « sœurs » ne peuvent pas porter le voile), parlant de la Birmanie ou encore de l’intervention de la France au Mali. Une des otages raconte le long calvaire aux enquêteurs et décrit comment Amédy Coulibaly a collecté les portables de chacun, demandé aux otages de bloquer les issues de secours, tout en essayant inlassablement de se connecter à Internet et de pianoter sur un ordinateur. « Il montrait son pistolet et son couteau comme un enfant qui montre ses jouets […], il semblait avoir besoin de reconnaissance », expliquera cette otage. Il s’agace aussi de la lenteur des policiers, semble obsédé par l’idée que les médias retransmettent son attaque. Il prendra même le temps d’appeler un journaliste de BFM TV pour faire part de ses revendications. La séquence sera d’ailleurs en partie expliquée à l’antenne, mettant gravement en danger la vie des personnes cachées dans la chambre froide.

Quand il y aura l’assaut, je laisserai peut-être sortir les femmes.

Une autre otage raconte les heures passées avec Coulibaly : « J’ai été frappée par sa double personnalité au moment où on a mangé, il avait l’air humain, je le trouvais presque sympa, alors qu’il avait tué des gens froidement. » Cette dernière, qui tente d’engager le dialogue avec le terroriste, lui demande s’il a des frères et sœurs. Le terroriste répond, détendu, avant de lancer : « Quand il y aura l’assaut, je laisserai peut-être sortir les femmes. » « Il nous a fait un cours d’islam pour analphabètes pour justifier son action. Ses propos laissaient penser qu’il n’avait pas envisagé d’autres fins que la mort », déclarera une des personnes présentes. Autant de moments qui sont entrecoupés d’instants de grande nervosité. Les policiers du Raid et de la BRI donnent finalement l’assaut à 17 h 10, neutralisant Amédy Coulibaly. Quelques minutes avant, à 16 h 50, les frères Kouachi s’écroulaient sous les balles du GIGN, devant l’imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), où ils s’étaient réfugiés le matin même, prenant eux aussi plusieurs employés terrorisés en otage.

Les Kouachi avaient d’autres projets criminels

Compte tenu des très nombreuses armes non utilisées dans la C3 des frères Kouachi, il semble par ailleurs acquis que ces derniers avaient d’autres projets criminels. « Après la commission de l’attaque terroriste dans les locaux de Charlie Hebdo, les frères Kouachi quittaient les lieux pour s’engager dans un périple improvisé puisqu’ils se retrouvaient dans une zone rurale dans la forêt avant d’aller à l’imprimerie pour attendre les services d’intervention et mourir en martyrs, alors qu’ils auraient pu rester dans les locaux du journal et attendre l’intervention des services spécialisés sur place. Cela laisse supposer qu’ils pouvaient avoir d’autres projets qu’ils n’ont pas pu concrétiser, notamment parce qu’ils ont dû abandonner le véhicule C3 après l’accident », notent les enquêteurs. Reste qu’à l’hypermarché, comme à Dammartin, les otages restants sont libérés sains et saufs.

Ils seront là, en grande partie, pour témoigner au procès, parmi les 200 parties civiles qui se sont constituées. Cette audience sera aussi l’occasion pour eux de comprendre les liens qui unissaient les trois terroristes. Si les cicatrices risquent de se rouvrir, peut-être que ce procès sera pour les victimes l’occasion de se délester un peu de leur souffrance. Et, même si les principaux responsables sont morts, ce procès reste historique. Il est celui de toute une société contre une idéologie. Un procès pour une France dont les larmes coulent encore, poing levé et stylo à la main.

En quoi ce procès est exceptionnel ?

On n’avait pas vu de procès pour terrorisme en France depuis celui des tueries de Toulouse et Montauban. Ce procès sera filmé (pour constituer des archives). Les avocats généraux (qui représentent l’accusation), Julie Holveck et Jean-Michel Bourlès ont face à eux 171 tomes de procédure, 94 avocats, 90 médias accrédités (dont 27 étrangers).

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Qui sont les 14 accusés ?

Hormis les trois terroristes qui ont perpétré les attaques, certains de leurs proches sont aujourd’hui jugés pour leur implication dans la préparation des attentats.

Ali Riza Pola (qui sera présent) a rencontré le terroriste de l’Hyper Cacher à Grigny. A chaque étape de préparation de l’attentat, il n’est jamais bien loin. Il encourt la prison à perpétuité. Mohamed Beloucine serait le mentor du terroriste de Vincennes. Il n’a toujours pas été localisé et encourt lui aussi la prison à perpétuité. Le frère de ce dernier et la compagne du terroriste de l’Hyper Cacher, Mehdi Beloucine et Hayat Boumediene (toujours pas localisés) risquent vingt ans de prison. Boumediene est accusée d’avoir contribué au financement des opérations tandis que Mehdi Beloucine est accusé d’avoir permis à cette dernière de fuir pour rejoindre Daesh. Boumediene serait vivante (ou en tous cas l’était fin 2019) selon des informations remontées depuis le terrain.

Nezar Pastor Alwatik et Amar Ramdani étaient codétenus avec le terroriste de Vincennes alors qu’il était déjà radicalisé. Ils travaillaient tous à la buanderie de la prison. L’ADN d’Alwatik a été retrouvé sur des armes du terroriste. Ramdani est accusé d’avoir mis le terroriste en relation avec Saïd Maklouf, qui aurait participé à l’acquisition des armes. Pour ces achats, ils ont notamment fait appel à Mohamed Fares, qui est aussi connecté avec les armes utilisées. 

Miguel Martinez et Abedlaziz Abbad sont quant à eux accusés d’avoir aidé les frères terroristes de l’attentat de Charlie Hebdo à acquérir des armes.

Metin Karasular est également lié au volet des armes, et serait connecté avec l’ensemble des terroristes. Sur cette partie de l’enquête, deux autres noms : Michel Catino et Willy Prevost. Ce dernier a été trahi par son ADN, retrouvé dans la voiture du terroriste de l’Hyper Cacher. Il a en plus aidé ce terroriste à se procurer armes et matériel, et pour cela était accompagné de Christophe Raumel, qui comparait libre et risque dix ans de prison.

Comment l’enquête a pu les retrouver ?

L’ADN, la téléphonie, les informations remontées du terrain, les enquêtes financières… le travail titanesque des enquêteurs s’est déroulé sur plusieurs années et plusieurs continents. Cette enquête n’aurait pas pu se faire également sans quelques langues qui se sont déliées. Ce qui frappe dans cette longue liste d’accusés, c’est leur proximité : ce sont souvent des amis d’enfance ou des proches qui sont impliqués dans cette affaire.

Quel sera le déroulé du procès ?

Trois jours (l’ouverture) seront dédiés à la lecture des rapports sur la personnalité des accusés et au rapport du président. Ensuite, trois semaines seront consacrées aux victimes, avec l’audition des survivants et les témoignages des proches des victimes. Ensuite seulement commenceront les auditions des policiers et gendarmes impliqués dans l’enquête. A partir du 5 octobre, ce sont les liens entre les différents accusés (et leur degré de responsabilité) qui seront étudiés par la cour. 

Les 65 avocats de la partie civile (200 personnes se sont constituées partie civile) débuteront leurs plaidoiries le 27 octobre, et le 3 novembre ce sera au tour des avocats de la défense (ils sont une vingtaine). Le réquisitoire est attendu pour le 9 novembre, et le verdict dans la foulée.

Hier, à la veille du procès des attentats de Janvier 2015, l’UEJF organisait une soirée débat. 

Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Dominique Sopo, Patrick Klugman, Bernard Cazeneuve et bien d’autres se sont rassemblés à l’occasion d’une soirée débat pour livrer leurs attentes à la veille du procès et analyser la situation cinq ans après les attentats.