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L’ennemi est déjà dans la place

La « cancel culture », cette effrayante intolérance progressiste


Les déboires récents de J.K. Rowling, l’auteur de Harry Potter, boycottée par des militants adeptes de la théorie du genre, peuvent sembler aussi grotesques qu’éloignés de nous. Après avoir lu une bien curieuse prose dans le Monde cette semaine, Jeremy Stubbs nous met en garde: l’ennemi est déjà dans la place.


Quand nous pensons à la censure, à la confiscation de la liberté de parole, nous pensons en priorité aux exemples historiques des régimes autoritaires ou théocratiques, aux témoignages vécus comme celui de Soljenitsyne, ou aux transpositions dans la fiction comme celle, aujourd’hui archétypique, du 1984 d’Orwell.

Dans chaque cas, il s’agit d’un carcan linguistique et intellectuel imposé par un État centralisé, hiérarchique et dominateur. Mardi dernier, dans une lettre ouverte publiée sur le site de la revue américaine, Harper’s Magazine, plus de 150 membres de l’intelligentsia internationale, surtout anglo-américaine, mettent en garde contre une forme de censure inédite exercée par des minorités – ou pour leur compte – qui se prétendent dépourvues de tout pouvoir politique, économique et médiatique. Parmi les signataires, on trouve des noms illustres d’écrivains, d’universitaires et de journalistes tels que Salman Rushdie, Garry Kasparov, Margaret Atwood, Martin Amis, Noam Chomsky, Stephen Pinker, Malcolm Gladwell ou Jonathan Haidt. Étrangement, ils appartiennent autant à la gauche qu’à la droite du spectre politique.

La France souffre du syndrome du village d’Astérix. On croit que, quel que soit le vent de folie qui souffle depuis les pays anglophones, la Gaule résistera…

La portée de cette lettre est suffisamment significative pour qu’elle soit publiée simultanément dans les presses allemande, espagnole, japonaise et française – en l’occurrence, dans le Monde, fait sur lequel nous reviendrons.

Selon les auteurs, la nouvelle censure qui s’exerce dans les universités, les maisons d’édition, les médias et même les entreprises, se caractérise par une « intolérance à l’égard des opinions divergentes », un « goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme » et une « tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. » Il s’agit d’exclure du discours public à la fois certains points de vue et les voix qui les portent. L’idéologie au nom de laquelle ces prohibitions sont imposées est le woke, ce politiquement correct dopé aux stéroïdes ; la stratégie adoptée par ses partisans est la cancel culture, littéralement « la culture de l’annulation » ou « du boycott » Quels en sont les tenants et aboutissants ?

Le woke, d’un mot anglais voulant dire « éveillé » ou «  vigilant », constitue une sorte de tétraèdre aux quatre facettes, chacune représentant une opposition manichéenne : la race, montant les noirs contre les blancs (toutes les autres ethnies sont invitées à se ranger du côté des noirs) ; le féminisme, montant les femmes contre les hommes ; la sexualité, montant les homos contre les hétéros ; et le genre, montant les transgenres et autres non-binaires contre les cis, c’est-à-dire tous ceux qui ne se catégorisent pas comme les premiers. Chaque facette est inséparable des autres ; les militants de l’une sont solidaires des autres. Dans chaque opposition, le second groupe – les blancs, les hommes, les hétéros et les cis – est considéré comme ayant tort de par son existence même. Cela s’appelle le « privilège » blanc, masculin et/ou hétéro. Tout le système est placé sous le signe du vieux marxisme révolutionnaire : il s’agit de saisir le pouvoir dans tous les pays, de détruire le capitalisme et de renverser l’ordre social. Quant à la cancel culture, elle se justifie de la manière suivante : des groupes qui, au cours de l’histoire, auraient été privés d’opportunités pour s’exprimer, qui auraient été « silencés », ont le droit aujourd’hui de « silencer » à leur tour tous ceux qui expriment une opinion contraire à la leur.

Si, dans le monde fictif de 1984 ou le monde réel de la Chine contemporaine, l’imposition de la pensée unique est « top down », dictée d’en haut par un gouvernement, la cancel culture est « bottom up », promue par de simples militants – quoique avec l’appui d’un grand nombre des vrais privilégiés, les peoples, vedettes et autres m’as-tu-vu qui, étant majoritairement blancs, hétéros et cis, ressentent le besoin de se faire bien voir en dénonçant publiquement tout écart doctrinal de la part de leurs semblables.

La cancel culture est une métonymie. Au début, il s’agissait bien pour les partisans du woke de faire annuler, par des campagnes de protestations, des événements tels que des conférences ou des débats universitaires auxquels participaient des penseurs dont les idées pouvaient provoquer une détresse psychique insupportable chez les bien-pensants. L’exemple classique en est celui du Canadien Jordan Petersen, professeur de psychologie, grand pourfendeur des idéologies politiquement correctes et auteur du bestseller, 12 règles pour une vie (Michel Lafon, 2018). L’année dernière, l’université anglaise de Cambridge, qui lui avait proposé un poste de chercheur invité, a retiré son offre suite à une campagne de dénonciation organisée par des étudiants et des membres de la faculté. Pas de liberté académique pour les ennemis de la liberté woke.

Pourtant, après la simple annulation, l’action des woke s’étend à des appels à boycotter un(e) tel(le) de façon permanente. En particulier, toute déclaration publique contraire à l’esprit woke, qu’elle provienne d’une personnalité médiatisée ou même parfois d’un simple quidam, suscite une campagne vindicative et haineuse sur les médias sociaux. C’est ce qu’on appelle le « pile on. » Ici, l’exemple classique est celui de l’auteure de la série Harry Potter, l’anglaise J. K. Rowling, elle-même assez bien-pensante, plutôt de gauche et pro-Union européenne. En décembre dernier, elle publie un tweet où elle défend une employée d’une ONG virée pour avoir soutenu que des trans femmes, nées donc avec une physiologie masculine, ne sont pas des femmes de la même manière que des femmes nées avec une physiologie féminine. Dans le tollé qui suit, elle est dénoncée comme une « TERF », abréviation pour « Trans Exclusionary Radical Feministe » ou « Féministe radicale opposée aux transgenres. » De simple acronyme descriptif, cette monosyllabe est devenue une injure qui met fin à tout débat. Au mois de juin, elle récidive et le torrent d’insultes et d’appels au boycott de ses livres reprend avec une force décuplée, menée par les activistes purs et durs suivis par des peoples, en l’occurrence les comédiens rendus célèbres par les adaptations de ses romans. Le « pile on » a deux caractéristiques essentielles. La première est un mélange d’hyperbole outrancière et de chantage émotionnel. Voici le contenu d’un tweet typique d’une trans femme californienne : « Soyons clairs : ce que prônent J. K. Rowling et d’autres TERFs c’est la torture et la mise à mort des jeunes trans. » La deuxième est le recours à des torrents d’injures où l’argumentation intellectuelle joue peu de rôle. Au cours du véritable déferlement de haine virtuelle qui s’abat sur elle, J. K. Rowling, femme et victime dans le passé de violences conjugales, est inondée des pires grossièretés misogynes. C’est presque rassurant : le vieil ordre patriarcal reste présent même chez les militants woke.

La France souffre du syndrome du village d’Astérix. Ici, on croit que, quel que soit le vent de folie qui souffle depuis les pays anglophones, la Gaule résistera. Faux. L’ennemi est déjà dans la place. La publication de la tribune des 150 par le Monde peut sembler un acte de solidarité en faveur de la liberté de parole par ce quotidien à la gloire sans doute passée, mais non dépourvu d’un certain prestige. Pourtant, tout dans sa façon de présenter le texte constitue un désaveu paradoxal.

Le titre en anglais est littéralement « Une lettre sur la justice et le débat ouvert. » En revanche, le titre du Monde est « Notre résistance à Donald Trump ne doit pas conduire au dogmatisme ou à la coercition. » Il y a certes une référence passagère à M. Trump dans le texte, mais ce n’est pas du tout une polémique gauchiste contre lui. Enfin, après la tribune vient une véritable mise en garde éditoriale dans le journal français. Citant des groupes d’intellectuels qui ne sont jamais nommés, omettant tout exemple précis, le Monde affirme que le vrai danger provient, non de la gauche radicale mais de l’extrême droite et des « suprématistes blancs », avant de rappeler que Donald Trump lui-même a dénoncé récemment la cancel culture. Le message aussi clair que contradictoire : la tribune a été écrite surtout pour dénoncer Donald Trump mais par des auteurs qui sont proches de sa façon de penser ultra-conservatrice. Cette aporie logique empreinte de mauvaise foi est dans le plus pur esprit woke.


La « cancel culture » débarque en France. Connaissez-vous la cancel culture, cet autodafé moderne et inclusif que la presse féminine entend importer chez nous ?


Entre deux pages de publicité et les photos de mode, le magazine Stylist se pique de décrypter la société. C’est un gratuit qui prétend être bien ancré dans son époque. “Conscient” et “engagé”, il est distribué devant les bouches de métro. En priorité aux cadres dynamiques de sexe féminin, qui, en le glissant sous le bras, se gardent de quoi se remplir le cerveau pendant leur heure de table.

L’un de leurs derniers articles est consacré à la “cancel culture”. Quesaco ? Le sous-titre nous donne un indice : “Aujourd’hui, les personnalités publiques aux comportements polémiques risquent de passer directement par la case annulation”. Cette mode venue d’outre-Atlantique serait en train de déferler sur la France, ce dont le journaliste se réjouit. “Dorénavant, dès que quelque chose ne nous plait plus, on peut l’annuler dans la minute : forfait de téléphone, course Uber, abonnement Netflix. Alors pourquoi ne pas annuler aussi les humain.e.s?” se demande, en écriture inclusive, la plume de Stylist.

Comme les régimes communistes du siècle dernier, qui réécrivaient sans cesse le passé pour le rendre conforme aux normes idéologiques du présent, la cancel culture entend éliminer tout ce qui disconvient à sa moraline.

Voici quelques-unes de ses cibles :

• l’humoriste Kevin Hart a été évincé de la présentation des Oscars en 2019 parce qu’il aurait posté des blagues ou propos déplaisants envers les homosexuels, dix ans plus tôt. Annulé.
• Kevin Spacey, soupçonné d’abus sexuels, a disparu de la série House of Cards dont il incarnait le héros principal. Mieux, l’acteur est carrément effacé de scènes du film All the Money.
• Polanski, R. Kelly, Woody Allen: pour des affaires fort lointaines et également en dessous de la ceinture, la cancel culture travaille d’arrache-pied à les « annuler ».
• Antoine Griezmann, qui a fait un “blackface” en se grimant en basketteur noir de la NBA s’est rapidement confondu en excuses. Heureusement, car la meute était prête à le lyncher. La cancel culture (sur)veille…
• Michael Jackson, le roi de la pop lui-même, à la suite d’un documentaire à charge, s’est vu totalement déprogrammé des playlists de nombreuses radios américaines. Jugé et condamné post mortem à cause d’accusations de pédophilie.

Chaque jour, la liste s’allonge… On reconnaitra aisément les victimes de la cancel culture en France: elles ne seront plus reçues par Yann Barthès. Certains, comme Ladj Ly, ne sont pas touchés par la cancel culture – et Causeur s’en félicite ! Dans notre univers d’ados attardés, la carte banlieue vaut sans doute immunité…

Ne reculant devant aucun moyen, même légal, la cancel culture est un sport de combat.
Ses armes de prédilection contre les déviants : le lynchage médiatique et la chasse sur les réseaux sociaux. Selon les propres mots de Stylist, les phalanges de « social justice warriors » qui s’y adonnent représentent la “figure du.de la justicier.ère progressiste et radical.e (…) obsédé par la notion de pureté militante, parfois jusqu’à l’absurde”. Dans la même veine, un nouveau métier connaît un inquiétant essor : les “sensitivity readers”.

Leur noble tâche est d’éviter aux maisons d’éditions d’être taxés de racisme, de sexisme ou d’homophobie. Charlie Hebdo a aussi enquêté sur le sujet. On ne dira plus qu’il n’y a pas de sot métier.

Même Barack Obama, pourtant dans le camp progressiste, s’est ému de ce déferlement de censure. Fin octobre, lors d’une conférence à Chicago, il déplorait que les adeptes de la cancel culture fassent si vite marcher le pilori sur les réseaux sociaux. Il leur reproche en outre de ne pas s’investir dans la vraie vie. Les médias ont repris l’information en boucle au point que la phrase “Obama cancels “cancel culture” est devenue populaire. Mais cela n’a pas empêché le journaliste du New York Times Ernest Owens de critiquer les vues tr§s « boomer » d’Obama sur le sujet. La liberté d’expression serait-elle une relique hors d’âge vénérée des seuls baby-boomers ? En tout cas, les jeunes censeurs nous mettent dans le pétrin.

Les soutiens idéologique et pécuniaire surprenants de « Black lives matter »


Après les GAFA, de grands groupes industriels soutiennent le mouvement Black Lives Matter. Les réseaux sociaux et les multinationales font cause commune avec ce mouvement racialiste à la mode. 


Que penser de Mercedes qui lutte contre le racisme en repeignant en noir ses monoplaces pour la saison prochaine de Formule 1 ? Que penser de l’Oréal qui renonce à l’utilisation des mots « blanc » et « blanchissement » pour tous les produits qui servent précisément à blanchir la peau ? Bref, que penser de ce vent d’antiracisme qui souffle sur les multinationales ? Tous les secteurs sont concernés : l’agroalimentaire, avec la disparition du grand-papa noir Uncle Ben’s, le cinéma avec le retrait par HBO de la vidéo d’« Autant en emporte le vent », la distribution avec Amazon qui soutient Black Lives Matter (BLM)… etc.

Que des marques mondiales surfent sur des thèmes sociétaux – déforestation, travail des enfants, développement durable – pour promouvoir leur produits ou leur image n’a rien de nouveau. Mais en endossant l’idéologie antiraciste, c’est un combat politique qu’elles ont décidé de mener. 

L’affaire Twitter-Trump-Facebook est particulièrement éloquente à cet égard. Le 26 mai Twitter a censuré un tweet de Donald Trump dans lequel ce dernier exprimait ses craintes que le vote par correspondance génère des fraudes électorales massives (en sa défaveur). 

Hostiles au « populisme » de Donald Trump qui arrête l’immigration et oblige les entreprises américaines à quitter la Chine pour se recentrer sur le sol des États-Unis, l’élite économique et financière américaine aurait-elle envie d’enrayer le processus en cours ?

Quelques jours plus tard, le meurtre de George Floyd par un policier blanc a déclenché des émeutes à Minneapolis, qui ont amené le président américain à lancer un avertissement aux émeutiers.  « Les pillages seront immédiatement accueillis par des balles » (« looting », « shooting »). Considérant que Donald Trump venait de déclarer sa « haine » à la communauté noire, Twitter a censuré le message présidentiel.

Tous les regards se sont alors tournés vers Facebook. Le réseau social géant riche de deux milliards d’internautes allait-il suivre Twitter et censurer les messages – les mêmes que sur Twitter – de Donald Trump ? Visiblement gêné, Mark Zuckerberg a décidé de ne pas censurer Donald Trump. 

S’est alors enclenchée une incroyable réaction en chaîne. Sous la pression des associations antiracistes américaines (NAACP notamment), les très grands annonceurs de Facebook (Unilever, Levi’s, Coca-Cola, Starbucks, Adidas, Procter & Gamble, Apple et bien d’autres) ont bloqué leurs budgets publicitaires sur le site. Pas un jour ne passe sans que cette liste des entreprises qui boycottent Facebook ne s’allonge.  

Mais à travers Facebook, c’est Donald Trump qui est visé. Le président américain tire sa force des relations directes qu’il entretient avec son électorat à travers les réseaux sociaux (Twitter et Facebook principalement, mais aussi Reddit, Snapchat, Viber…). Au cœur de la campagne électorale américaine, les grandes entreprises américaines tentent donc d’inciter Facebook à couper Donald Trump de sa base électorale. Fin juin, sous prétexte de lutte contre le discours de haine, la plateforme Reddit a, supprimé « r/The_Donald », un groupe pro-Donald Trump créé en 2016 equi comptait près de 800 000 membres. La plateforme Twitch, contrôlée par Amazon (Jeff Bezos, PDG d’Amazon est un ennemi déclaré du président américain) et la plateforme Viber ont emboité le pas de Twitter et Reddit en censurant certains des messages de Donald Trump. 

Certains diront que les grandes entreprises se sont toujours engagées en faveur de tel ou tel candidat. En réalité, les grandes entreprises ont pendant longtemps financé aussi bien le candidat républicain que le candidat démocrate. Elles mettaient des billes dans les deux camps. Aujourd’hui, drapeau antiraciste au vent, les multinationales américaines ont entrepris de dézinguer le candidat républicain. 

L’affaire George Floyd, concomitante de l’affaire Facebook, indique que ce tournant antiraciste est bien plus qu’une simple posture marketing. En dépit des déclarations très violentes du mouvement marxiste noir Black Lives Matter, Amazon est allé jusqu’à annoncer son soutien au mouvement sur les pages d’accueil « La vie des Noirs compte », a déclaré Netflix sur Twitter sur Disney, la Fox et la plateforme de films Hulu ont également fait un signe à BLM. Apple Music s’est jointe à la campagne  «Black Out Tuesday» pour sensibiliser les gens aux problèmes d’inégalité ethnique systémique. Les marques de bonbons Gushers et Fruit by the Foot se sont associées pour condamner la brutalité policière et « se tenir aux côtés de ceux qui luttent pour la justice ». Nike, Apple, Microsoft ont suivi Amazon et versent à Black Lives Matter des sommes à sept chiffres. 

Le soutien apporté par les grandes entreprises américaines à Black Lives Matter est un soutien à un mouvement révolutionnaire qui compte des milices dans cinquante États, qui occasionnent des violences aux côtés des Antifas et qui affirme que le racisme est systémique aux États-Unis. Voir les multinationales américaines soutenir un mouvement noir qui s’attaque aussi  radicalement à l’Amérique, à son histoire et à sa culture a de quoi surprendre. 

Dans les années 1930, les industriels allemands finançaient le parti nazi dans l’espoir d’en finir avec le parti communiste allemand, avec les résultats que l’on sait. Hostiles au « populisme » de Donald Trump qui arrête l’immigration et oblige les entreprises américaines à quitter la Chine pour se recentrer sur le sol des États-Unis, l’élite économique et financière américaine aurait-elle envie d’enrayer le processus en cours et d’empêcher la réélection de Donald Trump ?

Cory Maks, chercheur en sciences politiques et maitre de conférences à l’Université George Washington, constate depuis 2008 une augmentation spectaculaire de l’activisme des grandes entreprises sur ces sujets liés à la race, à l’immigration et aux droits des LGBT. Il explique ce phénomène par le fait que les dirigeants des grandes entreprises sont issus de l’élite riche traditionnellement plus progressiste socialement que les pauvres. Cette élite progressiste a tendance à utiliser le pouvoir économico-politique de leurs entreprises en faveur de buts qui vont « bien au-delà des intérêts économiques de cette entreprise ». L’action des patrons de Twitter, Amazon, Apple, Netflix et de bien d’autres apporte la preuve que cette élite économique a une idéologie politique personnelle à promouvoir.

Dans un article intitulé « Les sauveurs blancs de l’Amérique » publié sur tabletmag.com, le chercheur Zach Goldberg montre que sur les questions de justice raciale et de justice sociale, « les progressistes blancs sont touchés par un progressisme si radical qu’ils sont aujourd’hui le seul groupe démographique d’Amérique à afficher un parti-pris qui place les intérêts d’autres groupes ethniques au-dessus des intérêts de leur propre groupe ethnique ». Goldberg estime que les progressistes blancs américains font aujourd’hui passer les intérêts des minorités de couleur et des immigrants avant leurs propres intérêts et avant l’intérêt des Etats-Unis eux-mêmes. 

Des sondages menés par le Roper Center for Public Opinion ont montré que les perceptions des progressistes blancs sur les discriminations subies par les Noirs sont en évolution rapide. Ainsi, de 1996 à 2010, le nombre de progressistes blancs qui considéraient que les discriminations infligées aux noirs représentaient un motif de préoccupation « très sérieux » était stable (27% en 1996 avec un léger déclin à 25 % en 2010). Mais à partir de 2010, le tournant s’amorce et en en 2015, les progressistes blancs sont 47% à s’horrifier des discriminations subies par les noirs. En 2016, ils sont 58%. 

Sur un sujet similaire, le traitement judiciaire des Noirs, les mêmes évolutions se remarquent. En 1995, 2000, et 2007, un progressiste blanc sur deux estimait que la justice traitait aussi équitablement les noirs que les blancs.  Mais en 2014, 70% des progressistes blancs estimaient que la justice affichait un « parti pris négatif » envers les noirs tandis que le pourcentage de ceux qui affirment que les noirs sont « judiciarisés équitablement » est tombé à 20%.

Ces progressistes blancs sont frappés de ce que le politologue Eric Kaufman a appelé le « millénarisme multiculturel », soit la croyance que la disparition de la majorité blanche ouvrira la voie à une société plus progressiste et plus juste sur le plan racial. C’est pourquoi le soutien apporté par certaines catégories de progressistes blancs à l’immigration et à l’ouverture toujours plus grande des frontières coïncide avec la critique toujours plus acerbe des « privilèges blancs » et cet étonnant soutien à Black Lives Matter. 

Le bon sens inciterait à tourner ces mouvements de pensée en dérision. Mais on aurait tort. Le millénarisme finit rarement en fête familiale. Cette révolte des progressistes blancs est moins balisée, moins évaluée et étudiée en France et en Europe, qu’elle ne l’est aux États-Unis. Les chiffres et les études manquent. La révolte des progressistes blancs n’a pourtant rien d’exclusivement américain, elle existe ici aussi et est tout aussi virulente. La prise en main des rues par nos Black Blocks, la prise en main des universités par nos islamo-gauchistes sont là pour le prouver.