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Conférence sur la radicalisation

Des expériences en tant qu’éducateur – aumônier pénitentiaire et hospitalier  !   

Tout d’abord, il faut pouvoir distinguer ce qui relève de la provocation et de la transgression du règlement et ce qui s’ancrent dans le prosélytisme. Ce dernier pouvant être extrêmement discret. Les aumôniers ont un rôle important à jouer dans le dialogue avec les détenus, avec les bénévoles en milieu hospitalier . Mais aussi, en termes de représentation avec les institutions pour lutter contre le sentiment de mépris de beaucoup de détenus, et des personnes de la société civile. Pour la première dans notre pays, la question religieuse se superpose, au moins en partie, à la question sociale et à la question nationale.

La réponse n’est donc pas toujours religieuse mais laïque, c’est à dire sociale. Le premier pas est de rétablir le lien avec la République. Ce sont des échanges avec des personnalités externes qui partagent leur savoir sur la religion et les événements géopolitiques. En entretien individuel, il faut un minimum de 2 heures pour bien comprendre une personne en dérive et d’abord, lui permettre de s’exprimer. Nous ne pouvons être efficace que si nous avons du temps – or, cette logique s’oppose souvent au temps qui passe vite, trop vite ; nous vivons tous avec des horloges et des planning. Le but est de les déconditionner, de les sortir de leur environnement radical et de les aider à trouver une place dans la société et pour cela il faut du temps, beaucoup de temps.

Eux voient le djihad comme un moyen d’acquérir un crédit face à leurs copains et aussi, d’expier leurs péchés. Habillés en taliban dans le quartier, ayant souvent la haine de l’Occident, c’est ainsi que ces rebelles se présentent. On commence, par exemple par leur parler de football, donner des nouvelles des événements de la société, de la famille, etc., toutes ces choses qui contribuent à rendre la relation stable et pleine de confiance puis on aborde les sujets plus sérieux : la politique, la religion, les frustrations. Tout porte à croire qu’on leur demande, attachés à leur croyance musulmane, que pour être un bon citoyen, c’est d’être moins musulman. Nous frôlons les limites du licite et du non licite dans la croyance et la foi, alors que nous abordions le social, le vivre ensemble

Le but n’est pas de persuader quiconque à renoncer à des convictions religieuses mais d’essayer d’aider à voir ce qu’il y a d’autre dans la vie : les amis, la famille, les études et travailler sur la tolérance pour faire oublier la violence.

Un dialogue régulier doit aussi s’instaurer entre la municipalité, la police et la mosquée. La première chose que nous demandons aux autorités c’est de traiter correctement ceux qui ne reviennent pas comme des criminels. Les jeunes ne doivent pas se sentir oppressés. Il faut aussi leur donner la liberté de pratiquer leur religion comme ils l’entendent. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord avec vous qu’on est radical. A défaut de laisser ces jeunes s’évaporer dans la nature, avec le risque de se radicaliser encore plus, de commettre des attentats ou de repartir en Syrie… pourquoi ne pas les aider à reprendre leurs études, trouver un emploi ou, parfois, un logement ?

La compréhension du fondamentalisme va passer par son décryptage historique, sociologique, anthropologique. Il s’appuie sur le mécanisme littéraliste, rigoriste d’Ibn Taymiya et bien plus tard par Ibn Abdel Wahhab, concepteurs du fondamentalisme et fondateurs de l’Arabie Saoudite et du wahhabisme.

Nous dérivons alors, avec un lent et inoxérable processus de dérégulation et le paradoxe d’un trop plein de religion avec au contraire, un manque de connaissance, dans nos quartiers, villes et villages.

Il faut dénoncer l’existence d' »enclaves » sur le territoire où les islamistes tenteraient de « créer des contre-sociétés salafistes ». Il faut proposer des centres de rétention pour djihadistes et une « force d’intervention républicaine », mais aussi la déchéance de nationalité pour les condamnés binationaux et une « peine d’indignité nationale » pour les Français. Nous nous trouvons dans l’apartheid territorial, social et éthique. Notre devoir, celui de notre pays, la France est au côté du progrès. Cette situation de « guerre des cultures » n’intéresse pas nombre de républicains de confessions religieuses diverses qui se penche sur le « Fait Religieux »[1], c’est à dire sur la Genèse et l’Histoire des Religions. « Observer les religions en termes d’objet d’étude, nous dit Régis Debray, avec les méthodes de raisonnement scientifique revient à considérer, sous couvert de tolérance et de libre conscience, que celui-ci relève aussi bien de la sociologie et de l’anthropologie que de la foi ».

Un décret publié, en 2006, par le ministère de l’Education Nationale définit un « socle commun de connaissances et de compétences ». L’idée, à présent, est de contribuer à faire connaître ces aspects de l’Islam dont l’existence n’est même pas soupçonnée, que la conjoncture politique et culturelle oblige à occulter.

[1] Pour initier le public et les écoles, avec le soutien des Universitaires, 43 panneaux, inédits, en infographie sur le « Fait Religieux », de 60×80 et un Powerpoint d’1h 30, validés par l’Union Des Enfants D’Abraham (UDEA), copywright © 0786321170, apportent un excellent éclairage sur la genèse des religions en reliant d’une façon fabuleuse et incomparable, les sensibilités religieuses entre elles. Ibid. le patriarche Abraham, Sara et Agar, Isaac et Ismaël, etc. Il est, également, un excellent outil pour les aumôniers de la Pénitentiaire pour les détenus musulmans.

Les modes de vie et la présence de la foi musulmane, dans nos sociétés doivent évoluer sur le modèle de la séparation de la Mosquée et de l’Etat. L’homme peut demander à sa raison une règle de conduite. C’est dire combien il demeure nécessaire, pour chacun d’entre nous, de mettre nos convictions et nos compétences au service de la laïcité.

Il faut distinguer les radicalisateurs, des radicalisés en prisons et dans les quartiers et des radicalisables potentiels. C’est sur ces derniers qu’il faut travailler en priorité. Ce sont, en général, des personnes fragiles, peu entourées – pas de parloir – et pas intégrées dans la société. Est-il besoin de rappeler que c’est en prison que se concentre toute la misère sociale, les addictions, l’analphabétisme, la maladie mentale. Dans certains établissements, les malades mentaux représentent jusqu’à un quart des effectifs. Ce sont eux qui peuvent passer à l’acte le plus facilement.

Il faut avoir en tête que les radicaux et les grands délinquants, qu’ils soient braqueurs ou terroristes, sont en détention, des êtres à très fort charisme. D’emblée, ils sont très respectés. Les radicaux exercent une grande influence sur les autres parce qu’ils vont jusqu’au bout de leurs idées. Certains condamnés, dans des affaires de mœurs, opèrent des conversions pour gagner une protection. Pour d’autres, il y aura un aspect de rédemption. Beaucoup de départs en Syrie peuvent se comprendre par ce biez. Dans le cas « Islamo-braqueurs » la radicalisation est une manière de légitimer leurs actes violents par le sacré. Pour la plupart, l’absence d’activité, de travail, de désoeuvrement et l’ennui sont déterminants

 30 ans de politique de rénovation urbaine et de soutien aux banlieues sensibles, 30 ans également de politique de ségrégation positive à l’école, aux zones d’éducations prioritaire n’y ont pas changé grand chose en tous cas, pas l’essentiel : ce cocktail redoutable de chômage, de pauvreté, d’échecs scolaires et d immigration, qui a fait de ces dizaines de quartiers, des « territoires perdus de la République ». Et, désormais, des terres de missions pour le prosélytisme religieux, en l’occurrence musulman, le plus radical.

En moins d’un quart de siècle, la France s’est cassée. L’explosion du chômage, de la précarité, transforment insidieusement certains de nos quartiers en quasi – ghettos – Il s’y concentrent des populations en difficultés, particulièrement celles qui sont nées des dernières vagues de l’immigration. La montée des communautarismes accompagne la ghettoïsation des quartiers. Le social s’ethnicisent et l’extrême droite en fait son miel. Il s’édifie un modèle de société inégalitaire qui est aux antipodes des valeurs républicaines. Le projet de citoyenneté sensé fonder notre République, tourne de plus en plus à vide. Il faut donc se donner tous les moyens de lutter sur le long terme, pour conjurer l’apartheid spatial et social.

Malgré l’opiniâtreté des élus de terrain et du monde associatif, la situation n’a cessé de se dégrader. Les fractures se creusent dans ces quartiers où se concentrent tous les handicaps, toutes les difficultés. Ce n’est pas seulement l’idée que nous nous faisons de la laïcité, c’est l’avenir de notre démocratie et d’une certaine idée de la République qui est en jeu. Pour briser la logique du ghetto et empêcher que le communautarisme, les tribus et les bandes finissent par miner définitivement la république. Nous n’avons pas le droit d’échouer.

Depuis 20 ans, on le voit, ce n’est pas la lucidité qui a fait défaut, mais bien le courage à gauche comme à droite, de faire ce que l’on dit et d’y consacrer les moyens et la ténacité nécessaires. Sans quoi, les diagnostics les plus percutants apparaîtront plus que jamais, chez les responsables publics comme le masque de leur impuissance.

Il est important que les pouvoirs publics se focalise, ainsi, sur la formation et la prévention.