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Archives mensuelles : décembre 2020

«Musulmans de France», Tabligh, Millî Görüs: exiger la liberté de conscience

« Charte des valeurs »: le projet de texte préparé par le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) bloque sur la liberté de conscience. Trois des principales associations islamiques de France viennent de démontrer qu’elles n’ont pas leur place sur notre sol. En refusant de reconnaître la plus fondamentale de toutes les libertés garanties par la constitution, elles s’affirment comme des ennemies de la France. Par  Aurélien Marq

Plus encore : par cette opposition à l’un des droits les plus absolus qui soient, elles se proclament ennemies de toute dignité humaine, où que ce soit. Ne pas les interdire, ne pas les combattre, c’est cautionner le totalitarisme théocratique et son cortège d’horreurs.

De quoi s’agit-il concrètement ? Comme l’explique Mohamed Sifaoui dans son excellent article pour le JDD, lors des travaux visant à élaborer un projet de « charte des valeurs » à soumettre au gouvernement, trois associations ont notamment refusé de valider la condamnation des idéologies hostiles à la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Et il semble bien que, comme il y a vingt ans, l’un des points clefs soit la reconnaissance du droit à l’apostasie.

Le droit de changer de croyance

« Musulmans de France » (MF, l’ex-UOIF, très proche des Frères Musulmans), Foi et Pratique (le Tabligh), et le Milli Görüs (mouvement turc à la fois rival et complice des réseaux du néo-sultan islamiste Erdogan), tous trois soutenus sans surprise par L.E.S.Musulmans de Marwan Muhammad, confirment ainsi qu’ils voudraient refuser l’exercice de la liberté de conscience à nos concitoyens musulmans – et ne nous leurrons pas, à toute l’humanité s’ils en avaient le pouvoir.

Contrairement à ce que répètent à l’envie ceux qui édulcorent et trahissent la laïcité, l’enjeu n’est pas seulement le « droit de croire ou de ne pas croire », mais le droit de changer de croyance. Le droit non de pratiquer la religion de ses parents, mais de choisir sa religion – ou de décider de n’en avoir aucune – et le droit de changer d’avis, d’hésiter, de douter, de ne rendre compte à personne de son rapport intime avec le Divin et avec les croyances au sujet du Divin. L’enjeu, c’est que contrairement à ce que prétendent ceux qui assimilent la critique d’une religion à du racisme dans le but évident d’interdire cette critique, la religion demeure un choix, libre et responsable.

MF (et plus généralement les Frères Musulmans), le Tabligh et le Millî Görüs promeuvent des idéologies qui ne sont pas seulement contraire aux principes de la République, aux fondements de la France et aux valeurs de notre civilisation, mais à toute forme de civilisation digne de ce nom, ici ou ailleurs. Ce ne sont que des têtes différentes de cette hydre qu’est l’islam théocratique : tout compromis avec elles est une compromission avec l’abomination totalitaire.

Dans la quasi-totalité du monde islamique, l’apostasie est punie

Bien sûr, le mal est beaucoup plus profond que ces trois mouvements et leurs soutiens. Aussi, si les récentes déclarations de la Grande Mosquée de Paris permettent d’espérer, il convient de garder à l’esprit que ses motivations sont multiples, et de rester extrêmement vigilants.

Dans la quasi-totalité des pays musulmans, l’apostasie est punie par la loi : prison, perte totale ou partielle des droits civiques, confiscation des biens, annulation des mariages, et dans 10 pays au moins le code pénal prévoit même la peine de mort (Afghanistan, Arabie Saoudite, Brunei, Émirats Arabes Unis, Iran, Malaisie, Maldives, Mauritanie, Qatar, Yémen), sans compter ceux qui parviennent au même résultat en assimilant l’apostasie à un blasphème et punissent de mort le blasphème (on pense notamment au Pakistan).

On remarquera, et c’est fondamental, que l’islam est aujourd’hui la seule religion au monde au nom de laquelle des états criminalisent ainsi l’apostasie. La seule. Et ce refus acharné de reconnaître la dignité humaine n’est pas marginal : au sein du « monde musulman », il est la généralité, la norme.

Ainsi, l’actuel Grand Imam d’Al-Azhar (qui ne représente évidemment pas l’islam dans son ensemble, mais que dont nul ne peut prétendre qu’il n’aurait « rien à voir avec l’islam ») rappelait en 2016 que les quatre grandes écoles juridiques de l’islam sunnite sont unanimes pour prévoir la condamnation à mort des apostats. Et il refusait de se désolidariser de cette unanimité, esquivant depuis les questions à ce sujet en prétendant qu’elles seraient sans intérêt.

Si en France certains courants de l’islam trouvent la force de s’arracher à ce poids terrible et de reconnaître enfin, sans la moindre ambiguïté, le droit à l’apostasie, tant mieux ! Ce sera une chance pour l’islam de devenir une véritable religion, et non un obscurantisme étouffant. Une chance pour l’islam de ne plus servir un dieu-tyran pervers, mais un dieu respectueux de la dignité et de la liberté des êtres. Une chance pour l’islam de comprendre que la foi n’est pas affaire de croyance mais de confiance, et que la confiance – comme le respect ou l’amour – ne se commande pas, et ne peut exister que si elle est libre, librement donnée.

Être lucide sur notre erreur passée, entamer un rapport de force difficile

Aujourd’hui plus que jamais, toutes les religions doivent s’emparer de ce sujet. Si elles ne le font pas, elles se détournent de leur objet véritable : le refus de la liberté de conscience et de pensée, tout comme le refus de la critique éthique et rationnelle, condamne une religion à n’être plus qu’une idolâtrie d’elle-même. Si elles ne le font pas, elles se rendent complices des bourreaux de ceux qui, nés dans une famille d’une autre confession, entendent pourtant l’appel de leurs dieux – et par là, elles trahissent les dieux qu’elles prétendent servir. Je pense bien sûr en premier lieu au Pape François, fier de se présenter comme l’ami d’un Grand Imam qui cautionne la mise à mort des musulmans voulant se tourner vers le Christ : on est bien au-delà du simple paradoxe ou de la naïveté.

Le gouvernement français peut aujourd’hui réparer la grave erreur de jadis, lorsqu’en 1999/2000 on accepta de supprimer de la charte du futur CFCM l’obligation de reconnaître le droit de changer de religion – déjà cette question fondamentale de l’apostasie. Les mises en garde de Leïla Babès et Michel Renard se sont avérées depuis d’une terrible lucidité, et d’une douloureuse exactitude. À l’époque, la complaisance de l’État était une erreur. Majeure et aux funestes conséquences, mais sans doute de bonne foi. La répéter aujourd’hui serait en revanche une faute : stratégique, politique, morale.

Interdire sur notre sol MF, le Tabligh, le Millî Görüs et tous les courants de l’islam qui refuseront de  défendre le droit à l’apostasie – ainsi que leurs multiples soutiens et affidés – exigera un véritable rapport de force. Il y aura contre nous des campagnes de dénigrement bien pires que tout ce qui a suivi la mort de Samuel Paty et notre réaffirmation de la liberté d’expression. On nous accusera « d’islamophobie » et de « racisme anti-musulmans », alors que justement l’appartenance religieuse n’est pas un caractère hérité mais un choix, et que nous ne ferons rien d’autre que proclamer que les musulmans, comme tous les citoyens, comme tous les êtres humains, ont droit à la liberté de conscience. Certains pays diffuseront la haine de la France, le risque d’attentats jihadistes sera accru et beaucoup de nos « alliés » resteront spectateurs, paralysés par le soi-disant progressisme, qu’on l’appelle « woke », décolonial, politiquement correct, peu importe. Ce sera difficile, par moments épuisant, assurément dangereux, mais la liberté est à ce prix. Et ne rien faire serait, à moyen et long terme, infiniment plus dangereux encore.

« Il n’y a pas de bonheur sans liberté, il n’y a pas de liberté sans courage » disait Périclès. Face à un totalitarisme aux ambitions mondiales, le choix est simple : se soumettre ou combattre.

Algérie-Maroc : la bataille pour la suprématie relancée

Ça passe ou ça casse en 2021.

La désunion qui règne entre le Maroc et l’Algérie pourra-t-elle résister à la crise économique et à l’exigence démocratique ? Par

Face au coronavirus, les Algériens champions de la solidarité

Ils s’organisent en réseaux de solidarité particulièrement efficaces

Préparer des repas, fabriquer des masques, désinfecter les lieux publics… Face à la faiblesse des infrastructures capables de prendre en charge les malades de COVID-19, les Algériens s’organisent en réseaux de solidarité particulièrement efficaces

À Bab el-Oued, quartier populaire d’Alger, un flacon de désinfectant a été scotché autour d’un pilier (AFP). Par Selma Kasmi

Un étage entier avec des lits, des respirateurs artificiels et tout le matériel nécessaire pour prendre en charge les patients touchés par le nouveau coronavirus. Ce n’est pas sans fierté que Halim Lefkir, 29 ans, a posté sur Facebook la photo de la salle de soins aménagée au Centre hospitalo-universitaire de Blida, ville au sud d’Alger, épicentre du COVID-19, placée sous confinement total depuis le 23 mars.

Une victoire rendue possible « grâce à des donateurs anonymes, particuliers et entreprises », souligne le militant associatif, membre coordinateur du groupe Section logistique solidarité Alger coronavirus.

Ce groupe de professionnels bénévoles, venus de tous les corps de métier, vivant en Algérie ou à l’étranger, s’est formé « dès les premières semaines de la propagation du virus en Chine », témoigne encore Halim Lefkir à Middle East Eye.

« Notre objectif : sensibiliser et organiser la préparation, l’anticipation et le renforcement des capacités logistiques des structures de santé. Nous sommes également en train de développer des bases de données permettant de suivre l’évolution de cette pandémie dans chaque partie du territoire national. » 

Ce chef d’entreprise dans l’événementiel se sert de son expérience dans la gestion pour organiser des collectes de dons et de données, en comptant sur de solides collaborateurs locaux et de la diaspora. Une cagnotte en ligne a permis de récolter en dix jours plus de 17 000 euros.

Un des pays les plus vulnérables d’Afrique

L’Algérie compte en ce début d’avril le plus grand nombre de personnes décédées du COVID-19 en Afrique avec, officiellement, 152 morts sur les 1 320 personnes atteintes.

Le plus grand pays d’Afrique serait aussi l’un des plus vulnérables face cette pandémie, à en croire une étude de l’Institut français de santé et de recherches médicales (INSERM), en raison, notamment, de la faible qualité de ses infrastructures.

L’État algérien, qui a reçu des lots de matériel de protection et produits sanitaires de la Chine, avait alloué, le 15 mars, plusieurs millions de dollars à l’importation de matériel médical. Selon le site Ménadefense, le pays a même mobilisé ses avions militaires stratégiques pour ramener les cargaisons de Chine.

Pour tenter de compenser ces lacunes, les Algériens du pays et de la diaspora se mobilisent. Les initiatives, les campagnes, les collectes pour augmenter la capacité des hôpitaux et s’assurer une disponibilité des outils de protection et même des aliments de base pour les familles les plus démunies se multiplient. 

Akram, un militant associatif de 30 ans, suit le développement du coronavirus depuis la mise en quarantaine de la ville de Wuhan en Chine, fin janvier.

Le hirak algérien en temps de coronavirus, le grand dilemme entre santé et liberté.

Pour ce jeune activiste du hirak (mouvement de mobilisation qui a obtenu la démission d’AbdelazizBouteflika), le plus difficile, les premières semaines, était de sensibiliser à la nécessité de suspendre le hirak avant que le virus se propage. 

« Étant donné le nombre restreint de centres d’analyse et de diagnostic, et au regard du doute qui plane et planera toujours sur le nombre exact des personnes atteintes, nous nous sommes employés, avec un groupe de bénévoles, à préparer la collecte de masques, de blouses pour les médecins, de gants et de gels hydroalcooliques pour palier toute éventuelle pénurie », souligne à MEE ce jeune cadre du secteur public. 

Comme il faisait déjà partie d’associations actives dans le domaine de la santé, Akram a recouru à ses réseaux pour lancer des appels à la collecte de dons. Il a même organisé des opérations de désinfection des centres de santé et autres lieux publics.  

Craindre le pire

« Lorsque nous sommes appelés à désinfecter des endroits, nous nous débrouillons, chacun de son côté, pour apporter du matériel. Malheureusement, le manque de moyens limite notre portée devant les besoins sans cesse grandissants. Nous faisons de notre mieux sans pour autant nous voiler la face. La courbe ascendante des cas enregistrés nous pousse à craindre le pire ! », appréhende-t-il. 

Grâce à des dons anonymes, d’autres hôpitaux du pays ont pu être équipés, à l’instar du CHU de Béjaïa (Kabylie) qui a reçu  des générateurs respirateurs artificiels.

Des dons en matériel médical, dont six appareils respiratoires, sont également arrivés jusqu’à Oran depuis les wilayas (préfectures) de l’est du pays.

« Nous avons réquisitionné des ateliers de production de blouses, de masques et de gel que nous sommes en train de doter en matière premières », poursuit Hakim Lefkir, qui affirme que son groupe est en phase d’importer 150 000 tests de dépistage du COVID-19 de Chine. Pour cela, il dit compter sur l’expérience de transitaires et des professionnels établis en Chine depuis plusieurs années.

« Pour nous assurer de la qualité du matériel et des tests que nous importons et éviter toute éventuelle arnaque, nous collaborons avec des professionnels ayant une grande expérience en Chine ou des professionnels qui exercent depuis longtemps dans l’import-export, et qui ont une bonne réputation auprès de leurs partenaires dans les deux pays », assure-t-il.

Coronavirus et hirak algérien : des effets secondaires à haut risque ! 

Dans la commune balnéaire de Ain Taya (à l’est d’Alger), Rachid, 46 ans, s’applique avec sa femme et ses deux enfants à fournir chaque jour des repas au personnel soignant des hôpitaux de sa région et du centre d’Alger. 

« Nous comptons sur la générosité d’un donateur anonyme qui s’est engagé à payer l’équivalent de 310 repas par jour, que nous préparons, ma femme, mes enfants et moi. Ces repas sont ensuite distribués dans les hôpitaux, les centres de santé, les brigades de gendarmerie et autres centres de sécurité, puisque les magasins et les restaurants sont fermés », affirme ce conseiller en entreprise. 

Sur les réseaux sociaux, de nombreux Algériens proposent aussi d’assurer gratuitement le transport des employés du secteur de la santé. D’autres mettent des lieux d’hébergement à la disposition des personnels soignants vivant loin de leur lieu de travail.

« J’ai aménagé mon appartement situé à Cherchell [à l’ouest d’Alger], afin qu’il accueille jusqu’à dix personnes. J’héberge déjà des médecins et des réanimateurs », raconte à MEE Mohamed Chabla, DJ de 35 ans.

« Avant, j’avais informé les habitants de l’immeuble. J’avais peur qu’il y ait des oppositions face au risque éventuel de contamination. Mais mes voisins ont bien réagi en s’engageant même à fournir le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner aux soignants et à leur nettoyer la maison chaque jour ! »

Désigner cinq personnes dans chaque quartier

El Hadi Lassouli, fermier et agriculteur dans l’Algérois, opte de son côté pour une solidarité de proximité envers les familles qui se retrouvent sans ressources. Pour cet activiste du hirak, la mobilisation se poursuit naturellement en action solidaire citoyenne.

« Nous sommes nombreux à militer actuellement à travers des gestes de solidarité. Aujourd’hui par exemple, des professeurs d’université ont organisé une collecte que nous avons transmise à des activistes, qui, de leur côté, ont acquis des denrées de première nécessité pour des familles nécessiteuses », raconte-t-il à MEE.

El Hadi et son groupe comptent sur les représentants des quartiers pour l’approvisionnement des familles qui en ont le plus besoin.

« Nous encourageons les bienfaiteurs à suivre un concept très simple : désigner cinq personnes dans chaque quartier. Deux recensent les besoins et en font un devis, et les trois autres collectent, achètent et distribuent. La solidarité de proximité est aussi importante qu’efficace, car chacun connaît les besoins de son quartier ou de sa localité. »

Ces dernières semaines, des caravanes de solidarité ont été lancées en direction des villages les plus reculés d’Algérie ou d’autres villes confinées.

Sur cette vidéo, une caravane de douze camions de denrées alimentaires, partie de Biskra (est du pays), arrive à Blida (au sud d’Alger), épicentre de la maladie.

Depuis le 5 avril, les mesures de confinement ont été étendues à l’ensemble des préfectures du pays et rallongé de 15 h à 7 h pour plusieurs régions, dont Alger.

“Tant que l’on refusera de traiter les questions de fond…

…on aura des émeutes”

La vague de « violence » des quartiers dits « sensibles » est le produit d’un processus de ghettoïsation que la société française refuse de voir, et d’un sentiment d’impasse et d’humiliation des jeunes. 

Un entretien avec Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherches au Cnrs, repris du site de l’Observatoire des inégalités [1], suivi d’un article d’Akram Belkaïd qui écrit dans Le Quotidien d’Oran que « cela devrait interpeller Nicolas Sarkozy ».

Comme d’autres analystes de la situation des « banlieues », j’avais annoncé que, la situation ne s’étant guère améliorée depuis 2005 (dans certains domaines elle a même empiré), les mêmes causes produiraient les mêmes effets. C’est-à-dire que d’autres émeutes auraient lieu selon le même schéma : la mort de jeunes en relation avec une opération de police. En 2006, il y a déjà eu des mini-émeutes dans plusieurs quartiers (à Montfermeil, à Montpellier) et des incidents très graves dans beaucoup d’autres (par exemple aux Mureaux), tous classés en « ZUS » (zones urbaines sensibles). Cela continue donc. Et on ne voit pas pourquoi cela s’arrêterait puisqu’aucune des causes n’a disparu.

Après 2005, avec l’équipe de recherche qui a fait le livre Quand les banlieues brûlent, nous avions identifié quatre problèmes cruciaux : 1) les relations catastrophiques avec la police, 2) le niveau de l’échec scolaire et le ressentiment envers l’école, 3) le niveau du chômage des jeunes, y compris lorsqu’ils sont qualifiés et 4) le statut global de la population dite « issue de l’immigration » dans la société française. Ils sont toujours là, et ils nourrissent toujours en permanence dans ces quartiers des sentiments de colère, d’injustice, d’exclusion, d’humiliation et de ce que j’appelle la « victimation collective ».

Les conflits entre une partie de la jeunesse et la police sont permanents. Ils se cristallisent sur la violence des modes d’intervention de la police. Après 2005, on aurait pu penser que la question de la police de proximité allait être remise à l’ordre du jour. Cela n’a pas été fait. A la place, Nicolas Sarkozy a au contraire décidé d’affecter en permanence des compagnies de CRS dans les quartiers. C’est le contraire de la police de proximité…

Le quotidien, c’est celui des contrôles d’identité incessants que les jeunes perçoivent comme des contrôles au faciès et comme des humiliations. C’est aussi le jeu du chat et de la souris entre les jeunes qui roulent en scooter ou en moto (sans casque et parfois de façon dangereuse pour les piétons) et les policiers, comme celui qui a peut-être conduit au drame de Villiers-le-bel (on verra ce que conclut l’information judiciaire). Il y a là un cercle vicieux qui s’est installé depuis des années, dans lequel les policiers sont piégés eux-mêmes et que pratiquement aucun responsable politique n’a le courage de dénoncer comme tel car cela supposerait une réforme sérieuse de l’organisation, de la doctrine et des façons de faire de la police. Cela ne plaît pas à de nombreux syndicats de police. Et cela rencontre manifestement aussi des blocages de type idéologique à droite.

Si l’on veut que les choses se calment rapidement et durablement après le démarrage d’une émeute, indépendamment de l’action policière, il faut parler des jeunes qui sont morts et de la douleur de leurs familles, leur accorder le statut symbolique de victimes qu’elles réclament. Il faut ensuite assurer la population qu’une enquête vraiment impartiale aura lieu (et non pas s’empresser de vouloir à tout prix dédouaner la police de toute responsabilité). Enfin, il faut leur dire qu’on les entend et que l’on comprend leur colère et leur humiliation. Cela ne veut pas dire que l’on excuse les actes délinquants de certains, mais que l’on prend au sérieux un cri de révolte et de souffrance général. Il faut absolument sortir de l’effet de sidération que produisent les images de voitures qui flambent et de policiers violentés, sortir de la peur de cette jeunesse et sortir des termes mêmes dans lesquels le débat politique enferme notre réflexion.

Il faut essayer de comprendre ce que révèlent ces flambées d’émotions collectives, restituer ce qu’est la vie quotidienne de la jeunesse des quartiers dits sensibles, mesurer les difficultés énormes qu’ils rencontrent pour s’insérer dans la vie sociale lorsqu’ils « galèrent » d’intérims en petits boulots et en période de chômage. Sans emploi, au double sens d’un statut et d’un revenu, il n’y a pas de possibilité d’insertion, pas d’accès au logement et pas de perspective de fonder une famille.

On peut ensuite remonter en amont pour constater que cette situation se prépare aussi à l’école dont de trop nombreux jeunes sortent sans diplôme ou presque et où, ayant la situation de leurs aînés sous les yeux, ils intériorisent précocement l’idée qu’ils n’ont pas d’avenir dans notre société. Enfin, il faut comprendre que la population dite « issue de l’immigration » (pendant combien de générations encore ?), exprime depuis longtemps un besoin de reconnaissance et de dignité auquel la société française ne répond pas, ou bien répond par la peur et la stigmatisation globale, aujourd’hui surtout à travers la figure du délinquant et celle de l’islamiste. Tant que l’on renverra globalement cette image à toute une partie de la population, qui de plus n’est représentée et défendue par personne sur le plan politique, on ne fera que saper toujours plus la légitimité de l’action de l’État. Et, tandis que d’autres donnent des leçons de morale depuis leurs jolis bureaux des centres-villes, ce sont les agents de « première ligne » qui le payent, qu’ils soient policiers, pompiers, enseignants, travailleurs sociaux, etc.

 

 

Le CFCM sous tension

Réconcilier l’inconciliable par nature.

 
(LtoR) Interior minister Christophe Castaner and French president Emmanuel Macron meet with president of the French Council of the Muslim Faith (CFCM) Dalil Boubakeur and his delegation at the Elysee Palace on October 28, 2019 in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

C’est la quadrature du cercle pour les musulmans. Réconcilier l’inconciliable par nature. En France les dirigeants ont du mal à comprendre que par définition l’Islam est avant tout la soumission TOTALE et EXCLUSIVE au prophète, ce qui rend impossible toute soumission à d’autres lois. C’est à ce titre que la commission Crémieux avait exclue les musulmans de la nationalité française en 1970. Cent cinquante ans plus tard nos actuels dirigeants semblent ne pas comprendre cette difficulté et rêvent encore d’un Islam de France

Conseil national des imams : Le CFCM juge « inexpliqué » le retrait de la grande Mosquée de Paris

Le président du Conseil français du culte musulman Mohammed Moussaoui juge « inexpliqué » le choix du recteur de la grande Mosquée de Paris

Le président du Conseil français du culte musulman de France a regretté ce mardi la décision selon lui « unilatérale et inexpliquée » de la grande Mosquée de Paris (GMP) de se retirer du projet de Conseil national des imams (CNI). Lundi, le recteur de la grande Mosquée, Chems-Eddine Hafiz, a annoncé sa volonté « de ne plus participer aux réunions qui visent à mettre en œuvre le projet du Conseil national des imams et de geler tous les contacts avec l’ensemble de la composante islamiste du CFCM ».

Le Conseil national des imams (CNI) est un projet poussé par l’Elysée pour permettre de certifier leur formation en France, dans le cadre du projet de loi contre l’islam radical et les « séparatismes ».

Tensions autour d’un projet de charte

La grande Mosquée de Paris a notamment accusé certaines fédérations du CFCM de bloquer les négociations dans l’écriture d’une « charte des valeurs républicaines » qui devait être rendue au gouvernement début décembre.

Des « membres de la mouvance islamiste » ont fait croire « que cette charte avait pour ambition de toucher à la dignité des fidèles musulmans », a accusé Chems-Eddine Hafiz, dénonçant un « mensonge éhonté ». « Une conclusion étonnante et complètement détachée de la réalité », selon Mohammed Moussaoui, qui a assuré que « tout se déroulait normalement ».

Le CFCM dément la version du recteur de la grande Mosquée de Paris

Le président du CFCM a affirmé dans un communiqué que « la dernière mouture de la charte a obtenu l’approbation de l’ensemble des fédérations, y compris celle de la grande Mosquée de Paris » le 15 décembre 2020 et que les différentes fédérations devaient « confirmer solennellement par écrit avant le 30 décembre 2020 leur adhésion au texte final ». Selon lui, « aucune modification » n’a été apportée au texte depuis sa validation le 15 décembre.

Mohammed Moussaoui a appelé « à installer immédiatement le Conseil national des imams et à doter ce dernier des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission », tout en assurant qu’il souhaitait que la grande Mosquée de Paris « puisse continuer à œuvrer avec ses partenaires du CFCM ».

Le CNI doit délivrer un agrément aux imams en fonction de leurs connaissances et de leur engagement à respecter un code de déontologie.

Au terme d’un mois marqué par une succession de polémiques autour de l’islam, et au lendemain de l’attentat de la mosquée de Bayonne, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé des pistes contre la radicalisation, mardi 29 octobre, et infléchi son discours sur le voile.

(LtoR) Interior minister Christophe Castaner and French president Emmanuel Macron meet with president of the French Council of the Muslim Faith (CFCM) Dalil Boubakeur and his delegation at the Elysee Palace on October 28, 2019 in Paris. (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

En quoi consistent les annonces du Conseil français du culte musulman (CFCM) ?

Dans la foulée de leur rencontre, lundi 28 octobre à l’Élysée, avec le président Emmanuel Macron, qui les a exhortés à « combattre » davantage l’islamisme et le communautarisme, les responsables du culte musulman avaient promis des « annonces très fortes » pour le lendemain. La réunion exceptionnelle du conseil religieux du CFCM, mardi 29 octobre à la Grande Mosquée de Paris, en présence de tous les représentants des fédérations musulmanes, a finalement débouché sur une déclaration en dix points, au ton ferme et apparemment déterminé.

Outre l’attaque de la mosquée de Bayonne par un ancien candidat du Front national (devenu Rassemblement national), la veille, condamnée « avec force » par le CFCM, les deux questions à l’ordre du jour étaient le voile et la détection de la radicalisation. Concernant cette dernière, plusieurs pistes ont été évoquées : la mise en place d’un « conseil de l’ordre des imams », qui délivrerait aux imams une certification qui pourrait leur être retirée en cas de discours contraires aux lois de la République ; mais aussi une réflexion sur les signes de radicalisation religieuse, « afin de lever toute confusion avec la pratique religieuse piétiste ».

Lors d’une conférence de presse improvisée à l’extérieur de la Grande Mosquée, Anouar Kbibech, vice-président du CFCM, a énuméré ces principaux signaux de radicalisation : « Tout appel à la violence, une interprétation erronée de certains textes sacrés pour légitimer cette violence, et ne pas daigner à l’autre le droit d’avoir ses propres croyances. » Une manière pour le CFCM de prendre le contre-pied des « signes » relevés le 9 octobre par le ministre de l’intérieur : au lendemain de l’attentat de la préfecture de police, Christophe Castaner avait invité les Français à être attentifs à d’éventuels changements de comportement dans leur entourage, comme le port de la barbe ou la pratique « ostentatoire » de la prière rituelle.

Dans son communiqué, le CFCM a également proposé l’intégration de théologiennes (mourchidates) au sein du conseil religieux, ce qui serait une première, et rappelé que le port du voile est une « prescription religieuse », mais que celles qui ont décidé de s’en affranchir « ne sont pas moins musulmanes ».

Cette déclaration sur le port du voile constitue-t-elle un changement ?

En 2004, à l’occasion du vote de la loi sur l’interdiction du port des signes religieux à l’école, le CFCM avait rappelé l’obligation du port du voile pour les femmes musulmanes, tout en disant sa volonté de respecter la loi. « En ne parlant plus de “prescription obligatoire”, le CFCM marque une inflexion dans son discours sur le port du voile », observe Bernard Godard, spécialiste de l’islam et ancien fonctionnaire au ministère de l’intérieur.

Il n’est pas certain pour autant que cette inflexion du discours officiel ne change quoi que ce soit à la pratique des musulmanes de France. Tout d’abord parce que la représentativité du CFCM, dont les prochaines élections se tiendront les 10 et 17 novembre, ne cesse de s’effilocher. Ensuite parce que cette déclaration, qui intervient à peine vingt-quatre heures après le rappel à l’ordre du chef de l’État, pourrait être interprétée par certains fidèles comme une soumission des re Or à la fin d’un mois d’octobre marqué par une importante montée des tensions autour de l’islam et de sa visibilité dans l’espace public, après qu’un élu du Rassemblement national a pris à partie une femme voilée lors d’une séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté le 11 octobre. 

« Quand Jean-Michel Blanquer (le ministre de l’éducation, NDLR) dit que le voile n’est pas souhaitable, il commet une erreur d’appréciation », estime ainsi Haoues Seniguer, maître de conférences à Sciences-Po Lyon, qui déplore les « maladresses » répétées de certains politiques ces derniers jours. « Le personnel politique devrait s’en tenir au rappel du droit, et veiller à ce qu’il n’y ait pas de troubles à l’ordre public. Cette extension illimitée des domaines de laïcité, à l’épreuve du fait musulman, crée beaucoup de crispations.» 

Ces crispations traversent-elles l’ensemble des musulmans de France ?

Outre la polémique sur le voile qui a suivi cette sortie scolaire en Bourgogne, ce début d’automne aura été émaillé de nombreux autres épisodes explosifs, des propos tenus par Éric Zemmour lors de la Convention de la droite le 28 septembre au débat autour des « listes communautaires », à cinq mois des municipales. Le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand, entre autres, demande à Emmanuel Macron de les « interdire »« parce que l’islam politique est en train de vouloir s’implanter ».

« Paradoxalement, en dénonçant le communautarisme, on le fait encore plus exister : cela avive un sentiment d’appartenance, alors que les musulmans de France n’ont pas forcément envie d’être enfermés dans une communauté », déplore le père Christian Delorme, à Lyon. Fustigeant un contexte d’« inflation verbale » et même d’« islamofolie », ce militant du dialogue islamo-chrétien constate, comme d’autres, que les musulmans se sentent « massivement » stigmatisés.

Les musulmans se sont dits inquiets face aux déclarations de certains membres du gouvernement, et représentants musulmans face aux demandes des pouvoirs publics.

« Même ceux qui d’ordinaire n’étaient pas concernés par ces affaires d’observance religieuse se sentent obligés de se liguer avec les mères de famille voilées, car on est entré dans la logique du “eux” contre “nous” », s’alarme Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France, qui n’hésite pas à parler de « situation de crise » et de « nation fracturée ».

L’islamologue rappelle toutefois que sur la question du voile, entre autres, les musulmans de France présentent des positions pouvant être « antinomiques ». C’est ce qu’a rappelé la tribune publiée récemment dans Marianne et signée par 101 musulmans, qualifiant le voile islamique de « sexiste et obscurantiste ».

Dans ce contexte, l’inquiétude des musulmans face à la stigmatisation et celle des Français face à l’islam semblent monter de manière parallèle. Le 27 octobre, Le Journal du dimanche a publié un sondage Ifop montrant qu’une grande majorité de la population souhaite une interdiction de plus en plus large des signes religieux ostensibles. Pour 78 % des sondés, le modèle français issu de la loi de 1905 est aujourd’hui « en danger ».

2020 année méphitique,

 2021 année de la reconquête républicaine Par

Comment qualifier une année qui a débuté avec d’importants mouvements sociaux contre la réforme des retraites et qui s’achève avec des rassemblements pour le rétablissement de la célébration publique des messes dans les églises ? Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes pas près d’oublier cette année tellement elle aura perturbé notre quotidien, qu’il soit professionnel, familial, de loisir, culturel ou associatif.

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Depuis 10 mois, la pandémie de Covid-19 rythme nos vies et éprouve nos sociétés. Le nombre de morts qu’elle a causé en France, rapporté à la population, est désormais supérieur à celui de la grippe dite de Hong-Kong de l’hiver 1969-1970 et plus de trois fois supérieur à celui de la canicule de 2003. Nous savons que 2021 verra éclater les conséquences sanitaires, sociales et psychiques, probablement désastreuses, de cette crise sanitaire qui a révélé les forces et les faiblesses de notre protection sociale. Les dégâts socio-économiques seront bien pires qu’en 2008 et l’augmentation de la pauvreté est déjà une réalité palpable.

Et pour couronner le tout, depuis septembre, le terrorisme islamiste est revenu sur le devant de la scène avec son cortège d’atrocités, et en révélant la continuité qu’il pouvait y avoir entre islamistes militants et terrorisme islamiste.

C’est dans les situations de crise que l’on mesure le mieux la force d’une démocratie et sa capacité à faire face aux épreuves sans renoncer à ses principes.

« La tension qui s’exerce sur le système sanitaire, révélée à l’occasion de l’épidémie de Covid-19, traduit l’insuffisance des moyens au regard des besoins de santé » écrit le Comité consultatif national d’éthique le 16 novembre 2020, on ne saurait dire mieux en moins de mots. Et pourtant, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en cours d’examen au Parlement ne tire aucune leçon de cette insuffisance de moyens et perpétue des logiques austéritaires mortifères.

Entre le terrorisme et la crise sanitaire, la France passé depuis novembre 2015 plus de la moitié de ces cinq années sous un état d’urgence, c’est-à-dire un régime qui autorise le gouvernement et les préfets à suspendre certaines libertés publiques et individuelles ou à les restreindre dans des proportions exorbitantes par rapport au droit commun. Après deux années d’état d’urgence liées au terrorisme islamiste, nous aurons passé six mois de l’année 2020 sous état d’urgence sanitaire et vu des élections municipales boudées par près de 60 % des électeurs.

2021, année de la reconquête républicaine

Malgré un fonctionnement dégradé, l’Ufal a continué ses activités tout au long de l’année et a pu tenir son Assemblée générale ordinaire nationale fin septembre. Nous avons su adapter nos pratiques, car la soif militante ne s’est pas éteinte. Le meilleur témoin du dynamisme persistant de notre mouvement est la création de plusieurs nouvelles Ufal locales.

Après cette année méphitique, nous savons désormais que l’année prochaine sera une année pendant laquelle la pertinence de la liaison du combat laïque et du combat social n’aura jamais été aussi évidente.

Notre Conseil d’administration vient de lancer plusieurs grands chantiers pour être l’avant-garde de la nécessaire reconquête républicaine. La mobilisation de toutes et tous sera bienvenue pour réussir et je suis convaincu que chacune et chacun d’entre nous saura trouver dans le bilan de 2020 la motivation de s’engager pleinement en 2021.

« Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons », a dit Victor Hugo.