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Foudil Benabadji

BENABADJI a une formation d'éducateur spécialisé dans les Services de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), dénommée auparavant "Education Surveillée" dépendant du Ministère de la Justice. Après l'acquisition du Diplôme de Directeur d'établissement de l'Enfance Inadaptée à l'Ecole Nationale de la Santé Publique de Rennes, il est promu Directeur d'établissement d'Education de jeunes caractériels délinquants, au "Centre Villeneuve" à Ecully, (Rhône), un établissement de filles qui était géré par une structure religieuse dépendant du CREAI du Rhône.

La Commission Stasi

Il faut faire face à la diversité religieuse en France.

« La commission considère que le principe de la laïcité, fruit de l’histoire et d’un apprentissage centenaire, a permis à la France, terre de diversités culturelles et spirituelles, de parvenir à un équilibre qu’il serait inutile, voire dangereux du vouloir briser…C’est pourquoi l’émergence de nouvelles pratiques religieuses nécessite une application du principe de laïcité renouvelée.» (Rapport de la Commission Stasi 50)

INTRODUCTION

Les dernières trente années ont marqué un changement brutal dans la société française. Avec l’arrivée des immigrants de l’Afrique du Nord on a remarqué une transformation très rapide de la démographie du pays, surtout autour des grandes villes où se forment des communautés croissantes de musulmans. Ces régions, connus comme les « banlieues » et qui se composent essentiellement des ghettos urbains, démontrent une condition de vie pénible. Ils sont frappés par le chômage, la pauvreté, la discrimination et, en général, la marginalisation. Donc, on ne se surprend pas de trouver que leurs habitants, désespérés, s’unissent pour créer des communautés d’appui. Les problèmes se déclenchent quand ces communautés commencent à « vouloir faire primer [leurs] règles particulières sur la loi commune » («Discours prononcé par M. Jacques Chirac… »). On observe de plus en plus des cas où des immigrants musulmanes interrompent le fonctionnement normal des services publics avec leurs demandes d’obliger les femmes à porter le voile en publique, de ne pas admettre qu’un médecin du sexe masculin attend les femmes, etc. Ce type de comportement met en danger l’ordre social et crée des tensions entre les diverses communautés (« Rapport… » 28, 41, 58-61).

ARGUMENT

Il est évident, donc, que l’Etat doit réagir à ces évolutions modernes pour maintenir un ordre social et une certaine paix entre tous les citoyens français. Mais comment le faire sans priver les musulmans de leurs libertés et leurs traditions ? Dans cet article, j’avancerai l’argument que la Commission Stasi de 2003 a marqué un nouveau chemin vers l’ouverture d’un dialogue sur l’importance des principes d’égalité et de laïcité pour combattre les malaises présentes dans la société française depuis l’arrivée des immigrants. Néanmoins, la commission n’a été qu’une petite introduction au débat qui continue en France aujourd’hui et qui continuera bien sûr à long terme. Ce débat se concentre sur la nécessité d’adapter la société aux changements portés par la mondialisation et par les mouvements d’immigration actuelle et, pour y arriver, il est évident que l’Etat ainsi que le peuple français devra s’adresser à plusieurs lois et normes culturelles qui posent des problèmes.

LA DIVERSITE RELIGIEUSE EN FRANCE

« La France d’aujourd’hui est-elle parmi les pays européens l’un des plus diversifiés. » Elle est le pays européen avec la communauté musulmane, juive et bouddhiste la plus grande, à part d’abriter sa majorité traditionnelle catholique (au moins nominalement). Cette diversité pose un problème « commun à l’ensemble de l’Europe : faire leur place à de nouvelles religions, gérer une société diverse, lutter contre les discriminations, promouvoir l’intégration et combattre les tendances politico-religieuses extrémistes porteuses de projets communautaristes. » En France, on essaie d’accommoder leurs traditions et pratiques religieuses, sans compromettre les idéaux républicains. C’est un processus crucial parce que les difficultés de l’intégration, (le chômage, la discrimination, la marginalisation) laissent des gens vulnérables à la possibilité d’être recruté par «  des groups communautaristes politico-religieuses [qui] exploitent [la] malaise sociale réel pour mobiliser des militants » (« Rapport… » 46).

LA LAICITE

Dès la création de la cinquième république en 1958, la France s’est servit du principe constitutionnel de la laïcité pour éviter les tensions religieuses sans compromettre la liberté de l’individu de choisir et pratiquer sa religion. La laïcité est un concept qui repose sur trois valeurs. Ceux sont « la liberté de conscience, l’égalité en droit des options spirituelles et religieuses, et la neutralité du pouvoir publique. » En assurant ces trois valeurs à tout citoyen (à travers la séparation de l’Etat et la religion achevée depuis la loi de 1905), la laïcité promet un esprit de liberté, d’égalité, et aussi, de fraternité entre tous les Français (Pena-Ruiz 11-19).

LA CREATION DE LA COMMISSION

Que les dirigeants de l’Etat se soient tournés vers le principe de laïcité en 2003 pour s’adresser à la montée de problèmes associés avec l’immigration et le communautarisme n’est pas donc une surprise. En fait, c’est en gardant cette idée en tête que M. Chirac a décidé en juillet de la même année de formuler une commission consacrée à répondre aux problèmes sociaux au moyen d’une meilleure application de la laïcité. Il a confié à Bernard Stasi, ancien ministre de l’éducation et médiateur de la République, la tâche de servir de président de cette commission (« La Commission Stasi). Les autres vingt membres de la commission, appelés souvent « les sages » par les médias, venaient de diverses formations et champs d’expertise, mais partageaient tous une connaissance profonde du débat religieux (Bernard « Des 2004… »). Ensemble, ils ont organisé 140 auditions avec toute une variété de représentants de la société civile (« La Commission Stasi »), dont certains ont été retransmises sur la chaine parlementaire Public Sénat (Bacqué et Ternisien).Ils ont arrangé aussi un débat entres des jeunes des écoles françaises à l’étranger pour apprendre tout le possible sur les différents points de vue concernant la religion et la laïcité dans la société (« Rapport… » 4).

L’AFFAIRE DU FOULARD

Les auditions les plus fortes et les plus médiatisées avaient pour thème le port du voile par les femmes, et surtout les filles, musulmanes. Les médias ont préparé un véritable spectacle sur «l’affaire du voile» (Bernard « La Commission Stasi penche vers… »), qui avait déjà reçu l’attention de la société française depuis un cas célèbre en 1989 de trois filles qui refusaient d’enlever leurs voiles pour entrer dans une école âpres être ordonnées de le faire (Baubérot 136).

Beaucoup de monde a essayé de montrer que le voile était défavorable à la condition de la femme vis-à-vis de l’homme et que, dans les banlieues, les hommes mettaient la pression sur les filles à le porter sous le risque d’être étiquetées comme « putains » si elles refuseraient (Pena Ruiz 131-132). Les enseignants des écoles reportaient plus de cas des filles qui se trouvaient obligées a porter le voile contre leur propre volonté (« Rapport… » 30).

L’APPUI POUR UNE LOI ANTI-VOILE

La pression dirigée aux femmes surtout a inquiété la société française parce qu’ils voyaient ces filles comme des victimes laissées abandonnés par l’Etat au menace de l’oppression et l’isolement (« Rapport » 46-47).  On trouvait que la pression de porter le voile compromettait la liberté des filles et symbolisait donc supposément l’inégalité et la crudité de l’Islam fondamentaliste (Sciolino). Plusieurs groups comme « Ni Putes Ni Soumises » (« Audition de Mme. Fadela Amara ») et des célébrités sont entrés dans le débat public pour appuyer une proposition de créer une loi qui interdirait le port du voile dans les endroits d’enseignement public (Sciolino). Même les partis politiques les plus importants, l’UMP et le Parti Socialiste, se manifestaient en faveur d’une loi interdisant le port du voile puisqu’ils trouvaient nécessaire que l’administration résiste à « l’Islam [qui] fait n’importe quoi. » Evidement la pression sur la commission de suggéré une loi antivoile a été énorme, comme l’ont avoué âpres ses membres (Baubérot 139). Le voile est devenu un sujet si polémique que, des fois, il a éclipsé le but général de la commission.

LES PROPOSITIONS

De toute façon, âpres avoir utilisé les auditions pour tout apprendre sur les différents cotés du débat pendants trois mois, la commission a préparé sa propre analyse de la situation de la laïcité en France, et puis, a formulé une vingtaine de propositions pour encourager une présence plus claire et plus forte de laïcité dans la société. Le 11 décembre, elle a présenté au Président Chirac « le Rapport de la Commission Stasi », suggérant à l’Etat les points suivants, selon un résumé du magazine Le Temps (« La Commission Stasi range le voile au vestiaire »):

    * « Réaffirmer la laïcité, définissant les droits et les devoirs de chacun, sous la forme d’un guide remis au moment de la remise de la carte d’électeur; de la rentrée des classes; de l’accueil des migrants; de l’acquisition de la nationalité française.

    * Faire signer une « charte de la laïcité » aux enseignants.

    * Instaurer une « journée de Marianne » dédiée une fois l’an à la laïcité.

    * Instaurer un service civil pour favoriser le brassage social.

    * Combattre les discriminations sociales et urbaines.

    * Réaffirmer le principe de la mixité dans les lieux publics et les équipements sportifs.

    * Dénoncer les conventions internationales qui reconnaissent la polygamie ou la répudiation.

    * Lutter contre la déscolarisation.

    * Traduire dans une loi les obligations des patients à l’hôpital.

    * Créer un poste d’aumônier musulman dans les prisons.

    * Enseigner le fait religieux à l’école.

    * Développer les études supérieures sur l’islam.

    * Prendre en compte les exigences religieuses en matière funéraire.

    * Créer une autorité de lutte contre les discriminations.

    * Donner aux libres-penseurs un accès équitable aux télévisions de service public.

   * Inciter les entreprises à intégrer dans leur règlement intérieur des dispositions relatives aux tenues vestimentaires et au port de signes religieux pour des impératifs tenant à la sécurité, au contact avec la clientèle ou à la paix sociale interne.

    * Réaffirmer la neutralité des fonctionnaires. »

LA REPONSE DU PRESIDENT

Une semaine plus tard, Président Chirac a fait un discours « relatif au respect du principe de la laïcité » pour révéler ses propres opinions sur les conclusions de la commission Stasi (« Discours… »). Comme l’a prédit Le Figaro, ce discours « devra être un chef-d’œuvre d’équilibre. Il devra contenter à la fois les laïcs et les religieux. Les chrétiens, les juifs comme les musulmans. Les lectrices de Elle…comme les lecteurs de La Croix. L’ouest de la France comme les vieilles terres radicales. Il devra donner, dans le même temps, le sentiment de l’équité et de la fermeté. Et surtout, éviter d’embraser les passions » (Fulda). Très conscient de la délicatesse de la situation sociale (Bernard « La Commission Stasi penche vers… »), Chirac a, comme on a attendu, proposé de légiférer sur une loi d’interdiction des signes religieux « ostensibles » dans les écoles publiques, qu’inclurait évidement le voile (« Discours… »).

CHIRAC IGNORE LA PLUPART DES PROPOSITIONS

En revanche, le Président a rejeté une recommandation polémique d’ajouter des jours fériés au calendrier scolaire (pour Kippour et l’Aïd-el-Kebir) comme moyen de créer une semblance d’égalité entres les religions devant l’Etat (Barotte). Il a remarqué, aussi, que les hommes ne pourraient pas interdire les médecins du sexe masculin de soigner leurs femmes, filles ou sœurs, parce qu’une telle demande dérangerait le fonctionnement d’un hôpital public. Quant aux autres propositions, Chirac a choisi essentiellement de les ignorer et de passer plutôt a proposé son idée originale de créer un observatoire de la laïcité (Bernard « Des 2004… »). Celle-ci serait « placée auprès du premier ministre au début de 2004 et composée de personnalités de profil identique aux sages réunis autour de Bernard Stasi [avec la] fonction de veille et d’alerte sur les évolutions de la société en la matière » (« Discours… »)

EST-ELLE SUFFISANTE LA LOI DE 2004?

Alors, de plus de vingt propositions, le Président a seulement légiféré sur le thème du voile. Finalement, la loi de l’interdiction des signes religieux ostensibles a été votée au parlement le 10 février 2004, mettant pour l’instant un point final au débat sur le voile dans les écoles (Pégard). Bien que cette loi ait marqué un pas en avance sur le rôle de la laïcité dans la société contemporaine, des membres de la commission comme des autres citoyens soucieux ont trouvé les mesures du Président insuffisantes pour réduire les tensions entres les communautés cultuelles et pour améliorer la situation des immigrants musulmans dans les banlieues. René Rémond, un des membres de la commission a démontré publiquement sa déception avec ce résultat dans une interview avec Le Monde, déclarant:

      «La réponse politique actuelle a un caractère absurde et dérisoire…Elle entretient nos compatriotes dans l’illusion qu’il suffirait de voter deux articles de loi pour régler le problème de l’intégration. En réalité, le voile est un leurre qui dissimule l’enjeu central: la capacité de la France à intégrer des populations nouvelles et l’acceptation de la loi commune par ces nouveaux Français. On se crispe sur un problème ultraminoritaire, alors que le vrai défi est celui de l’intégration sociale et professionnelle » (Bernard et Kauffmann).

CHIRAC, MEDIATEUR POUR LA PAIX SOCIALE

Alors, pourquoi si on trouvait encore des problèmes dans la société liés à l’immigration et à la religion Chirac a-t-il seulement approuvé la loi d’interdiction, et pas les autres propositions de la commission ? Evidement, il a voulu maintenir une position de médiateur dans une ambiance de médiatisation, de pression et de polémique tres forte. Il a trouvé la loi d’interdiction la plus nécessaire pour améliorer la crise immédiate, qui se focalisait surtout sur le dilemme des filles voilées. En revanche il a pensé que les autres propositions, bien qu’elles fussent bonnes, les mettre en place aurait peut-être créée encore plus de tension supplémentaire entre les groupes différents. La situation en main demandait une réaction portant spécifiquement sur l’affaire du voile, mais on ne voulait pas faire trop et créer des nouvelles tensions ou lever des pierres avec encore plus de difficultés dessous. Chirac a abandonné donc les autres questions adressées par les propositions de la commission (tout conscient de ce qu’il était en traine de faire) pour qu’on les adresse au futur au moment nécessaire.

LE DIALOGUE CONTINUERA…

Quant même, il est clair que ces autres mesures seront adressées « tard ou tôt » – comme le dit Patrick Weil, un des membres de la commission – car la situation changeante de la France moderne, avec la mondialisation et l’arrive des nouveaux immigrants demandera des nouvelles applications du principe de laïcité. Comme Weil a exprimé dans un article qu’il a publié un an plus tard, «La France n’a pas suffisamment fait contre la discrimination ethnique, raciale et religieuse, dont souvent les enfants des immigrants d’Afrique du Nord sont les victimes. Les programmes de nos écoles ne reconnaissent pas l’esclavage et la colonisation à part entière dans notre histoire nationale » (Weil 45-53).

Il reste beaucoup à faire pour que les principes d’égalité et laïcité soient vraiment appliqués à tous les secteurs de la société française. Pourtant, le dialogue ouvert par les débats de la commission Stasi est vraiment un pas énorme vers une meilleure future.

La Laïcité et La Commission Stasi
 
    « Audition de Mme Fadela Amara, Présidente du mouvement Ni putes, ni soumises. » Retour sur la commission Stasi. 2005. l'Observatoire du communautarisme. 25 Mars 2009 <http://www.communautarisme.net/commissionstasi/Audition-de-Mme-Fadela-Amara,-Presidente-du-mouvement-Ni-putes,-ni-soumises_a31.html> 

      Baubérot, Jean. « La Commission Stasi vue par l’un de ses membres. » French Politics, Culture & Society. 22.3 (2004) : 135-141. 

      Bacqué, Raphaëlle et Xavier Ternisien. « Les députés de la mission Debré commencent à douter de la nécessité d'une loi interdisant le voile. » Le Monde. 10 sept. 2003. 

      Barotte, Nicolas. « Jours fériés : la classe politique embarrassée. » Le Figaro. 13 déc. 2003. 

      Bernard, Phillipe. « Dès 2004, un Observatoire de la laïcité aura un rôle de veille et d'alerte. » Le Monde. 19 déc. 2003. 

      Bernard, Phillipe. « La commission Stasi penche vers le principe d'une loi. » Le Monde. 7 nov. 2003. 

      Bernard, Phillipe et Sylvie Kauffmann « Voile : les états d'âme de quatre sages de la commission Stasi. » Le Monde. 3 fév. 2004. 

      « Discours prononcé par M. Jacques Chirac, Président de la République, relatif au sujet du principe de laïcité dans la République », Paris : 17 décembre 2003. 

      Fulda, Anne. « Jacques Chirac en quête d'un équilibre républicain. » Le Figaro. 12 déc. 2003. 

      «La Commission Stasi » Débat Public: La Laïcité (La Commission Stasi). 2008. France Télévisions Interactive. 25 mars 2009 <http://www.france5.fr/actu_societe/W00137/9/102197.cfm » 

      « La Commission Stasi range le voile au vestiaire. » Le Temps. 12 déc. 2003. 

      Pégard, Catherine. « Laïcité; Les coulisses d'un débat. » Le Point. 29 jan. 2004. 

Pena-Ruiz, Henri. Histoire de la Laïcité. France: Gallimard, 2006. 

      « Rapport de la Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République remis au Président de la République le 11 décembre 2003 », Commission présidée par Bernard Stasi, La Documentation française. Paris : 2003 

      Sciolino, Elaine. “Ban Religious Attire in Schools, French Panel Says.” The New York Times. 12 Dec. 2003. 

      Weil, Patrick. « Lever le voile. » Esprit (2005) : 45-53.
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Site Web par Laura Hirshman
 

Je restreins mon site aux personnes intéressées …

…par ma démarche ainsi développée,                                     …dès la semaine prochaine.

J’ai été formé par des hommes et des femmes porteurs des valeurs de la laïcité et du partage dans un monde commun au sein de la République française. Liés par nos histoires singulières de différentes manières, ayant pris la mesure des crises que traverse la France, je travaille à mon niveau pour créer les conditions d’une culture de la liberté à travers mon site.

L’Islam est aujourd’hui et pour quelque temps encore, un lieu qui cristallise dans le monde globalisé nombre de périls : fascisme identitaire et emprise totalitaire, guerres civiles, despotismes et dictatures, inégalité envers la femme et injustice, haine de soi et haine de l’autre, au milieu de violences politiques, religieuses et économiques.

Le risque ultime que font peser ces mouvements islamistes les plus actifs, est l’avènement d’une contre-société sur le territoire national. D’autres vecteurs, comme la guerre informationnelle, médiatique et l’Internet, deviennent absolument primordiaux. Le mouvement turc est la quatrième communauté étrangère musulmane sur le territoire national. Ce mouvement est particulièrement influent dans la montée en puissance de l’islamisme en France. Très structurés, entre deux grands courants, le DITIB et le Millîs Görüs, l’islam turc est réparti sur l’ensemble du territoire. Il bénéficie d’un vaste réseau de financement.

Dans cette perspective, l’une des missions incontournables du site est d’offrir un espace de réflexion sur ces graves sujets, souvent occultés. Critiquer l’islamisme, le fanatisme, la violence religieuse, ce n’est pas critiquer l’islam. Cela reviendrait à critiquer l’ensemble des musulmans des classes laborieuses. En faisant la politique de l’autruche, à la suite de chaque attentat islamiste, les politiques et les médias contribuent à amplifier la défiance des citoyens français musulmans à leur égard. Ceux-ci en ont assez de se sentir accusés, humiliés et de subir « la double peine » avec la chape des préjugés féroces et impitoyables.

L’objectif des islamistes, en Occident, serait-il de « salafiser » les musulmans qui y vivent pour « islamiser », d’une certaine façon, les pays non musulmans ? C’est ce qu’ils prétendent et parfois le clament, comme ils l’ont fait à Molenbeek en Belgique, d’où sont partis les tueurs du Bataclan ! 

https://education-citoyenneteetderives.fr Ce site développe des thèses sur le plan  Informations / Prévention des dérives sociales. Il s’agit de s’investir aux nouvelles données de la crise qui existe dans le pays, avec les « dérives » dont les responsables  de l’Islam violent sont semés par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Ils irriguent quotidiennement des associations et des personnalités qui gravitent dans la nébuleuse des Frères musulmans qui, eux, prônent un islam intégral et favorisent le fondamentalisme avec le wahhabisme, le salafisme, le tabligh colporter, parfois, par des islamo-gauchistes. 

Nous devons décrypter, avec attention, les analyses sur le sujet brûlant du séparatisme et s’initier à l’identification des dérives propagées par les médias. Ce programme est primordial, liminaire. La prévention et la lutte contre celles-ci, nécessitent une action soutenue et protégée par les services de l’Etat. C’est là l’objectif principal de toutes les associations et le « leitmotiv » de toutes les collectivités nationales.

Le principe général de cet engagement est l’institution d’une politique empreinte de démocratie, que sa réalisation ne peut se décréter en claquant des doigts, être imposée par des rejets sociétaux ou d’expéditions militaires, mais résulte d’une action transformatrice critique continue et inventive. Elle doit toucher les structures internes de l’Islam et modifier les rapports à ses bords géopolitiques. D’une manière non exhaustive, cette action doit viser, en priorité, à libérer la pensée et la politique de la théologie, (libération dont l’État laïque est l’expression insitutionnelle) et affirmer l’égalité de droit et de fait des femmes et des hommes.

Dans ce contexte, les enfants de la 3ème et 4ème génération, représentent un enjeu de premier plan. Ils forment l’élément par lequel s’imbriquent les civilisations, où s’incarne la chance d’un avenir démocratique partagé. Se porter à la hauteur de cette responsabilité, implique une mobilisation plus résolue contre les processus de relégation, de discrimination et de fragilisation politique dont ils sont l’objet. L’absence d’analyse critique de l’histoire coloniale pèse encore sur leur devenir.

Le but de mon site est aussi de favoriser l’expression des forces de résistance pour combattre, partout, l’islamisme totalitaire et les états despotiques qui, conjointement, oppriment les femmes et les hommes dans le monde musulman.

Il s’agit de convaincre les gouvernements démocratiques de renoncer à la stratégie du double langage où la démocratie ajournée en est le corollaire. Leur engagement réel, pour la paix dans les zones de conflit et de violence politique, est la condition de leur crédibilité.

Mon action, à vocation transnationale, vise à développer et à soutenir les expériences de la liberté dans tous les domaines de la pensée, des arts et des savoirs. Elle vise à banaliser le concept de laïcité et donc, à y revenir régulièrement. 

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Bernad-Stasi.png.

J’ai travaillé sur la Charte laïque des hôpitaux avec Bernard Stasi. Il a été chargé de la Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République et a remis, le 11 décembre 2003, un rapport au Président Chirac.

Voilà, les idées sur lesquelles je travaille. Mon site est réservé aux personnes qui approuvent cette perspective ainsi développée. Ce sera le but de mon site : www.education-citoyenneteetderives.fr Je restreins celui-ci aux personnes intéressées par cette démarche dès la semaine prochaine.

Après plus de quatre années de fonctionnement, mon webmaster interviendra sur mon site pour ne permettre son accès qu’aux personnes motivées, qui acceptent de s’inscrire pour y accéder. Dans le contexte actuel, il est important que les informations traitées, sur ce site, ne soient pas inutiles. Merci

 

 

Peut-on encore vaincre l’islamisme?

Bernard Rougier, sociologue de terrain, auteur des Territoires conquis de l’islamisme. Entretien croisé.

Au moment où le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin défend son projet de loi visant à «conforter le respect des principes de la République», Le Figaro Magazine a voulu confronter le politique avec Bernard Rougier, sociologue de terrain, auteur des Territoires conquis de l’islamisme. Entretien croisé.

Bernard Rougier, sociologue, face à Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. Olivier Coret/ Divergence pour Le Figaro Magazine

M. le ministre, pourquoi avoir changé l’intitulé du projet de loi? Emmanuel Macron avait évoqué la lutte contre le séparatisme islamiste, vous aviez repris cette terminologie et finalement le projet de loi vise à «conforter le respect des principes de la République»?

Gérald DARMANIN. – Cette loi est une étape très importante, mais elle n’est pas l’alpha et l’omega du discours des Mureaux du président de la République contre le séparatisme islamiste. Lutter contre le séparatisme islamiste ce n’est pas seulement étendre la neutralité des agents dans les services publics, lutter contre les officines islamistes, les associations qui détournent la liberté d’association à leurs fins, contrôler davantage la scolarisation hors contrat, éviter le financement étranger du culte. C’est aussi l’urbanisme, la politique du logement, la politique d’intégration et d’assimilation, le sujet, en partie, de l’immigration…Mais attention aux discours simplistes. Il ne faut pas être les idiots utiles des islamistes. Notre ennemi a comme stratégie d’essayer de démontrer que la France est un pays raciste, anti-musulman, «islamophobe». Tout ce qui peut mettre de l’eau au moulin de ceux qui disent «regardez, ils vous rejettent, ils considèrent que vous n’êtes pas compatibles, que par nature vous ne serez jamais leurs amis, venez avec nous on va vous défendre parce que nous sommes la vraie communauté», renforce la communauté islamiste contre la communauté nationale. Ce que je fais à mon poste de ministre de l’Intérieur c’est, comme disait le général de Gaulle, un travail pour «l’idéal à travers des réalités».

Je considère que les va-t’en guerre qui, hier n’ont pas pris les bonnes décisions, et qui aujourd’hui comme Saint-Paul sur le chemin de Damas, totalement convertis à la laïcité, renvoient une grande partie de nos compatriotes musulmans parfaitement patriotes, parfaitement intégrés, parfaitement assimilés, vers leur communauté. Avoir un tel discours jusqu’au-boutisme, rejetant la présence même des expressions religieuses renverrait les modérés vers les extrêmistes. Nous pensons que la meilleure solution pour lutter contre les séparatismes, et principalement le plus dangereux d’entre eux, le séparatisme islamiste, restent de s’appuyer comme le fait le projet de loi, sur les principes de la République. Ils sont, pour nous, le meilleur médicament au mal que nous connaissons.

Bernard ROUGIER. – Ce qu’on peut dire, à partir d’une analyse du terrain, c’est que le rappel des principes de la République comme seule réponse, quoique nécessaire, ne suffira pas. Il y a un caractère abstrait dans l’incantation républicaine qui peut, au bout d’un moment, à force de répétitions, si le discours tourne sur lui-même, être perçu comme un discours menteur, si ce discours n’est pas accompagné de mesures, de perspectives d’émancipation. Évidemment les entrepreneurs islamistes exploitent les blocages sociaux et économiques, les frustrations et les discriminations quand elles existent, pour enrôler les jeunes issus de l’immigration dans leur projet idéologique. Si la thématique de la lutte contre le séparatisme est une bonne chose, le piège à éviter serait de faire de la surenchère autour de celle-ci.

Pareille surenchère aurait pour effet pervers de déclencher un réflexe de solidarité entre une partie de nos compatriotes et ces entrepreneurs idéologiques. Mais il demeure un problème de fond. La grande force de ces entrepreneurs et de leurs réseaux, c’est leur capacité d’encadrement, leur capacité à produire du collectif, de la solidarité, de l’entraide, de la fraternité islamique, avec un islam idéologique devenu vérité existentielle. Comme si le bien à servir ce n’était plus le bien commun de la République mais le bien islamique. Une République doit s’adosser à une version positive du bien. Il faut inventer une incarnation républicaine de nos principes. La question que je me pose est de savoir quels sont aujourd’hui les instruments disponibles pour cette incarnation: quelle forme d’engagement collectif peut-on opposer aux engagements collectifs existants déjà et solidement ancrés?

Il faut redonner à la République une transcendance. En faisant vibrer les gens à l’idée que la France est une promesse, on aura un espoir concurrent là où l’islamisme occupe seul le terrain

Gérald Darmanin

Gérald Darmanin. – C’est souvent dans les banlieues dites rouges, les anciens bastions du parti communiste, là où le socialisme municipal s’était implanté, que la solidarité nationale a été remplacée par une autre solidarité, islamiste. Il faut redonner à la République une transcendance. En faisant vibrer les gens à l’idée que la France est une promesse, on aura un espoir concurrent là où l’islamisme occupe seul le terrain. Mais nous ne nous arrêtons pas là. Nous apportons des réponses sur cinq champs de bataille dans le projet de loi: tout d’abord, nous étendons, à la limite de ce que nous pouvons faire, le devoir de neutralité des agents publics et des agents privés (dans les transports, dans les piscines…). Ensuite, nous prenons des mesures extrêmement fortes contre les associations séparatistes, pouvant aller jusqu’à leur dissolution. Troisième champ de bataille: internet. Nous allons ensuite renforcer la police des cultes avec notamment la déclaration de tous les financements étrangers et la possibilité pour la France de s’y opposer. Enfin, cinquième champ de bataille, nous créons deux délits de séparatisme. Quelqu’un qui, demain, refuse de serrer la main d’une femme, refuse de se faire soigner par une femme et utilise la menace ou l’intimide, fait pression sur un enseignant, met en danger un policier ou un universitaire pourra être poursuivi et expulsé s’il n’est pas français.

Bernard Rougier. – Ce programme volontariste soulève toutefois la question de la cohérence de l’action gouvernementale et de la mise à l’unisson de tous les ministères. Or, il existe, dans le monde académique en particulier, une mise en circulation des thématiques racialistes et indigénistes à travers des programmes de recherches, des colloques, des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR) etc. Si les financements publics privilégient, par effet de mode et de mimétisme anglo-saxon, des thématiques autour d’un «racisme d’État» de nature systémique et organique, on offre une légitimation au discours islamiste qui s’est spécialisé, lui, dans la lutte contre la prétendue «islamophobie d’État». Ce que l’action publique condamne d’un côté, elle le légitime en laissant faire de l’autre, ce qui pointe le risque d’une certaine schizophrénie.

Il faut des gens qui se sentent en mission de reconquête républicaine

Bernard Rougier

Au-delà de la question de l’islamisme, on voit le discours indigéniste, racialiste de plus en plus banalisé dans le monde universitaire, médiatique et politique. Est-ce que cette banalisation vous inquiète?

Gérald Darmanin. – Cela m’inquiète beaucoup. Parce que je pense que Gramsci a raison lorsqu’il dit que les idées mènent le monde. Par une sorte de «collaboration», j’ose le mot, des intellectuels, des journalistes, des commentateurs, parfois des politiques intériorisent les deux critiques contre nous, celle des islamistes et celle des pays anglo-saxons. Nous ne défendons pas assez l’idée de laïcité, qui est une liberté, cette invention française, inhérente à l’idée même de civilisation française. Je suis très inquiet par ce qui semble être la victoire de nos ennemis et que nous n’ayons pas les armes, la force, le courage de défendre notre vocation universelle, celle de notre pays.

Bernard Rougier. –Je suis d’accord avec le constat. L’islamisme est puissant parce qu’il se branche en quelque sorte sur une grande tradition religieuse. Même s’il la déforme, s’il la simplifie, s’il la trahit du point de vue de nombreux intellectuels musulmans, ce courant militant s’appuie sur une tradition conservatrice et littéraliste qui elle-même se réclame du grand récit de l’islam, de ses origines jusqu’à nos jours. Il est difficile de lui opposer la transcendance républicaine et française dans un monde où l’État nation, que la France a incarné de la façon la plus forte, est en crise. Une partie des jeunes issus de l’immigration n’est plus prête à payer le coût d’entrée dans la société française autrefois payé par leurs parents ou leurs grands-parents. Les générations précédentes savaient que l’apprentissage de la langue, des codes et de la culture de la société d’accueil était le passage indispensable pour accomplir l’ascension sociale et l’intégration citoyenne.

Aujourd’hui, des franges de la jeunesse considèrent que ce coût est trop élevé et que de toute manière, si elles le payent, elles n’obtiendront pas le prix du sacrifice consenti en termes d’emploi et de promotion sociale. Dans ce contexte très particulier, il est courageux de vouloir réaffirmer les valeurs de la République, peut-être même est-ce indispensable pour conserver un degré minimum de cohésion nationale. Mais, encore une fois, sur quelles forces peut-on s’appuyer? L’islamisme s’appuie sur une grande tradition, même s’il la déforme pour son propre usage. La grande tradition française, une partie de nos élites politiques, administratives, intellectuelles, n’y croit déjà plus. Comment la rendre attractive dans ces conditions? Dans l’appareil d’État, il faudrait une administration de mission pour conduire les objectifs définis par la loi. Est-ce qu’il existe à tous les échelons de la fonction publique, y compris chez les préfets, ce sens de la mission et des exigences qu’elle implique? Or, pour lutter efficacement sur le terrain, il faut des gens qui se sentent en mission de reconquête républicaine. Je regarde le cliché du général de Gaulle avec Jeanne d’Arc dans votre bureau. De Gaulle croyait en une personne morale qui était la France, et c’est cette croyance qui lui a donné le courage de faire ce qu’il a fait. Sur quelle force allez-vous vous brancher pour avoir le courage de relever le défi que nous devons relever?

Gérald Darmanin. – C’est très juste de dire qu’il faut une administration de mission. C’est encore plus vrai dans la lutte contre le séparatisme islamiste. Je partage votre opinion sur ce point. Ce n’est pas à mon avis de la faute des fonctionnaires, c’est parce que le pouvoir politique n’a pas défini ce qu’il souhaitait. Pendant longtemps, on a dit qu’il fallait combattre le terrorisme et la radicalisation. Tout le reste, au fond c’était gênant mais ce n’était pas grave. Notamment l’islamisme, le communautarisme, l’islam politique. Nous n’osions jusqu’ici pas affirmer que le terreau du terrorisme, de la séparation, du combat, c’était l’islam politique, l’hyper communautarisation. Il a donc prospéré sur l’absence d’une République plus forte. Il nous appartient de redéfinir nos buts politiques. C’est le grand travail que nous menons sous l’autorité du président de la République. Nous ne luttons pas uniquement contre la radicalisation mais contre tout ce terreau du terrorisme qu’est l’islamisme.

Tout ce texte vise justement à faire baisser la pression communautaire

Gérald Darmanin

Une série d’amendements déposés par l’opposition ont été rejetés en commission alors qu’ils voulaient étendre la neutralité du service public aux espaces de service public, donc aux utilisateurs de salles municipales, à ceux qui prennent le bus… N’est-ce pas lutter contre le séparatisme?

Gérald Darmanin. – La laïcité française, c’est trois choses: la pluralité religieuse, la neutralité de l’État et de ses agents, la liberté de culte. Je suis très attentif à ce que l’État et ses agents publics soient neutres. Demain, même les agents de droit privé seront obligés, s’ils travaillent pour une collectivité, mais aussi tous ceux qui travaillent à la CPAM, à Pôle emploi, dans les HLM, d’avoir ce souci de neutralité. Mais la neutralité s’applique à l’État et non aux citoyens dont la liberté de culte doit être respectée. Chacun a le droit à l’expression de ses opinions «même religieuses». Si on adoptait ces amendements, on interdirait à toute personne dans l’espace public, dans la rue, le bus, les mairies, de montrer son appartenance à une religion.

Derrière ces amendements, il y a bien sûr l’idée de l’interdiction du foulard. Le foulard comme expression de sa religion. Ou le foulard par revendication islamique. C’est difficile de reconnaître l’un de l’autre. Latifa Ibn Ziaten, la mère du militaire français tué par Mohammed Merah, porte le foulard. Je vais lui demander de le retirer dans la rue alors que son propre fils est mort sous les coups d’un islamiste quand elle va acheter sa baguette de pain? C’est ça que veulent ceux qui déposent ces amendements? Le vêtement ostentatoire, ça peut certes être le symptôme du mal. Mais le mal c’est l’idéologie qui pousse à l’islamisme. Attaquer une maladie par les symptômes me parait voué à l’échec. Enfin, ce qui est gênant, ce n’est pas que les jeunes filles ou les femmes portent des foulards. Ce qui est gênant, c’est quand elles n’ont que ça comme port vestimentaire et qu’elles n’ont pas le choix à cause de la pression communautaire. Tout ce texte vise justement à faire baisser fortement la pression communautaire.

Il y a eu aussi un amendement rejeté qui voulait interdire le voile des fillettes. Est-ce si absurde que ça de s’attaquer aux symptômes quand le voile est à ce point un étendard identitaire pour les islamistes?

Gérald Darmanin. – Saïd Boualam, dit le bachagha Boualam était vice-président de l’Assemblée nationale quand Michel Debré était premier ministre. Il venait en tenue traditionnelle et musulmane. Son expression religieuse ne l’empêchait pas d’être à la fois parlementaire et patriote. Mon grand-père était musulman, il s’est engagé pour l’armée française en 1940, en 1944 il a choisi de rester sur le sol métropolitain, en 1962 il a aidé les Français et a été condamné à mort par les fellaghas, il priait Allah et il aimait la République. Les expressions religieuses n’ont jamais empêché d’être patriotes. On rentrerait dans le piège des islamistes en pensant que la France ce n’est qu’une race, une tradition et une culture. Ce n’est pas parce que quelque chose nous gêne que je dois l’imposer avec une loi. On peut trouver le voile pas souhaitable, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, l’a déjà évoqué, et je peux partager cette opinion, sans pour autant imposer une interdiction dans la loi.

Concernant les petites filles je trouve l’argument très particulier. Ces petites filles sont dans des écoles clandestines, celles-là même qu’on veut fermer. Si on veut qu’elles ne portent pas le hidjab, il faut accepter leur scolarisation dans les écoles de l’Éducation nationale. Plutôt que de se battre sur le vêtement, battons-nous sur les idées et qu’on nous soutienne lorsqu’on veut limiter et mieux contrôler l’école à domicile. La police du vêtement ne mènerait à rien d’autre qu’aux hystériques débats qui n’ont servi à rien sur le burkini. Si nous voulions changer les règles dans l’espace public, il faudrait profondément changer notre Constitution et notre conception de la laïcité. Une forme de victoire des islamistes finalement.

Bernard Rougier. –Je partage l’idée que s’obstiner sur la question du voile fournirait un prétexte à des manifestations de solidarité immédiatement récupérées par les groupements islamistes. Le port du voile peut revêtir des significations très diverses – même si, dans le cas du djelbab par exemple, la dimension communautariste ne laisse pas grande place au doute. La loi sur le respect des principes de la République pourrait justement rétablir du pluralisme dans les quartiers populaires, en des lieux où les islamistes ont su, dans tous les sens du terme, imposer leurs marques, leurs visions et leurs interprétations. Des bons connaisseurs du Coran et de la langue arabe pourraient montrer que le verset 31, sourate 24, sur lequel s’appuient les islamistes pour justifier le port du voile, n’est qu’une interprétation parmi d’autres, selon l’exégèse que l’on fait du sens de certains mots du verset dans le contexte de l’Arabie du VIIe siècle. Voilà qui donne une raison supplémentaire à l’enseignement de l’arabe dans les collèges et lycées comme langue de culture et de civilisation!

L’idée est de donner des ressources à tous ceux qui, de l’intérieur de la tradition islamique, – laïcs ou religieux de statut –, luttent contre la simplification idéologique de leur foi

Bernard Rougier

Dans les territoires conquis de la république, ou prospère l’islamisme, les gens sont obligés d’adhérer à l’islamisme. Le projet de loi «conforter le respect des principes de la République» va-t-il permettre de reconquérir ces territoires conquis par les islamistes?

Gérald Darmanin. – Oui fortement, même si ce n’est pas suffisant. Il faut s’assurer que les lieux de cultes ne soient pas victimes d’ingérences étrangères mais ils ne sont plus les lieux essentiels de cette propagation de l’islamisme. Pour la première fois, il y a des dispositions prévues pour s’opposer aux financements étrangers. Il y a aura également, pour la première fois dans l’histoire de la République, la possibilité de fermer des lieux de culte pour d’autres raisons que des raisons liées à l’accueil du public ou au terrorisme. Aujourd’hui, le ministre de l’intérieur ne peut fermer les 89 lieux de cultes soupçonnés de séparatisme en raison de la loi qui l’interdit. Demain grâce à cette loi, il sera possible de fermer un lieu de culte si un responsable religieux, a qualifié les juifs de mécréants ou d’apostat toute personne critiquant l’islam.

Concernant les associations, je souhaite lutter fortement contre la «Dawa» qui consiste à exercer des actes positifs tels que la distribution de repas, les cours du soir, aides en générale. Cette pratique crée un syndrome de Stockholm qui pousse à la conversion à travers l’apparition de rites et de pratiques dans cette solidarité. Cette aide associative n’est pas concurrencée par une aide républicaine, en raison de la discrétion des services publics, de présence policière ou d’écoles de la république. De plus, des subventions sont versées à ces associations. L’État ou les collectivités subventionnent la subversion. C’est un comble! Les nouvelles dispositions de la loi permettront de poursuivre les dirigeants de ces associations séparatistes ou de les dissoudre. Ils ne pourront plus percevoir de subventions. Cette loi est un signal fort envoyé au séparatisme.

Par ailleurs, le préfet pourra désormais se substituer au maire s’il découvre le versement de fonds publics à ces associations. Il faut aussi se pencher sur la question de l’accueil des étrangers sur le territoire national et comment les loger. Ayant été maire, je suis convaincu qu’il est nécessaire de continuer à mener une politique de renouvellement urbain. Monsieur Rougier appelle ces logements des «ghettos» et je suis d’accord avec ce terme. C’est d’ailleurs ce que le président de la République a dénoncé dans son discours en pointant une forme de séparatisme que nous avons-nous même créé. Mais pas seulement en raison de l’insalubrité des immeubles, mais parce qu’il s’agit d’une communauté homogène rassemblée dans un même espace. La situation est différente dans les lieux où existent la mixité sociale. Chacun est influencé par ce qu’il perçoit de l’autre. Lorsque j’étais maire de Tourcoing, j’ai appliqué la mixité sociale à l’ensemble des quartiers de ma commune. Par exemple, le quartier de la bourgogne à Tourcoing, très communautarisé, qui comptait 90% de logements sociaux, va vers désormais à 40% et le centre-ville dispose désormais de 25% de ce type de logements. Ce changement prend du temps mais je suis convaincu que la mixité sociale est un outil de lutte contre le séparatisme.

Bernard Rougier. – L’esprit de la loi consiste à contenir leur action et leur influence, afin de restituer du pluralisme dans nos quartiers, dans nos écoles, dans nos salles et terrains de sport. Il convient de garantir une vraie liberté d’expression dans ces espaces menacés. À l’intérieur de nos villes et de nos quartiers, on doit pouvoir lire ce que l’on veut lire, s’habiller comme on veut s’habiller, croire ce qu’on veut croire, en respectant les valeurs fondamentales de notre socle républicain. Nos compatriotes musulmans ont tout à gagner de cet outil de lutte contre la version idéologisée de leur religion.

Mais cet outil ne pourra pas s’appliquer sans eux – à condition, encore une fois, qu’ils aient les moyens et le courage de leur émancipation face à la multitude de pouvoirs invisibles qui les contraint. L’idée est de donner des ressources à tous ceux qui, de l’intérieur de la tradition islamique, – laïcs ou religieux de statut -, luttent contre la simplification idéologique de leur foi. Ils pourront se prévaloir d’un islam de valeur et de liberté contre un islam d’ordres et d’interdictions. Mettre en valeur cet héritage est dans l’intérêt de tous, car la tolérance à l’intérieur de l’islam ouvre la voie à la tolérance dans le rapport à l’autre. J’ajouterai de façon plus générale que pour qu’il y ait une «société civile», il faut que tous les goûts et toutes les excellences soient possibles – dans le respect de la loi et de l’ordre public. Si la seule excellence socialement reconnue est l’excellence religieuse de nature islamique, il y aura alors surenchère mimétique dans les quartiers, renforcement du contrôle social et absence de pluralisme social et idéologique.

Agir sur le bâti est sûrement nécessaire, mais ne suffit pas. Il faut à présent accompagner le développement d’un tissu associatif pluraliste

Bernard Rougier

Bernard Rougier, croyez-vous que la politique de peuplement et la politique de la ville fonctionnent sur le terrain pour imposer de la mixité sociale?

Bernard Rougier. – Si la politique de la ville menée depuis 40 ans avait été efficace, nous ne constaterions pas les effets actuels. Depuis son établissement, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) a considérablement transformé l’environnement urbain en cherchant à briser les barres d’immeubles, avec des résultats souvent spectaculaires. Agir sur le bâti est sûrement nécessaire, mais ne suffit pas. Il faut à présent accompagner le développement d’un tissu associatif pluraliste. Au niveau local, on observe la mise en place d’un champ social à tonalité islamiste, reposant sur une transversalité des réseaux islamistes dans les clubs sportifs, les salles de sport, les colonies de vacances, la librairie islamique… À travers la conditionnalité des subventions publiques aux associations, on pourra réduire les risques de constitution de ces champs sociaux – à condition toutefois de disposer des instruments de contrôle, ce qui ne va pas toujours de soi dans certains régions ou départements. On a pu voir lors des dernières municipales des candidats s’appuyer sur ce système local sans se réclamer explicitement de l’islam. Leur appartenance était implicitement connue de tous les électeurs. Sera-t–il possible de lutter contre ces champs sociaux militants qui se constituent dans la sphère du religieux, du logement, du sport, de l’aide sociale et scolaire? La réside la principale problématique.

Gérald Darmanin. – Oui, il y a des moyens de lutter contre ce phénomène. Une disposition du projet de loi prévoit que dans les lieux de cultes, les associations ou les services publics, un individu dont la radicalité est affirmée, ne pourra plus exercer de responsabilités ni être embauché. Nous avons procédé à l’allongement du fichier judiciaire «Fijait» qui regroupe l’ensemble des condamnations pour complicité de terrorisme et les mises en examen, en y ajoutant «L’apologie de terrorisme». Cependant la loi ne peut condamner les individus uniquement pour ce qu’ils font et non pour ce qu’ils pensent pouvoir faire. On n’est pas dans Minority Report! C’est une garantie du système démocratique. Mais nous avons ajouté des mesures fortes, comme le préfet qui pourra désormais intervenir sous 48 heures lorsqu’un acte est suspecté d’être séparatiste. Par exemple pour les maires qui font preuve de complaisance en procédant à la réservation de créneaux de piscine pour des femmes. Nous souhaiterions élargir le champ d’intervention aux domaines administratifs des universités et des hôpitaux ou les préfets ne peuvent pas toujours intervenir.

Mais l’État n’est pas le seul responsable de la situation. La société française dans son ensemble et notamment le capitalisme français a une réelle responsabilité. Certaines entreprises utilisent le communautarisme pour faire du marketing. C’est un encouragement au séparatisme. Les patrons de ces sociétés ne sont pourtant pas des musulmans radicalisés. Ce sont parfois les mêmes qui réclament à l’État d’agir contre ce phénomène, qui commercialisent des produits à tendance communautaire. Quand le patronat, demande devant le parlement de ne pas aller trop loin dans la neutralité demandée à nos délégations de service public afin d’éviter des problèmes, je m’interroge. C’est une organisation qui doit exercer des activités dans un cadre patriotique, pour l’État français et pas uniquement dans un but lucratif. J’invite, par exemple, les entreprises à faire voter dans leurs règlements intérieurs les dispositions qui relèvent des principes de la laïcité. C’est à dire à appliquer la loi. Le patron et les syndicats de l’entreprise ont également une responsabilité sociale et patriotique.

Bernard Rougier. – Au niveau du capitalisme, il existe une économie islamiste, avec par exemple, des jouets à destination des plus jeunes, vendus par des salafistes. Ce type de capitalisme est-il acceptable? Le pèlerinage est une activité prisée des milieux islamistes et peut constituer un risque pour certains fidèles, d’importer sur le sol français des interprétations de la religion musulmane incompatibles avec la république. Concernant les agences de pèlerinage qui sont souvent dirigées par des salafistes, est-il possible de les empêcher de fonctionner comme une économie circulaire qui pousserait des catégories religieuses dans la radicalité?

Le problème n’est pas l’accueil des étrangers mais comment les faire repartir lorsque la décision de les faire quitter le territoire est prise

Gérald Darmanin

Gérald Darmanin. – Le Quai d’Orsay discute avec l’Arabie Saoudite un accord pour identifier les structures qui effectuent le pèlerinage. De manière générale, le gouvernement ne combat pas seulement l’islamisme, mais également les ingérences étrangères. L’islam est un problème français, comme Philippe Le Bel disait que l’église de France était un problème français. Dans le domaine associatif, je suis favorable à l’identification de tous les fonds étrangers pour tous types d’associations y compris les fonds de dotations, un système particulier qui permet aux associations de récupérer de l’argent. Si cette mesure est adoptée par les parlementaires, elle permettra de lutter contre les anciens membres du CCIF et de BarakaCity qui ont été des associations crées dans les années 2000, redoutables dans le processus d’islamisation des individus.

Le terrorisme prend sa source dans l’islamisme mais il est clair que l’islamisme prend sa source dans une crise de l’intégration et une immigration trop concentrée. Dans un pays confronté à une crise sociale, sanitaire, sécuritaire et culturelle, est-il encore possible d’accueillir dans de bonnes conditions de nouveaux arrivants? Ne faut-il pas limiter leur arrivée sur le territoire?

Gérald Darmanin. – Sur les 22.000 individus inscrits au fichier fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, les trois quarts sont français. Vingt-deux des 30 derniers attentats ont été perpétrés par des Français. Il peut y avoir un lien entre séparatisme, terrorisme et immigration, le drame de Nice l’a montré, mais ce lien n’est pas systématique. La fermeture des frontières ne règlera pas le problème de l’islamisation. La conception du gouvernement est différente. Entre une gauche naïve qui idéalise l’étranger par nature et une droite qui veut fermer toutes les frontières, le gouvernement estime qu’il ne faut pas juger les immigrés pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils font. De nombreuses dispositions sur l’immigration sont prévues dans le texte de la loi sur le séparatisme. L’article 4 de la loi sur le séparatisme, punira de cinq ans d’emprisonnement le fait d’user de menaces, de violences ou d’intimidation pour obtenir des règles particulières pour des motifs de croyances religieuses et les étrangers commettant ces méfaits pourront être expulsés. La même sanction de reconduite à la frontière sera appliquée aux auteurs étrangers de certificat de virginité. Le problème n’est pas l’accueil des étrangers mais comment les faire repartir lorsque la décision de les faire quitter le territoire est prise. Le système des obligation de quitter le territoire français (OQTF), les recours nombreux, et le peu de laisser passer consulaire en raison du Covid, constituent les difficultés de la politique publique de l’immigration.

La France n’est pas laxiste. Sur les 130.000 demandes d’asile enregistrées, 75% sont rejetées. Depuis le début du quinquennat, près de 500 étrangers en situation irrégulière inscrits au FSPRT ont été expulsés. Il s’agit d’une volonté politique. Par exemple, à la demande du président de la République, j’ai demandé l’application stricte des lois qui permettent de ne pas renouveler les cartes de résident concernant les personnes qui ont été condamnées pour trouble à l’ordre public. Plus de 1300 individus, en trois mois, sont concernés et ont été expulsés ou sont en cours d’expulsion, en Seine-Saint-Denis par exemple. L’État a les moyens d’agir efficacement dans ce domaine. Les mesures prises par notre gouvernement auraient probablement dû être prises il y a déjà de nombreuses années. Aujourd’hui, nous agissons face à l’urgence de la situation. Les critiques extérieures proviennent souvent des pompiers pyromanes qui ont une part de responsabilité dans la situation actuelle.

Bernard Rougier. – Auparavant les personnes d’origine étrangère qui s’installaient en Seine-Saint-Denis, la quittaient au bout d’une ou deux générations. Le département jouait un rôle de «sas». À l’heure actuelle, il devient une zone de sédentarisation définitive. Ce qui favorise le phénomène islamiste et communautariste. L’absence de mobilité territoriale, sociale, intellectuelle est un facteur essentiel, indépendamment du flux d’immigration.

Est-il déjà trop tard pour lutter contre le séparatisme islamiste?

 
 

Remise en question dans les couples mixtes.

Depuis les troubles dans les villes a population mixte israélo-arabe, les femmes juives quittent leur conjoint arabe.


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Il ne faut pas leur donner des raisons de croire qu’ils peuvent démanteler l’Etat juif. Manifestation à Lod.
Depuis les troubles dans les villes a population mixte israélo-arabe, les femmes juives quittent leur conjoint arabe.

La situation sécuritaire difficile, sous la forme de l’opération militaire dans la bande de Gaza et de la violence arabe dans les villes concernées, a créé de grandes difficultés parmi de nombreux civils menacés par les roquettes du Hamas et les émeutes à travers le pays. Mais il y a ceux qui ont profité des événements récents pour abandonner leur passé et ouvrir un nouveau chapitre dans leur vie. Yad Leachim note que bon nombre de femmes qui dirigeaient un système relativement matrimonial avec des membres de minorités ont choisi de rompre les liens avec elles en raison de la situation.

«Mon partenaire a promis de se convertir», explique S., qui avait jusqu’à récemment une relation amoureuse avec un partenaire arabe. «Mais dernièrement, je l’ai seulement entendu parler contre le peuple juif et j’ai réalisé qu’il aimait son peuple et n’avait pas vraiment l’intention de se convertir comme il l’avait promis. Je suis heureuse d’avoir compris cela à temps et d’avoir eu une opportunité de revenir en arrière».

Sapir (pseudonyme) 25 ans a grandi dans une famille religieuse et pendant son service national elle a rencontré un jeune Arabe. La relation s’est transformée en une relation amoureuse et elle était sûre d’avoir trouvé son futur mari. Suite aux incidents de violence dans les villes concernées, elle a commencé à contester son choix et en a parlé avec l’un des délégués sociaux de Yad Leachim.

«Il aime se lancer dans ces conversations», a-t-elle écrit, ajoutant qu’il est «contre la violence et tous les lynchages qui se déroulent dans le pays. Mais il ne justifie pas non plus notre côté. Comme si nous en étions la cause». Elle a poursuivi en disant qu’elle était en train de lui dire au revoir: «Lentement, je commence à choisir cela, je n’y vais pas… Tous les événements qui se produisent maintenant aident davantage à choisir notre camp, en termes d’adaptation et en termes de sionisme».

Naama (pseudonyme), 40 ans, originaire du sud du pays, a choisi de rompre avec le bédouin avec qui elle vit depuis l’âge de 20 ans. Elle a été pendant des années la seconde épouse d’une personne déjà mariée à une autre et le père de huit enfants. Même avant les émeutes, elle a décidé de le quitter après avoir reçu une proposition de mariage de sa part et leur fils commun est né. Elle avait récemment commencé à réfléchir au geste qu’elle avait fait et envisageait de retourner dans ses bras, mais les récents incidents de sécurité l’ont convaincue du contraire. «Je suis arrivée à la conclusion», écrit-elle au représentant de l’association qui l’accompagnait, «qu’ils n’ont pas la foi et qu’ils sont avec les Arabes de Gaza et pas vraiment des citoyens du pays… Je suis contente que j’ai coupé complètement ma relation avec lui».

Il y a trois réactions principales chez les patients: la répression, la séparation («ce n’est pas mon partenaire arabe, c’est eux») et la prise de conscience, explique Bruria, assistante sociale à Yad Leachim. Elle note qu’il s’agit d’une période très complexe pour les femmes qui vivaient dans la société musulmane avec leurs enfants, d’autant plus que cette fois l’opération n’a pas seulement été menée entre le Hamas et Israël mais s’est également déroulée en Israël-même dans les villes dites mixtes. L’association rappelle qu’outre la complexité à laquelle font face les femmes, ceux qui se retrouvent dans une situation problématique ‒ et sont souvent entre le marteau et l’enclume ‒ sont les enfants en commun.

Michal (pseudonyme) était en couple avec un Arabe depuis 11 ans et ils ont même eu des enfants. Elle a déclaré qu’il l’avait traitée verbalement et financièrement, l’avait enfermée chez elle, l’avait soupçonnée de tout acte qu’elle avait commis et l’avait traitée comme une «femme de chambre». Suite à son comportement, elle a choisi de le quitter avant que ses enfants ne grandissent, mais la réalité récente a aggravé la grande difficulté de sa vie. Il y a environ un an, au début de la crise de Corona, son fils aîné a décidé qu’il était intéressé à vivre avec son père dans l’une des villes concernées. Selon elle, il a été incité par son père et l’affaire s’est encore amplifiée lors de la dernière période de tensions sécuritaires. «Mon fils est avec son père et il est exposé à tout ce qui s’y passe. Toute la violence et toute l’incitation a la haine raciale», a-t-elle écrit à l’assistante sociale de Yad Leachim qui l’accompagne, elle et ses enfants. «Mon fils est très affecté par son environnement et sa famille… J’ai l’impression de le perdre complètement à cause de cette situation. Comme s’il préférait l’autre côté malheureusement. Il n’y a pas grand-chose à faire».

Yad Leachim, organisation bénévole de sauvetage des Juifs en détresse.
L’association souligne que les récents événements sont l’occasion pour de nombreuses femmes en contact avec des minorités d’affiner leurs positions et leur vision du monde et leur permettent de rompre plus facilement les liens avec celles-ci. Dans la majorité des cas, ces femmes en détresse font appel à l’organisation bénévole Yad Leachim. Les récents événements sont une bonne occasion pour nos patients de se rappeler, ainsi qu’à leurs enfants, qui nous sommes et quelle est notre identité, explique une conseillère parentale de l’association, Sufiya Ben-Pezi. «Bien sûr, nous devons contenir la complexité et nous rappeler, ainsi qu’à nos enfants, que nous ne combattons pas une personne en particulier mais la nation arabe qui essaie de nous anéantir. Mais nous devons créer pour nous-mêmes et nos enfants, dès maintenant, une identité juive fière et claire».

Remise en question dans les couples mixtes.

Il ne faut pas leur donner des raisons de croire qu’ils peuvent démanteler l’Etat juif. Manifestation à Lod.

Depuis les troubles dans les villes a population mixte israélo-arabe, les femmes juives quittent leur conjoint arabe.

La situation sécuritaire difficile, sous la forme de l’opération militaire dans la bande de Gaza et de la violence arabe dans les villes concernées, a créé de grandes difficultés parmi de nombreux civils menacés par les roquettes du Hamas et les émeutes à travers le pays. Mais il y a ceux qui ont profité des événements récents pour abandonner leur passé et ouvrir un nouveau chapitre dans leur vie. Yad Leachim note que bon nombre de femmes qui dirigeaient un système relativement matrimonial avec des membres de minorités ont choisi de rompre les liens avec elles en raison de la situation.

«Mon partenaire a promis de se convertir», explique S., qui avait jusqu’à récemment une relation amoureuse avec un partenaire arabe. «Mais dernièrement, je l’ai seulement entendu parler contre le peuple juif et j’ai réalisé qu’il aimait son peuple et n’avait pas vraiment l’intention de se convertir comme il l’avait promis. Je suis heureuse d’avoir compris cela à temps et d’avoir eu une opportunité de revenir en arrière».

Sapir (pseudonyme) 25 ans a grandi dans une famille religieuse et pendant son service national elle a rencontré un jeune Arabe. La relation s’est transformée en une relation amoureuse et elle était sûre d’avoir trouvé son futur mari. Suite aux incidents de violence dans les villes concernées, elle a commencé à contester son choix et en a parlé avec l’un des délégués sociaux de Yad Leachim.

«Il aime se lancer dans ces conversations», a-t-elle écrit, ajoutant qu’il est «contre la violence et tous les lynchages qui se déroulent dans le pays. Mais il ne justifie pas non plus notre côté. Comme si nous en étions la cause». Elle a poursuivi en disant qu’elle était en train de lui dire au revoir: «Lentement, je commence à choisir cela, je n’y vais pas… Tous les événements qui se produisent maintenant aident davantage à choisir notre camp, en termes d’adaptation et en termes de sionisme».

Naama (pseudonyme), 40 ans, originaire du sud du pays, a choisi de rompre avec le bédouin avec qui elle vit depuis l’âge de 20 ans. Elle a été pendant des années la seconde épouse d’une personne déjà mariée à une autre et le père de huit enfants. Même avant les émeutes, elle a décidé de le quitter après avoir reçu une proposition de mariage de sa part et leur fils commun est né. Elle avait récemment commencé à réfléchir au geste qu’elle avait fait et envisageait de retourner dans ses bras, mais les récents incidents de sécurité l’ont convaincue du contraire. «Je suis arrivée à la conclusion», écrit-elle au représentant de l’association qui l’accompagnait, «qu’ils n’ont pas la foi et qu’ils sont avec les Arabes de Gaza et pas vraiment des citoyens du pays… Je suis contente que j’ai coupé complètement ma relation avec lui».

Il y a trois réactions principales chez les patients: la répression, la séparation («ce n’est pas mon partenaire arabe, c’est eux») et la prise de conscience, explique Bruria, assistante sociale à Yad Leachim. Elle note qu’il s’agit d’une période très complexe pour les femmes qui vivaient dans la société musulmane avec leurs enfants, d’autant plus que cette fois l’opération n’a pas seulement été menée entre le Hamas et Israël mais s’est également déroulée en Israël-même dans les villes dites mixtes. L’association rappelle qu’outre la complexité à laquelle font face les femmes, ceux qui se retrouvent dans une situation problématique ‒ et sont souvent entre le marteau et l’enclume ‒ sont les enfants en commun.

Michal (pseudonyme) était en couple avec un Arabe depuis 11 ans et ils ont même eu des enfants. Elle a déclaré qu’il l’avait traitée verbalement et financièrement, l’avait enfermée chez elle, l’avait soupçonnée de tout acte qu’elle avait commis et l’avait traitée comme une «femme de chambre». Suite à son comportement, elle a choisi de le quitter avant que ses enfants ne grandissent, mais la réalité récente a aggravé la grande difficulté de sa vie. Il y a environ un an, au début de la crise de Corona, son fils aîné a décidé qu’il était intéressé à vivre avec son père dans l’une des villes concernées. Selon elle, il a été incité par son père et l’affaire s’est encore amplifiée lors de la dernière période de tensions sécuritaires. «Mon fils est avec son père et il est exposé à tout ce qui s’y passe. Toute la violence et toute l’incitation a la haine raciale», a-t-elle écrit à l’assistante sociale de Yad Leachim qui l’accompagne, elle et ses enfants. «Mon fils est très affecté par son environnement et sa famille… J’ai l’impression de le perdre complètement à cause de cette situation. Comme s’il préférait l’autre côté malheureusement. Il n’y a pas grand-chose à faire».

L’association souligne que les récents événements sont l’occasion pour de nombreuses femmes en contact avec des minorités d’affiner leurs positions et leur vision du monde et leur permettent de rompre plus facilement les liens avec celles-ci. Dans la majorité des cas, ces femmes en détresse font appel à l’organisation bénévole Yad Leachim. Les récents événements sont une bonne occasion pour nos patients de se rappeler, ainsi qu’à leurs enfants, qui nous sommes et quelle est notre identité, explique une conseillère parentale de l’association, Sufiya Ben-Pezi. «Bien sûr, nous devons contenir la complexité et nous rappeler, ainsi qu’à nos enfants, que nous ne combattons pas une personne en particulier mais la nation arabe qui essaie de nous anéantir. Mais nous devons créer pour nous-mêmes et nos enfants, dès maintenant, une identité juive fière et claire ».

Michel Serres, Jean de la Fontaine et Ésope

La Fontaine. Edité et présenté par Jean-Charles Darmon, Le Pommier, 2021.

 

par Maurice-Ruben HAYOUN

Qui ne connaît, qui ne se reconnaît parmi les Français  en Jean de la Fontaine,? Depuis l’enseignement primaire, suivi des cours au lycée, nous avons tous été imprégnés par l’esprit, l’ironie, la finesse des fables de La Fontaine. Et avons appris par cœur les moralités de ses petites histoires … Certains vont jusqu’à dire : La Fontaine, c’est la France ! La Fontaine en France est comparable à Homère en Grèce, l’un fut l’instituteur de la culture hellénique e t l’autre en fit de même pour la culture française classique.
C’est ce génie si français et si universaliste à la fois qui a inspiré Michel Serres depuis de longues années. On apprend même qu’il envisageait de consacrer un livre à ce héros moraliste qui l’accompagnait depuis le temps de ses premières études. Comme l’indique le bandeau rouge de la couverture, entre Michel Serres et La Fontaine, c’est une rencontre par-delà le temps… Et les Fables de La Fontaine sont pas ce qu’elles semblent être. Elles procèdent à un renvoi, à des références où le lion remplace le roi, le renard le malin, le rusé et l’âne la victime innocente. C’est une sorte de théâtre où chaque être / animal joue son rôle, incarne ce qu’il peut représenter dans la vie réelle.
Jean de La Fontaine nous rappelle avec une certaine résignation que peu de chose sépare vraiment l’homme de l’animal, qu’il reste prisonnier de ses passions et n’a pas toujours annihilé l’animalité en lui. Et se trouve soumis aux mêmes contraintes ; se nourrir, dominer les autres, se préserver de tout danger qui le menace, distinguer entre ce qui est bon et ce qui ne l’est point. Sur tous ces sujets, l’homme développe les mêmes réactions que l’animal. Ce qui rend toute sa légitimité à la méthode de Jean de la Fontaine : donner la parole à des animaux, comme si cela allait de soi.
Aux fables en général, le nom d’Esope est indéfectiblement lié. Pourtant, le présentateur parle à juste titre d’un palimpseste qu’il convient de gratter pour découvrir des couches, des strates plus anciennes, ne masquant pas entièrement la précédente écriture ; c’est ainsi que Michel Serres s’en réfère aussi à un lointain auteur babylonien, L’histoire d’Abikar… sur lequel un célèbre orientaliste de notre temps, André Dupont-Sommer, avait attiré l’attention des chercheurs.
Certes, La Fontaine ne fut pas le premier à réussir cette métamorphose des hommes en animaux, incarnant tant de postures humaines. Il y a derrière cette métamorphose un présupposé philosophique : en quoi notre âme humaine diffère–t-elle de celle des animaux ? Peut-être que l’homme partage avec l’animal l’instinct de vie, les facultés regroupées dans l’âme animale, et sans lesquelles aucune existence physique ne serait possible ? Ce qui mettrait à égalité l’homme et l’animal, au moins à un niveau élémentaire.
La Fontaine n’aurait pas eu le même succès ni la même longévité s’il s’était contenté de dépeindre ses contemporains sous leur forme habituelle, c’est-à-dire simplement humaine. Les craintifs, les méchants, les rusés, les profiteurs, les courtisans et les courtisanes, bref toutes les catégories de l’espèce humaine. Il a choisi la transposition et la métamorphose, et il a réussi son pari, puisque, comme on le disait plus haut, chacun saisit ces assimilations hommes / animaux : sans vouloir forcer le trait, les mêmes passions animent les uns et les autres. Ce qui pose le problème de l’éthique.
La Fontaine poursuit l’objectif de neutraliser par la comparaison la bestialité qui existe en nous, même dans les sociétés les plus policées, les plus évoluées ; il existe un tribut que l’humanité doit acquitter pour faire semblant. C’est de ce point de vue que les Fables de La Fontaine recèlent un je ne sais quoi d’universel. C’est l’essence même de la culture française proprement dite. Et même le fabuliste le plus connu et le plus célèbre a dû emprunter, travailler des sources allogènes avant de se constituer lui-même. Lisons ce que dit Michel Serres en parlant de généalogie culturelle : Et en général, une culture se construit au carrefour d’autres cultures et ne découvre sn essence qu’en s’ouvrant à tous les vents…
La Fontaine, en choisissant son mode d’expression qui évite la conceptualisation, l’abstraction et en optant délibérément pour la profonde sagesse populaire, a conquis à la fois les doctes et les simples. La moralité qu’il tire des fables qu’il raconte se saisit facilement et se retient bien au point de donner naissance à des dictons. Prenons succinctement l’exemple de La laitière et le pot au lait… Toutes les classes sotiacales peuvent en faire leur profit. Aucune connaissance profonde n’est exigée au préalable pour saisir contre quoi on nous met en garde. L’expression on ne vend pas peau de l’ours avant de l’avoir tué veut bien dire ce qu’elle veut dire : ne placez pas la charrue avant les bœufs. Et il en est de même pour la jeune laitière qui apprend à ses dépens qu’il faut avoir les pieds sur terre avant de bâtir des châteaux en Espagne… Cela nous met en garde contre la précipitation, les lois d’airain du réel, la nécessité de changer son opinion sur le monde si on ne peut changer le monde.
Comment définir ces amers, ces poèmes ? Je pensais, pour ma part, à de simples récitations apprises par cœur à la demande de nos instituteurs. Le style en est très dépouillé, accessible à tous et ne vise aucune esthétique stylistique. La Fontaine veut éduquer ses lecteurs et leur inculquer quelques principes de vie. Ne jamais se surévaluer, ne pas écouter les éloges des flatteurs qui vivent à vos crochets, ne pas se croire aussi grosse que le bœuf quand on est une grenouille, etc…
La Fontaine fait parler les animaux, on ne s’en rend même plus compte car cela nous rappelle que nous sommes des animaux dotés de la parole. Mais qui dit parler ne se limite pas nécessairement au langage articulé dont nous disposons. Voir Francis Kaplan, Des animaux et des hommes sur ce point précis. Est-ce qu’à sa façon l’animal (le chien, le chat) ne parle pas ? Les animaux ne ressentent- ils rien, comme nous ? Ne s’attachent-ils pas ? Comment expliquer alors les aboiements de joie du chien fidèle qui retrouve son maître qui lui manquait ?
Lorsque les animaux parlent dans les fables, on s’assimile encore plus facilement à eux. Et dans ses développements Michel Serres nous le fait bien sentir. Les animaux semblent avoir les mêmes passions que nous, et c’est un facteur qui favorise l’apparentement, le rapprochement. Lorsque le renard veut berner un autre animal, visiblement moins rusé que lui, il sait ce qu’il faut faire. Et nous en faisons de même en voulant obtenir quelque chose de quelqu’un dont nous commençons par chercher la faille, le défaut de la cuirasse. Exemple : féliciter une femme sur sa beauté, sur sa prétendue intelligence et sur sa grâce, même largement inexistantes et imaginaires, vous permet d’obtenir d’elle ce que vous voulez. Eh bien, c’est la même chose, tant chez les hommes que chez les animaux…
La Fontaine, nous dit Michel Serres, a eu le bonheur d’écrire à une époque où le vrai se détachait continuellement du faux. Et comment les savoirs scientifiques pénètrent-ils au sein des hommes ? Par le monde des fables, et donc des animaux. Finalement, on vit ici la définition d’une philosophie de la nature et de la biologie, mais suivies évidemment d’une moralité, d’une philosophie qui les rend accessibles à tous. L’érudition ne constitue plus une infranchissable barrière pour ceux qui ne savent pas. La fable est ouverte à tout le monde et son sens peut être perçu par tous. Nous l’avons déjà souligné au début de notre propos.
On peut lire à la in de ce volume un résumé d’une dizaine de pages intitulées La vie d’Esope. C’est un subtil mélange de poésie et de vérité. C’est là qu’on découvre la sagesse oraculaire d’Esope autant que sa laideur repoussante, à en croire les témoignages dans cette biographie. C’est de lui que vient la fameux adage, la langue est la meilleure et la pire des choses. Desservi par cette laideur incroyable, Esope brille, cependant, par son esprit. Il est vendu en tant qu’esclave à un philosophe qui l’achète presque pour rire. Mais il ne tardera pas à découvrir que cet esclave qui n’en fait qu’à sa tête va le sauver de bien des situations difficiles. Finalement, il arrivera à arracher son affranchissement et mener une existence de voyages, d’aventures diverses. Il jouira de l’estime de tous, même si certaines déclarations imprudentes lui couteront la vie.
Mais sa sagesse, elle, demeure et il a inspiré notre Jean La Fontaine national…

Pourquoi l’islam de France se déchire

Une fois de plus le ministère de l’Intérieur tente une opération de déminage pour renouer les fils cassés de l’islam de France.

Ce samedi, Gérald Darmanin reçoit les trois responsables du CFCM pour tenter de les réconcilier sur le projet de Conseil national des imams.

L’imam, Cheikh Djelloul Bouzidi et le recteur de la Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, lors d’une visioconférence avec Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, à Paris. Bardos Florent/ABACA/Bardos Florent/ABACA

Une fois de plus le ministère de l’Intérieur tente une opération de déminage pour renouer les fils cassés de l’islam de France. Samedi 9 janvier, le ministre, Gérald Darmanin, a reçu individuellement plusieurs hauts responsables religieux musulmans, fâchés les uns contre les autres, pour les prier de s’entendre. Ce samedi, c’est ensemble qu’il doit les recevoir: Mohammed Moussaoui, d’origine marocaine, président du Conseil français du culte musulman, maître Chems-Eddine Hafiz, d’origine algérienne et recteur de la Grande Mosquée de Paris et vice-président du CFCM et l’autre vice-président, Ibrahim Alci, d’origine turque.

C’est un léger progrès. Ces responsables religieux qui paraissaient irréconciliables, en l’occurrence Hafiz et Moussaoui, acceptent de se parler autour d’une table ministérielle, mais la partie semble plus ardue que jamais. «L’islam de France», une dénomination qui s’est imposée peu à peu depuis 2003 avec la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) par Nicolas Sarkozy, arrive en effet à une heure de vérité. Si l’unité n’est pas retrouvée dans les semaines qui viennent – c’est l’enjeu de la réunion de ce samedi Place Beauvau – «l’islam de France» sombrera dans l’échec car il ne sera plus «de France».

Car cette fois, le conflit ne porte pas sur un point de détail mais sur une option cruciale. Le 18 novembre dernier, le président de la République a en effet demandé aux musulmans de choisir clairement entre un islam à la française ou un islam des origines. «Soit vous êtes avec la République, soit vous n’êtes pas avec la République», avait-il lancé. Ce dilemme a fini par provoquer l’explosion de l’unité affichée en obligeant de facto les uns et les autres à se découvrir.

Ce qui a conduit le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, avocat de profession, vice-président du CFCM et prochain président de cette structure dans un an, à claquer la porte des négociations le 28 décembre 2020 de façon «irrévocable». Il voulait protester contre «la composante islamiste» au sein du CFCM qui veut faire prévaloir une vision rigoriste de l’islam aux ordres de «régimes étrangers hostiles à la France».

Comment en est-on arrivé là ? Pour l’Élysée, l’enjeu était d’accompagner la « loi confortant le respect des principes de la République », un temps surnommée « loi sur le séparatisme islamique » par un « Conseil national des imams » (CNI) contrôlé par toutes les instances religieuses concernées, dont le CFCM. Ce CNI doit « labelliser » les imams exerçant en France, afin de garantir la promotion d’un islam respectueux des valeurs de la République.

Il s’agit d’en finir avec les « imams détachés  », ces religieux payés par des pays comme l’Algérie, la Turquie ou le Maroc, pour conduire la prière des communautés musulmanes en France. Les 2400 lieux de culte musulmans en France sont accompagnés par 1800 imams environ, dont 20% seulement seraient français.

La situation n’a jamais été aussi confuse depuis la création du CFCM en 2003

Kamel Kabtane, CO-FONDATEUR DU CFCM avec d’autres et recteur de la mosquée de Lyon

Dans les cartons du CFCM depuis des années, ce Conseil des imams a été relativement facile à bâtir. Il était même sur le point d’être adopté courant décembre. Organisé sur un mode neutre, le statut d’imam faisait consensus: description du poste, prérequis de formation dont la maîtrise de la langue française, mode de recrutement, validation du recruté, etc.

Mais ce qui a créé la crise a été la volonté – semble-t-il d’Emmanuel Macron, appuyée par une partie du CFCM – de doter le Conseil national des imams d’une «charte de référence», pour définir précisément le statut de religieux musulman, promoteur de l’islam, mais dans le cadre de la laïcité telle que la République française la voit. Cette dualité a mis le feu aux poudres. Kamel Kabtane, qui fonda le CFCM avec d’autres, et aujourd’hui recteur de la mosquée de Lyon, constate: « La situation n’a jamais été aussi confuse depuis la création du CFCM en 2003 ». C’est dire.

Quels sont les points d’achoppements? Sur le plan technique, il y en a cinq: priorité de la mission de l’imam, République et islam ; liberté de conscience ; égalité homme-femme, crimes contre l’humanité, islam politique. Mais sur le fond, c’est toujours la même question qui bloque. Ce qui explique d’ailleurs que toutes les chartes de l’islam de France adoptées depuis vingt ans – la plus récente remonte à 2017 – ont toutes été vouées à l’échec.

Ce grain de sable qui bloque les rouages complexes et contradictoires de l’islam de France – pourtant huilés avec soin par les gouvernements successifs – s’appelle… la laïcité républicaine. Il devient une montagne quand la frontière infranchissable entre l’influence des religions sur la politique, et donc sur la société, est fermement rappelée. Sur le plan théologique, l’islam est un tout. Il ne connaît pas de «séparation» entre vie religieuse et vie publique, même si beaucoup de nuances existent.

Qui est à la manœuvre? Au-delà des interprétations et des procès d’intentions qui ont fusé de tous les bords, il apparaît qu’en quittant avec fracas la négociation, celui qui a sciemment provoqué la crise est le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz. Sans aucune ambiguïté sur le choix républicain, il a voulu par ce geste protester contre l’influence de plusieurs courants fondamentalistes sur la charte.

Ce faisant, il a mis en difficulté l’actuel président du CFCM Mohammed Moussaoui. Cet homme de la synthèse doit tenir ensemble les neuf fédérations musulmanes composant le CFCM. À juste titre, Moussaoui s’est donc défendu: «Je ne peux laisser dire que le texte de la charte validé le 15 décembre 2020 aurait été vidé de sa substance. Car aucune modification ne lui a été apportée depuis sa validation par toutes les fédérations participantes au processus, dont la Grande Mosquée de Paris.»

L’acte de rupture posé par Hafiz ne visait toutefois pas la personne de Moussaoui mais la montée de l’influence de trois courants, membres effectifs du CFCM que la Grande Mosquée de Paris connaît bien pour avoir déjà travaillé avec eux: le mouvement Musulmans de France (ex-UOIF) issu historiquement des Frères musulmans, Foi et Pratique du mouvement Tabligh, très implanté au Pakistan, et Milli Görüs, d’origine turque, dont l’islam total pousse la Turquie à remettre en cause ses conquêtes de la laïcité. Concrètement, ces trois mouvements ont pesé sur la révision du passage de la charte sur l’islam politique. Ils ont aussi repoussé un paragraphe qui entendait encourager le rôle de l’école publique.

Un autre déclic de la crise a aussi été le lancement discret mais parallèle d’une contre-chartre préparée par un nouveau « Collectif des musulmans de France» (CMF) regroupant ces trois mouvements et deux responsables régionaux du RMF (Rassemblement des musulmans de France). Tous appartiennent au CFCM. Sauf un certain Marwan Muhammad, ennemi juré du CFCM, très actif et ancien leader du Collectif contre l’islamophobie en France, que le gouvernement a dissous.

Cette « charte des valeurs du Conseil national des imans» concurrente ne court pas après la difficile synthèse entre l’islam et la République. Elle pose comme fondement l’islam comme tel, dans son identité la plus pure: « Croire en l’existence et l’unicité d’Allah, aux Prophètes et aux Livres envoyés par Lui» avec «la dévotion au Coran, à la Sunna » notamment. « Dans le cadre de la Constitution française » certes, qu’elle promet de respecter. Mais en échange d’une « neutralité » de l’État, qui doit laisser aux musulmans de France « la possibilité de pratiquer librement leur religion » car l’islam doit rester l’islam. Dans cette charte, le mot « République » n’apparaît pas.

Mosquées séparatistes: enfin la fermeté?