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Musique

Mozart et les francs-maçons: un mystère qui s’éclaircit

L’esprit franc-maçon dans lequel il se reconnaît, c’est celui des Lumières, et d’un certain rationalisme.

L’étude de la dernière missive du compositeur à son père apporte un nouvel éclairage sur ses idéaux maçonniques. Et le récent disque de Laurence Equilbey, Magic Mozart, montre que ses liens avec le mouvement fascinent encore. Par Thierry Hillériteau

Lettre de Wolfgang Amadeus Mozart à son père Léopold (Vienne, 4 avril 1787). © ISM, Bibliotheca Mozartiana.

Gants blancs et lunettes rondes, le chercheur Ulrich Leisinger présente la précieuse missive à l’objectif du photographe. Il est entouré par Johannes Honsig-Erlenburg, président du Mozarteum de Salzbourg, et sa consœur Anja Morgenstern, en charge de l’édition digitale. Tous les trois arborent des masques frappés du sceau de la fondation sur lesquels se devine l’écriture manuscrite du compositeur. Le cliché, immortalisé le mois dernier dans la petite salle de concerts de l’institution salzbourgeoise, se veut historique. Et en dit long sur l’importance du document que Leisinger tient entre ses mains aux yeux des chercheurs: «Cette lettre n’avait pas été étudiée depuis plus de quatre-vingt-dix ans. Elle n’a jamais été présentée dans aucune collection publique dans le monde. Et il n’en existait jusqu’alors aucune photo!», explique, enthousiaste, le directeur du département de recherches du Mozarteum, qui gère les différents musées consacrés au compositeur dans sa ville natale.

Son émotion traduit la passion d’un homme qui a voué son existence à la memorabiliade l’un des plus grands génies musicaux. Elle est aussi à l’image de cette lettre intime et touchante, que le compositeur adresse à son père Leopold le 4 avril 1787. La dernière d’un fils à un père au seuil de la mort, puisque Leopold décédera moins de deux mois plus tard. Si la lettre en question commence par des formules de politesse (dont un «Mon très cher père» en français, alors fréquemment utilisé pour montrer sa déférence), suivies d’excuses teintées d’humour pour une lettre antérieure qu’il lui avait adressée, cette entrée en matière cède vite la place à une angoisse non feinte.

Mozart à son père

«J’apprends à l’instant une nouvelle qui m’accable beaucoup (…) j’apprends maintenant que vous êtes vraiment malade! – Je n’ai pas besoin de vous dire avec quelle impatience j’attends une nouvelle rassurante de votre propre plume», écrit Mozart dès le début de la deuxième page. L’expression d’une inquiétude soulignée par ces lignes mystérieuses: «Comme la mort (si l’on considère bien les choses) est le but ultime de notre vie, je me suis familiarisé depuis quelques années avec ce véritable et meilleur ami de l’homme, de sorte que son image non seulement n’a pour moi plus rien d’effrayant, mais est plutôt quelque chose de rassurant et de consolateur! Et je remercie mon dieu de m’avoir accordé le bonheur (vous me comprenez) de le découvrir comme clé de notre véritable félicité.»

Une phrase connue des spécialistes du compositeur depuis sa publication, en 1829, dans la biographie de Mozart, que signa Georg Nikolaus von Nissen, second époux de sa veuve Constance . Mais qu’il avait toujours été difficile de rattacher avec certitude à la pensée maçonnique. Or un détail ne trompe pas, qui attire l’attention en regardant l’original: «Juste à côté de sa signature, après l’abréviation “manu propria”, on déchiffre un petit symbole qui s’apparente clairement à deux triangles entremêlés: l’un pointe vers le haut, l’autre vers le bas», relève Ulrich Leisinger. Un triangle hiéroglyphe maçonnique que l’on retrouve «dans de rares documents qui sont liés à la franc-maçonnerie, comme une lettre de 1785 de Leopold (que Wolfgang venait d’initier, NDLR) à l’éditeur franc-maçon Pasquale Artaria, ainsi qu’une note de Mozart lui-même dans le livre d’or de son frère de loge Johann Georg Kronauer.»

Mozart a 28 ans quand il est initié à Vienne, le 14 décembre 1784. Moins d’un mois plus tard, il est promu compagnon, puis maître en avril 1785, période où il ralliera au mouvement son propre père et le compositeur Haydn. Si son parcours franc-maçon, dans les sept dernières années de sa vie, nous est familier, c’est grâce aux archives retrouvées dans les loges viennoises. En dehors des quelques opus musicaux connectés à la franc-maçonnerie (des cantates, sa Musique funèbre maçonnique ou La Flûte enchantée), les témoignages émanant du musicien ou de sa famille sur son appartenance au mouvement sont rares. D’où l’importance de cette lettre, acquise par le Mozarteum en janvier auprès du Rosenbach Museum & Library de Philadelphie, qui la tenait de l’auteur de Max et les Maximonstres, Maurice Sendak, décédé en 2012.

Elle aurait dû être dévoilée au printemps. «Comparativement aux cent soixante-quinze ans qu’elle a mis pour revenir à Salzbourg, la pandémie n’aura entraîné qu’un léger retard supplémentaire», dit-on à l’institution salzbourgeoise, qui possède le fonds le plus important des lettres ayant appartenu à la famille Mozart (700, dont 200 de la plume du compositeur). Pour elle, il s’agirait de l’une des acquisitions les plus importantes de ces dernières décennies. Mais pour Leisinger, ce qui compte, c’est ce que contient cette lettre. «Elle exprime une profonde affection de Mozart pour son père, à qui il s’adresse ici comme un frère. Ce qui est très touchant lorsque l’on sait les relations difficiles que tous deux entretenaient au début des années 1780, après le mariage de Wolfgang avec Constance, que Leopold n’approuvait pas.»

Le besoin d’un univers irrationnel, (…), est à l’œuvre dans une grande part de sa musique. L’esprit franc-maçon dans lequel il se reconnaît, c’est celui des Lumières, et d’un certain rationalisme. Par Laurence Equilbey

 Cette question de fraternité serait au cœur de la relation de Mozart avec les francs-maçons. Loin de la vision fantasmée d’un personnage occulte, voire fanatique, qui continue de nourrir les élucubrations les plus folles. À l’instar de cette «théorie du complot», selon laquelle il aurait été assassiné comme un témoin gênant par des frères de loge, pour avoir exposé publiquement dans sa Flûte enchantée les idéaux maçonniques, alors que les francs-maçons étaient dans le viseur de la police impériale de Leopold II. «À Vienne, en 1791, ce ne sont pourtant pas les raisons de mourir jeune qui manquent», s’amuse Leisinger.

Sans doute n’est-ce pas un hasard si la première loge du compositeur à Vienne s’intitule la Bienfaisance. «Le besoin d’un univers irrationnel, de se confronter à l’inexprimable, est à l’œuvre dans une grande part de sa musique. Mais se double toujours d’un profond humanisme. L’esprit franc-maçon dans lequel il se reconnaît, c’est celui des Lumières, et d’un certain rationalisme», analyse Laurence Equilbey. La directrice musicale d’Insula Orchestra consacre chaque année au compositeur un festival, Mozart Maximum, à La Seine musicale. Cette année, elle s’intéresse au «mage Mozart» avec Magic Mozart. L’album qui vient de sortir chez Érato a fait l’objet d’un «cabaret magique» mis en scène par Philippe Decouflé. Après plusieurs reports, il sera donné le 10 janvier à La Seine musicale (après le Luxembourg, et avant une tournée). Elle y traque les différentes magies à l’œuvre dans les opéras de Mozart: magie rouge de l’éternel amoureux qu’il était, magie noire de la Reine de la nuit ou du bouffon Colas dans Bastien et Bastienne, et naturellement cette magie blanche de la «bienveillance» humaniste du Mozart des Lumières.

Pour elle, l’influence de la franc-maçonnerie sur sa musique ne fait aucun doute. Que ce soit avec l’importance que prendra la composition de Thamos, musique de scène pour une pièce maçonnique du baron van Swieten, qu’il compose à 16 ans et «dans laquelle il puisera par la suite le matériau de nombreux opéras, comme cet air de basse qui semble annoncer la scène du Commandeur».Ou dans l’importance accordée à la fin de sa vie à certains instruments à vent comme la clarinette et les trombones. «Des instruments souvent utilisés pour les cérémonies maçonniques, qui pouvaient se tenir en plein air.»

Mozart aime le changement, le travestissement. Mais il a aussi le goût et la culture du mystère. Beaucoup de ses œuvres sont cryptées. Notamment sa musique religieuse, et aussi les opéras. 

Mais si la franc-maçonnerie l’a influencé, c’est qu’elle répondait à des aspirations déjà présentes en lui. «Il aime le changement, le travestissement. Mais il a aussi le goût et la culture du mystère. Beaucoup de ses œuvres sont cryptées. Notamment sa musique religieuse, et aussi les opéras. Il joue beaucoup avec les conceptions baroques des intervalles. Chez lui, tierces et sixtes renvoient au divin; quartes et quintes à la Terre.» Sans doute y a-t-il aussi vu une réponse à l’intolérance qu’il avait pu connaître à Salzbourg. «On a souvent dit que Mozart avait pu se convertir bien avant 1784 au contact de francs-maçons rencontrés à Paris ou Strasbourg, par exemple. Mais tant qu’il résidait à Salzbourg, il n’aurait jamais pu afficher publiquement le moindre signe d’appartenance à une loge quelconque. Même à Vienne, cela lui a pris trois ans avant d’être initié. Son éventuel parcours franc-maçon avant 1784 reste un mystère», conclut Ulrich Leisinger. Mystère qui n’a pas fini de nourrir les fantasmes mozartiens.

Marlène Schiappa dresse les contours de son ministère dédié à la Citoyenneté

« Un ministère de combat »

« Celui de la défense des valeurs républicaines contre tous les coups de canifs dans le pacte républicain ». C’est en ces termes que Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, a présenté les contours de son nouveau portefeuille, inédit, place Beauvau, en présence de son ministre de tutelle, Gérald Darmanin.

Enjeu au « cœur des priorités » présidentielles pour les mois à venir, Marlène Schiappa a indiqué, en guise de préambule à son discours de présentation des objectifs de son nouveau ministère lundi 31 août, que la citoyenneté est « le creuset de nos libertés, de nos droits et de nos devoirs et, en cela, elle tisse un lien indéfectible entre les individus ». A ses yeux, cette valeur est devenue « une réalité incertaine » pour beaucoup de Français, notant par là la nécessité de lui donner un nouvel élan. Son portefeuille vise donc à « faire vivre les valeurs de la République » et à « incarner la République qui protège ».

Laïcité, lutte contre la radicalisation et les dérives sectaires, modernisation du droit d’asile… son ministère, crée en juillet lors du dernier remaniement ministériel, sera au centre de bon nombre d’enjeux, tous supervisés par Gérard Darmanin. Le ministre de l’Intérieur, qui a souligné le « sens politique » de Marlène Schiappa, était présent aux côtés de l’ex-secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes lors d’une conférence de presse visant à « montrer combien l’action qu’elle mène est d’une extrême importance pour le Premier ministre et le président de la République ».

Premier cheval de bataille du gouvernement, le respect d’une laïcité « sans qualificatif, ni essentialisation », correspondant à celle établie par la loi de 1905 et « qui garantit la liberté de conscience et la séparation des églises et de l’Etat », a fait savoir la ministre déléguée à la Citoyenneté, qui avait chapeauté une mission laïcité en 2019 au sein de La République en Marche (LREM).

En ce sens, elle entend présenter « prochainement » – « d’ici à la fin de l’année », a-t-elle précisé au JDD– un projet de loi destiné « à conforter la laïcité dans la République et à lutter contre les séparatismes ». En demeurant flou à ce stade sur les objectifs précis du texte tant attendu, Marlène Schiappa a tout de même affirmé la volonté du ministère de renforcer le contrôle à travers les cellules départementales de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire.

La lutte contre la radicalisation en ligne de mire

Prévenir la radicalisation, en particulier chez les jeunes, est également l’une des priorités du ministère. De fait, Marlène Schiappa et Gérard Darmanin comptent travailler de concert pour « redynamiser » les cellules de prévention de la radicalisation et d’accompagnement des familles (CPRAF) qui, en 2019, ont accompagné 7 000 familles et pris en charge 2 500 personnes, dont 55 mineurs et 40 % de femmes. Elle peut, à ce titre, compter sur Frédéric Rose : celui qui fut jusque récemment secrétaire général du Comité interministériel pour la prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) a été nommé en juillet directeur de cabinet de l’ex-secrétaire d’Etat.

Pour « aller vers les publics les plus fragiles et lutter contre l’emprise des déviances sectaires », il a en outre été rappelé par la nouvelle ministre que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) est désormais rattachée au ministère de l’Intérieur. C’est en effet le cas par décret du 15 juillet qui lie l’organisme non plus à Matignon mais au CIPDR.

Marlène Schiappa a, par ailleurs, affirmé vouloir améliorer l’accompagnement des détenus radicalisés sortant de prison aussi bien sur les plans médical, social que professionnel. Les enfants revenant de Syrie, « pas coupables des crimes de leurs parents » mais soumis « à une violence extrême », bénéficieront eux aussi d’un suivi particulier afin de les intégrer au mieux dans la République.

Lutter contre « l’ensauvagement »

Lors de son allocution Place Beauvau, Marlène Schiappa a dit vouloir assurer « une cohésion nationale et lutter contre la délinquance en marchant sur deux jambes : une préventive et une répressive ». Elle souhaite ainsi empêcher les « initiatives antirépublicaines » en soutenant, entre autres, la prolongation de l’opération Quartiers d’été 2020, un dispositif du ministère de la Cohésion des territoires voué à consolider les activités et les services de proximité auprès des familles des quartiers prioritaires.

La lutte contre les « violences gratuites » figure aussi parmi les priorités. La ministre déléguée à la Citoyenneté a ainsi annoncé qu’elle présentera prochainement sa nouvelle « stratégie de prévention de la délinquance 2020-2024 » pour empêcher « l’ensauvagement de la société ». Un élément de langage très marqué à droite, prisé de son ministre de tutelle, et qu’elle reprend donc à son compte sans sourciller. « Je crois qu’il (Gérald Darmanin) a tout à fait raison de l’utiliser et ça ne me dérangerait pas de l’utiliser non plus », avait-elle déclaré plus tôt dans la matinée du lundi sur France Inter.

Le directeur général de la Police nationale, Frédéric Veaux, lui a emboîté le pas en annonçant une extension des Groupes de partenariats opérationnels (GPO) au sein de la police de proximité pour faire barrage notamment « aux trafics de stupéfiants et à une économie souterraine », précise le haut fonctionnaire.

Marlène Schiappa sera également en charge de la rénovation du droit d’asile, un enjeu important en matière d’intégration. A ce titre, elle entend « valoriser les modèles d’intégration », de même que « les modèles de réussite républicaine ». « Devenir Français ne doit plus être un simple bout de papier, mais un acte solennel qui marque leur entrée physique et symbolique dans notre République », a-t-elle signifié.

Enfin, la protection des femmes face aux violences mais aussi la lutte contre l’insécurité routière font aussi partie de ses attributions. D’aucuns diront qu’il s’agit d’un ministère fourre-tout. Mais ses proches l’ont assuré en juillet : de par les sujets régaliens dont elle est aussi officiellement en charge, sa nomination Place Beauvau est « une véritable promotion ».

La ligne de conduite générale de Marlène Schiappa ? « Redonner un souffle à la citoyenneté et en refaire le ciment de notre République », a-t-elle déclamé, faisant valoir sa détermination à incarner « un ministère de combat », « celui de la défense des valeurs républicaines contre tous les coups de canifs dans le pacte républicain ».