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Qui est Didier Raoult ?

La chloroquine comme traitement
contre le coronavirus

Depuis plusieurs jours, il est au centre de l’attention depuis qu’il défend le recours à la chloroquine comme traitement contre le coronavirus. Une prise de position qui lui a valu de nombreuses critiques. Directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, à Marseille, Didier Raoult est aujourd’hui un professeur de renommée mondiale. Né à Dakar, au Sénégal, Didier Raoult s’installe à Marseille avec ses parents en 1961. Plutôt mauvais élève, il passe un baccalauréat en candidat libre en 1972. Avant de s’inscrire en faculté, « les seules études que son père acceptait de financer », où il obtiendra un doctorat. Il se fait d’abord connaître en identifiant des virus tels que « Spoutnik », capable d’en infecter un autre pour se développer, ou « Mimivirus », agent de la pneumonie. Didier Raoult devient également un spécialiste mondial des « Ricketsie », des bactéries intracellulaires à l’origine du typhus. Entre 2008 et 2017, il dirige l’unité URMITE (Unité de recherche en maladies infectieuses et tropicales émergentes) à Marseille et à Dakar. Pendant toutes ces années, ses équipes identifient des dizaines de nouvelles bactéries pathogènes.
 En 2010, Didier Raoult reçoit le Grand prix Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) pour l’ensemble de sa carrière. Le 11 mars 2020, il fait partie des onze experts choisis pour former le Conseil scientifique Covid-19, chargé d’éclairer les décisions publiques à prendre pour lutter contre la pandémie. Après des résultats « spectaculaires » de la chloroquine, un antipaludique, dans la lutte contre le coronavirus, il adopte ensuite une position très tranchée en demandant un usage immédiat de cette molécule. De quoi s’attirer les critiques de nombreux autres spécialistes, qui estiment que les essais menés par le Pr Raoult à Marseille ne répondent pas à tous les critères nécessaires. Olivier Véran juge quant à lui les résultats de Didier Raoult « prometteurs », donnant l’autorisation pour que d’autres équipes entreprennent rapidement des essais plus vastes.
De nombreuses personnalités politiques appellent à généraliser le traitement « miracle » de Didier Raoult contre le coronavirus. Sans avoir lu son étude. « Je ne suis pas médecin, mais… » La phrase introductive n’est qu’une formalité. Ces dernières heures, de nombreuses personnalités politiques, surfant sur l’espoir du moment, ont publiquement appelé à généraliser le traitement présenté comme « miracle » par son promoteur, le Pr Didier Raoult. À longueur d’interviews tonitruantes, l’infectiologue et microbiologiste affirme que son traitement à base de chloroquine a des « résultats spectaculaires » contre le Covid-19, dans un essai conduit en un temps record et en phase pré-épidémique sur 26 patients.

Jugeant cette étude prometteuse, mais non concluante, les autorités ont accéléré les délais et lancé un vaste essai clinique, portant sur 3 200 patients européens (dont 800 Français), dont les premiers résultats seront connus sous 15 jours. Trop long, alors que ce « traitement » a été plébiscité par le président Donald Trump lui-même ? « Il faut l’utiliser dès cette semaine. On va sauver des vies humaines ! » s’est emporté le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau sur Public Sénat dimanche, tandis que la députée LR Valérie Boyer et le maire (LR) de Nice Christian Estrosi faisaient savoir que, atteints du coronavirus, ils avaient choisi de suivre ce traitement. « J’ai fait confiance à ce médicament, et je vais bien », explique dans une interview au Point l’ancien ministre niçois.

Même l’ex-ministre de l’Environnement Corinne Lepage, en pointe dans la lutte contre les produits chimiques et l’obligation vaccinale, appelle à envoyer valdinguer le principe de précaution et à administrer massivement le traitement « miracle » au maximum de gens, dans un tweet aux accents complotistes suggérant une mainmise de « Big Pharma » sur le gouvernement : « Il faudra un jour comprendre pourquoi la chloroquine proposée par le Pr Raoult a été boudée par les autorités sanitaires françaises. Querelles d’ego, guéguerres internes, règles administratives inappropriées ? » Jusqu’à Ségolène Royal appelant dans un tweet surprenant, lundi soir, à la fois à respecter le principe de précaution, et à s’asseoir dessus, au motif que la « meilleure solution connue » serait portée par « des spécialistes incontestables ».

Le résultat de ces appels publics ? Lundi, une longue file d’attente s’étirait devant l’IHU Méditerranée Infection, pôle d’expertise marseillais sur les maladies infectieuses que dirige le Pr Raoult, dans l’espoir de se faire tester par ses équipes. Plusieurs personnalités du monde médical ont également souligné tout l’intérêt qu’elles portaient à ces recherches, critiquant les réserves du gouvernement. « Les pharmacies sont submergées de demandes pour du Plaquénil, nom sous lequel est commercialisée aujourd’hui l’hydroxychloroquine (dérivé de la chloroquine), molécule porteuse d’espoir. Les médecins de ville en prescrivent, on peut s’en procurer sur Internet hors de tout contrôle », confie un membre de l’Académie de pharmacie.

Pourtant, contactées par Le Point, la plupart des personnalités politiques les plus véhémentes l’ont admis : elles n’ont pas lu l’étude du Pr Raoult. « Je ne suis pas médecin, mais… »

L’étude écarte les cas qui se sont aggravés

Justement, il y a un gros « mais » : depuis sa publication le 17 mars dans un journal dont l’éditeur est membre de l’équipe de Didier Raoult, l’étude du professeur provoque un réel malaise, tant elle s’éloigne des règles élémentaires des publications scientifiques. L’échantillon comportait 26 patients au départ, mais seuls 20 figurent dans les résultats : 6 patients ont été écartés, dont 3 parce qu’ils sont entrés en réanimation, l’un parce qu’il a ressenti des effets secondaires, et un autre… parce qu’il est mort, au troisième jour de l’essai. « Évidemment, si l’on écarte les morts et les cas qui s’aggravent, cela fausse le résultat », remarque Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l’hôpital Saint-Antoine.

Autres écueils : l’état des patients n’est pas renseigné. Certains sont testés positifs le premier jour, puis négatifs le jour suivant, puis à nouveau positifs, laissant planer le doute sur la fiabilité des tests. Certaines données de charge virale sont manquantes… Mais surtout, l’essai a été conduit en phase pré-épidémique, à une époque où l’on hospitalisait l’ensemble des personnes atteintes du coronavirus, sur des cas essentiellement asymptomatiques ou bénins. Après six jours de traitement, la charge virale avait fortement diminué, voire totalement disparu chez six des vingt patients. De quoi crier victoire ?

« Absolument pas », répond le chef du service des maladies infectieuses au CHU de Grenoble Jean-Paul Stahl. « On sait que dans environ 80 % des cas, les malades guérissent naturellement en quelques jours. Rien dans l’étude du Pr Raoult ne permet de savoir si chez ses patients, la charge virale baisse grâce au traitement, ou parce qu’elle aurait baissé de toute façon. » Par ailleurs, « on ne sait pas non plus si le fait d’avoir moins de virus bloque l’évolution de la maladie. Pour les malades les plus graves, il est de plus en plus clair que le prélèvement nasal pratiqué pour cet essai n’est plus approprié. Il faut chercher le virus dans les poumons. »

La piste reste intéressante, la chloroquine ayant montré un effet in vitro sur ce coronavirus, et de nombreux médecins hospitaliers l’utilisent d’ores et déjà dans leur prise en charge du Covid-19, dans l’attente de résultats des essais cliniques. En effet, aucune étude dans la vie réelle n’a encore permis de confirmer son efficacité (les résultats d’essais qui auraient été menés en Chine n’ont pas, à ce jour, été publiés).

Par ailleurs, les effets secondaires bien connus du médicament inquiètent les professionnels de santé : « Imaginez qu’il soit prescrit à des personnes cardiaques, ou diabétiques ? » s’alarme un médecin hospitalier, déjà confronté à des tensions avec certains patients. « Certains nous ont accusés de garder le traitement pour nous ou pour les gens importants, ils deviennent agressifs. »

« Dans un contexte d’anxiété généralisée, les gens cherchent un espoir et c’est compréhensible », appuie le Dr Karine Lacombe. « Mais il est potentiellement dangereux de proposer ce traitement de masse sans en avoir évalué les conséquences éventuelles. D’abord, cela peut entraîner une pénurie impactant les patients qui en ont le plus besoin », car le Plaquénil reste prescrit, pour des lupus notamment, sous étroite surveillance médicale. Ensuite, « la majorité des malades du coronavirus sont des cas bénins, ils n’ont pas besoin de médicaments. Pourquoi leur en donner ? Enfin, l’hydroxychloroquine allonge la durée du passage électrique à l’intérieur du cœur, et peut donc engendrer des arrêts cardiaques. L’azithromycine, qui est proposé en association, a le même effet. On pourrait provoquer plus de morts que sauver de vies si ce traitement est utilisé sans discernement… »

Dans un avis rendu lundi soir, le Haut Conseil de santé publique exclut toute prescription dans la population générale ou pour des formes non sévères « à ce stade, en l’absence de toute donnée probante », et le ministre de la Santé a annoncé être sur le point de prendre un arrêté encadrant précisément son utilisation : le « traitement miracle » ne sera autorisé qu’en milieu hospitalier, sur des cas graves, « sur décision collégiale des médecins et sous stricte surveillance ».

Une décision « sage », pour l’éminent hématologue et ancien président de la Haute Autorité de santé Jean-Luc Harousseau, qui concède n’avoir pas non plus lu l’étude du Pr Raoult, mais qui appelait pourtant, ces derniers jours, à généraliser le traitement « prometteur » à tous les patients hospitalisés.

Cet encadrement vient-il trop tard ? Le directeur général de l’OMS a beau s’alarmer contre les « faux espoirs » que pourraient susciter « des études réduites et non randomisées, réalisées à partir d’observations », une partie de la France ne l’entend plus. « Laissons agir ces médecins spécialistes incontestés ! » insistait lundi soir Ségolène Royal. « La situation actuelle ravive les grandes peurs des pandémies, et on entend beaucoup de choses complotistes », concède le député européen RN Hervé Juvin… Avant de glisser : « La chloroquine n’est pas chère, on connaît très bien ses effets secondaires. Pourtant, Agnès Buzyn l’a classée en janvier comme une substance vénéneuse. Il est difficile de ne pas penser qu’il n’y a pas des intérêts financiers derrière… »

Un air de complotisme largement relayé sur les réseaux sociaux par les extrêmes de tous bords… Ignorant que la molécule figure depuis 1999, déjà, sur la liste des principes actifs dangereux pour l’organisme, sur laquelle l’a rejointe récemment (et logiquement) son dérivé l’hydroxychloroquine, sur décision de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Une agence pointée du doigt, ces dernières années, pour son « laxisme » dans les scandales du Médiator, de la Dépakine, du Levothyrox… Et qui se retrouve maintenant accusée de faire du zèle, en pleine crise sanitaire, dans une soudaine inversion des valeurs.

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