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1 – La radicalisation violente et son processus,

Une abjection islamiste au XXIe siècle.

1er chapitre du prochain ouvrage qui devrait être édité 

AVANT-PROPOS

Le 6 janvier 2015, à l’initiative de la Préfecture de la Savoie j’ai pu rencontrer Madame Christiane Taubira, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Il me paraît utile de la tenir, encore mieux, informée de la gravité de la situation qui sévie en France. Les annonces répétées des menaces d’attentats de l’E.I. sont là. Armé d’une expérience de 23 années auprès des détenus dans les prisons savoyardes: le Centre de Détention d’Aïton et la Maison d’Arrêt de Chambéry, avec comme bagages le diplôme d’éducateur spécialisé à la PJJ, un DESSP, une licence Science de l’Education, mon projet est de provoquer une commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes. Je les avais diagnostiqué depuis le début de l’année 2012. À l’origine de cette proposition, je souhaitais, notamment, faire toute la lumière sur les conditions du retour de Turquie de nos ressortissants impliqués dans des filières djihadistes.

Les attentats qui ont frappé la France entre les 7 et 9 janvier 2015 sont venus dramatiquement rappeler l’acuité de la menace qui pesait sur nos concitoyens. L’actualité n’a d’ailleurs jamais cessé de peser sur mes travaux avec, pour s’en tenir à notre seul territoire, l’agression de plusieurs militaires à Nice, la cyber-attaque contre TV5 Monde, l’attentat évité contre une église de Villejuif ou encore l’inquiétante comptabilité, égrenée au fil des auditions, du nombre toujours croissant de départs de Français ou résidents français vers les zones de djihad.

C’est dans ce contexte que mes craintes m’ont conduit à mobiliser un groupe et de créer une association afin d’effectuer des rencontres, travaux, conférences, dont l’objectif est de sensibiliser des personnes autour de moi. Cette association nommée ASPRA[1] a pour objet : RECHERCHES SUR LES PROCESSUS DE RADICALISATION. Elle est créée en avril 2016 et a pour objectifs : Comment agir sur ce terme « de radicalisation, mais aussi sur désembrigadement ? Comment déconnecter la personne de son adhésion à l’idéologie de DAESH ? Et comment l’encourager à entamer un travail psychologique pour comprendre pourquoi cette idéologie a fait autorité sur elle à ce moment-là de sa vie ? Près d’une cinquantaine de personnes : médecins, aumôniers, éducateurs, anthropologues, professeurs, et des déplacements en France et dans les trois pays du Maghreb, m’ont permis de prendre la mesure réelle de la menace – maximale et durable – et de la nécessité de renforcer les moyens et les prérogatives juridiques des acteurs de la lutte contre le terrorisme djihadiste et la radicalisation.

Notre pays est en guerre contre le terrorisme et contre l’expression qu’il revêt aujourd’hui : celle du fanatisme religieux et de l’extrémisme islamiste, celle qui arbore notamment le visage de l’État islamique, portant à un degré jamais égalé les risques qui pèsent sur notre pays et sur nos libertés.

Plus grave encore, malgré des alertes lancées dès 2012 sur les risques que présentent ces individus isolés, radicalisés, la mobilisation des pouvoirs publics a été trop tardive. La France a perdu plusieurs années en matière antiterroriste. Il a fallu attendre avril 2014 pour qu’un plan « anti djihad » soit lancé alors que les départs pour la Syrie s’opéraient depuis 2012. Le Gouvernement actuel a trop retardé la mise en place des vraies réformes et n’a adopté que des réponses partielles, avec des oublis considérables. Seuls les évènements tragiques de janvier 2015 ont généré quelques réponses à la hauteur du défi auquel notre pays est confronté. L’intensification actuelle de la menace renforce l’impression d’une action publique qui, faute d’anticipation, subit la pression des événements. Hélas, force est de constater que nous sommes à la remorque des événements et que nous avons une guerre de retard par rapport aux terroristes. Il est urgent de rattraper ce temps perdu.

Il nous faut ensuite rompre avec une forme de naïveté et regarder objectivement l’ampleur du phénomène auquel nous sommes confrontés : les chiffres des candidats au djihad ne cessent de croître et la France demeure l’une des cibles privilégiées. La France à sur son territoires le pourcentage de musulmans sur son territoire, le plus important de tous les pays occidentaux.

En Syrie ou en Irak, ces combattants volontaires reçoivent une formation paramilitaire et idéologique leur donnant les moyens concrets d’une action violente à leur retour dans notre pays. La réponse actuelle n’est pas à la hauteur de la menace que représentent ces individus armés, formés et déterminés. De quelques dizaines de personnes à surveiller nous sommes passés à plusieurs milliers en quinze ans ! Les moyens sont loin[2] d’avoir connu la même évolution ! L’audition des magistrats du pôle antiterroriste a démontré une situation de tension intenable, de déficit des moyens humains et matériels, tant dans les services judiciaires que dans les services enquêteurs.

Cette guerre, nous ne pourrons pas la gagner seuls. Sans une coopération européenne et internationale considérablement intensifiée, le phénomène ne fera que croître. Parallèlement, notre réponse doit intervenir à la source même des difficultés : en renforçant les moyens et la détermination de la coalition internationale à combattre Daech, notamment en Irak et en Syrie car plus les terroristes seront neutralisés sur les théâtres de guerre, moins la menace intérieure sera forte. C’est aussi en renforçant les sanctions à l’encontre des pays accueillant ou soutenant ces terroristes, notamment au plan financier ; en s’attelant également au financement des organisations terroristes, notamment en empêchant la vente du pétrole de Daech.

La Direction Centrale du Renseignement Intérieur regrette, à tort la fusion en 2008, des services concurrents de la Direction Centrale des Renseignements Généraux et de la Direction de la Surveillance du Territoire. Le rapprochement opportunément des deux services a créé une structure particulièrement efficace ; les Renseignements Généraux (RG) deviennent des Renseignements Territoriaux (RT).

[1] Association de Recherche sur le Processus de Radicalisation : ASPRA

[2] Ainsi mentionne le rapport fait au nom de la commission d’enquête sur la surveillance des filières et des individus djihadistes.