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Archives mensuelles : octobre 2020

« Le “surmusulman”, cette figure produite par l’islamisme » 

 

Psychanalyste, professeur de psychologie clinique à l’université Paris-Diderot,

Fethi Benslama décrypte les mécanismes qui conduisent tant de jeunes à désirer se sacrifier au nom du djihad. Ces « surmusulmans », comme les définit l’universitaire, sont des « musulmans qui veulent être plus musulmans que les musulmans qu’ils sont ».

Pourquoi le psychanalyste que vous êtes s’intéresse-t-il à la radicalisation des jeunes ? 

FETHI BENSLAMA Mon travail de chercheur sur l’islam depuis une trentaine d’années et mon expérience de clinicien durant quinze ans dans un service de la protection de l’enfance en Seine-Saint-Denis me permettent d’affirmer que l’on ne peut pas se limiter à une explication sociologique, religieuse et géopolitique pour décrypter la question de la radicalisation. Or, l’approche psychanalytique, les mutations qui atteignent le psychisme des individus sont souvent négligées, faussant, ainsi, l’analyse de ce phénomène qui nous touche de près.

Y a-t-il un « profil type » des djihadistes, souvent présentés comme des « détraqués » ?

FETHI BENSLAMA On ne peut absolument pas dire qu’ils sont tous atteints de troubles psycho-pathologiques, ni qu’ils sont tous défavorisés socialement. Les données dont nous disposons montrent une diversité qui ne permet pas d’établir des profils, encore moins des « profils types » du radicalisé ou du candidat au djihad. Ils sont issus de toutes les classes sociales et de tous sexes. Cependant, selon les chiffres gouvernementaux, 75 % des personnes signalées ont entre 15 et 25 ans. Il s’agit donc d’adolescents et de jeunes adultes. Ce qui est un fait significatif.

En quoi la période de l’adolescence est-elle importante ?

FETHI BENSLAMA C’est un moment de transition critique. Certains adolescents peuvent se trouver dans une situation de précarité subjective, et pas seulement sociale. Mais il n’est pas question de ramener la radicalisation à une causalité directement liée aux troubles de l’adolescence ; ce serait une erreur, en France comme ailleurs dans le monde musulman, d’isoler un élément causal unique. Il faut garder à l’esprit que les symptômes des adolescents reflètent ou expriment des conflictualités sociales, auxquelles un certain nombre d’entre eux croient pouvoir apporter une solution par leurs engagements. Si l’enfant se pose comme thérapeute de sa famille, l’adolescent croit qu’il peut être le guérisseur de son groupe social, le sauveur de sa société, voire de l’humanité.

Pourquoi cette tranche d’âge se tourne-t-elle, parfois, vers la radicalisation islamiste ?

FETHI BENSLAMA Ceux que j’ai rencontrés dans mon activité clinique en Seine-Saint-Denis, qui adoptaient subitement un discours ultra-islamiste, avaient la volonté de s’enraciner ou de se ré-­enraciner dans un au-delà pour contester ce qui est sur terre. La radicalisation peut être comprise comme le symptôme d’un désir d’enracinement protestataire de ceux qui n’ont plus de racines ou qui le vivent comme tel. Le passage de l’adolescence constitue une crise, parce que les idéaux de l’enfance volent en éclats et doivent être remplacés en urgence par de nouveaux. Cette avidité d’idéaux provient du fait que le sujet doit désormais s’approprier soi-même. Il veut s’appartenir en se réinventant. Or, il doit le faire tout en vivant les remaniements des limites les plus cruciales de l’existence humaine : entre le moi et le non-moi, entre la vie et la mort, entre son sexe et l’autre sexe, entre le réel et l’irréel, le monde et l’au-delà. Les discours et les procédés de l’offre djihadiste exploitent un grand nombre des motifs de la transition subjective juvénile, comme un chasseur tendant ses filets en connaissant le chemin de sa proie. Les jeunes à qui s’adressent les recruteurs sont dans une attente de la traversée, à l’affût d’une solution ou au milieu du gué. C’est particulièrement vrai pour ceux dont le passage adolescent est difficile à cause de failles personnelles résultant d’accidents dans leur vie ou/et de défaillances dans leur environnement familial et social.

Quel est le sens de la notion de « surmusulman » ?

FETHI BENSLAMA À la base des mouvements islamistes, il y a la thèse de la défection des musulmans quant aux fondements de leur foi ; une partie importante d’entre eux sont revenus au temps préislamique en se sécularisant. Pour ces fondamentalistes, l’ennemi de l’islam, c’est le musulman lui-même. Certes, il y a l’ennemi extérieur – l’Occidental, le laïc –, mais le plus dangereux c’est l’ennemi intérieur, celui qui se renie. Cet ennemi intérieur n’est autre que ce que Freud nomme le « surmoi ». Celui-ci est un surveillant permanent et cruel qui détecte le moindre écart moral et déclenche les auto-reproches et le sentiment de culpabilité. C’est ce qui amène le sujet à faire plus pour expier et démontrer sa fidélité. Mais ce n’est jamais assez. La définition que je propose du « surmusulman » est la suivante : c’est le musulman qui veut être plus musulman que le musulman qu’il est. Cela peut passer par la multiplication des signes extérieurs de fidélité : des marques corporelles et vestimentaires, un lourd carcan rituel, l’obsession de la pureté, cela peut conduire à la défense violente de la religion.

Qu’est-ce qui fait que des « surmusulmans » basculent dans un « furieux désir de sacrifice »  (1) ?

FETHI BENSLAMA L’offre djihadiste a trouvé un débouché inédit à travers Internet, puis avec Daech l’utopie d’une cité islamique idéale est passée dans la réalité. Du coup, le recrutement est devenu très large, il a engrangé des personnes en situation de mal-être ou fragiles, des délinquants qui trouvent dans l’engagement djihadiste un moyen de repentir, certains d’entre eux en usent pour anoblir leurs pulsions antisociales. Ils peuvent donc commettre des délits et des crimes au nom d’une loi supérieure. Il y a aussi des jeunes dont l’estime d’eux-mêmes est si basse que leur existence n’a pas de valeur à leurs yeux. Ceux-là trouvent dans l’offre djihadiste un moyen de venger une vie dévaluée, d’acquérir un sentiment d’existence supérieur, en devenant des héros. L’offre de radicalisation se sert de l’état de fragilité identitaire, qu’elle transforme en une puissante armure. Il en résulte, pour le sujet radicalisé, un sentiment de libération, des élans de toute-puissance. Il devient un autre, choisit un autre nom, adopte des comportements identiques aux membres de son groupe, ainsi que leurs discours. C’est ce qui crée l’automate religieux. D’autres qui ont des tendances suicidaires trouvent dans l’autosacrifice un moyen élevé d’échapper à leur vie d’une manière flamboyante. La mort peut présenter pour beaucoup de personnes en détresse une issue. Il y a, en France, 250 000 tentatives de suicide par an, dont 10 000 réussies. Plus de mille jeunes entre 25 et 34 ans figurent parmi les morts par suicide. L’offre djihadiste a cette particularité de pénétrer dans les failles subjectives pour les transformer en un furieux désir de sacrifice.

Comment expliquez-vous ce furieux désir ?

FETHI BENSLAMA Il y a eu un détournement de la figure du martyr en islam. Dans la tradition, le martyr est un combattant qui rencontre la mort sans la vouloir, elle fait partie du risque de son engagement. Or les mouvements djihadistes l’ont transformé en un désir d’aller vers la mort par haine de la vie. Or le martyr a un destin surhumain. Il ne meurt qu’en apparence et accède à une jouissance exceptionnelle. Des personnes peuvent accepter de mourir pour une vie supérieure, quand pour eux la vie ne vaut plus la peine d’être vécue.

Que pensez-vous de la comparaison entre le radicalisme islamiste et l’emprise sectaire ?

FETHI BENSLAMA Face à une nouvelle situation, le premier réflexe consiste à la rapprocher des réalités connues. Cela peut conduire à des analogies trompeuses. Il existe, certes, des ressemblances entre l’enrôlement sectaire et celui du djihadisme, comme ce qu’on appelle « l’emprise mentale », mais ce phénomène existe partout dans les relations humaines aliénantes. Je récuse l’assimilation du recrutement djihadiste à celui de la secte. Dans la secte, l’individu s’assujettit aux fantasmes ou à la théorie délirante d’un gourou, à son exploitation économique, voire sexuelle. Le djihadiste, quant à lui, adhère à une croyance collective très large, celle du mythe identitaire de l’islamisme, alimentée par le réel de la guerre, à laquelle on lui propose de prendre une part héroïque, moyennant des avantages matériels, sexuels, des pouvoirs réels ou imaginaires. La différence est patente.

Comment le « surmusulman » a-t-il été enfanté ?

FETHI BENSLAMA Les traumatismes historiques ont une onde de propagation très longue, surtout lorsqu’une idéologie les relaie auprès des populations. C’est le rôle principal de l’islamisme, dont l’invention est l’un des faits majeurs de l’histoire moderne des musulmans. Elle est en rapport avec l’effondrement du dernier empire musulman, celui des Ottomans en 1924. S’est alors installée la hantise mélancolique de la dissolution de l’islam dans un monde où il ne gouverne plus. La naissance des Frères musulmans, en 1928, constitue la réponse à cette cassure historique. Ils entendaient restaurer et venger « l’idéal islamique blessé ». L’islamisme promet le rétablissement du califat (principe de souveraineté en islam) par la défaite des États nationaux. Il véhicule le souvenir du traumatisme et le projette sur l’actualité désastreuse de populations souffrant du sort qui leur est réservé par les gouvernements, les expéditions militaires occidentales et les guerres civiles. L’effondrement historique s’est accompagné d’un clash inédit dans le modèle du sujet musulman.

Qu’entendez-vous par « clash inédit » dans le milieu musulman ?

FETHI BENSLAMA La conception du sujet en islam a connu une transformation radicale depuis l’entrée des Lumières dans le monde musulman. La principale raison de cette mutation réside dans la confrontation entre les partisans et les anti-­Lumières. Ces derniers revendiquent la restauration de la souveraineté théologique et le retour à la tradition prophétique, au nom de la suffisance de l’islam à répondre à tous les problèmes. Une discordance systémique apparaît alors dans le rapport à la souveraineté et au pouvoir. Les uns veulent être citoyens d’un État, musulmans mais séparés de l’ordre théologique. Les autres veulent, au contraire, s’affirmer davantage musulmans. D’où l’émergence du « surmusulman ». La défense de l’islam devient pour ce dernier auto-immunitaire, au sens où elle détruit ce qu’elle veut sauver. C’est pourquoi, je le répète, le « surmusulman » a deux ennemis : l’ennemi extérieur, l’Occident, et l’ennemi intérieur : l’Occidenté, lequel refuse la soumission politique à la religion et se veut citoyen d’une nation. Pour le surmusulman, le musulman sécularisé est l’ennemi premier à éliminer.

La notion de « surmusulman » est-elle valable également en France ?

FETHI BENSLAMA Je décris dans mon livre les grandes tendances qui font que la radicalisation se diffuse partout où il y a des musulmans. On estime au minimum à trois millions le nombre de musulmans vivant en France. Parmi eux, une partie des jeunes ne trouvent pas leur place dans la société. L’islamisme s’intéresse à elle et elle s’intéresse à son idéologie qui alimente sa révolte au nom d’une justice identitaire, on trouve le phénomène en Tunisie, en Algérie, en Syrie ou en Égypte, partout dans le monde arabo-musulman. Il pourvoit la jeunesse déshéritée et frustrée, réellement et imaginairement, d’un héritage et d’un testament pour lequel, avec lequel on peut mourir. Les déshérités ne sont pas uniquement les plus pauvres matériellement, mais tous ceux dont la blessure narcissique individuelle vient à coïncider avec l’idée d’une dépossession de l’héritage, donc d’un vol de jouissance. C’est ce que l’islamisme est parvenu à faire passer auprès d’une partie des musulmans.

(1) Un furieux désir de sacrifice, de Fethi Benslama. Éditions du Seuil, 160 pages, 15 euros.

 

Quand la psychanalyse  rencontre l’islam

Membre de l’Académie tunisienne  et professeur de psychopathologie clinique à l’université Paris-Diderot, Fethi Benslama a participé à l’élaboration du premier

centre de réinsertion et de citoyenneté, à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire). Pour lui, cette structure n’est en rien un lieu de « déradicalisation », un mot qu’il estime « stupide », car on « ne lave pas les cerveaux ». Le psychanalyste s’intéresse au fait religieux et à ses manifestations radicales dans une optique psychanalytique.

Il est notamment l’auteur de la Psychanalyse à l’épreuve de l’islam (2002) et de Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (2005).

 

La liberté d’expression a ses limites, dit Justin Trudeau

Selon le premier ministre Justin Trudeau, il ne sert à rien de poser des gestes qui blessent inutilement les autres.

 

Le premier ministre Justin Trudeau ne suit pas son homologue français Emmanuel Macron qui soutient que, terrorisme ou pas, on doit continuer à pouvoir caricaturer le fait religieux, y compris le prophète musulman Mahomet. Selon M. Trudeau, il ne sert à rien de poser des gestes qui blessent inutilement les autres. Par Hélène Buzzetti à Ottawa Correspondante parlementaire  Canada.

Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne : Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

La tenue ces jours-ci du procès des complices de l’attentat contre Charlie Hebdoa été le prétexte en France pour publier à nouveau les caricatures de Mahomet qui avaient choqué et poussé les terroristes à agir en 2015. D’aucuns pensent que ce geste est à l’origine des attaques au couteau qui se sont multipliées en France au cours des dernières semaines. La décapitation de l’enseignant Samuel Paty était aussi survenue après qu’il a montré des caricatures du prophète à ses élèves.

Tout cela a amené Emmanuel Macron à dire que la France ne renoncera pas « aux caricatures, aux dessins ». Mais Justin Trudeau ne se range vraiment pas dans son camp.

Interrogé à nouveau vendredi à ce sujet, M. Trudeau a d’abord soutenu qu’il allait « toujours défendre la liberté d’expression ». « Mais la liberté d’expression n’est pas sans limite, a ajouté le premier ministre. On n’a pas le droit par exemple de crier “au feu” dans un cinéma bondé ; il y a toujours des limites. Dans une société pluraliste, diverse et respectueuse comme la nôtre, nous devons être conscients de l’impact de nos mots, de nos gestes sur les autres, particulièrement ces communautés et populations qui vivent énormément de discrimination encore. »

Selon M. Trudeau, la liberté d’expression doit s’exercer dans le « respect pour les autres » et avec le souci de « ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ».

Le premier ministre ajoute que l’intention de celui qui caricature, toute bonne soit-elle, n’est pas nécessairement pertinente dans le débat. « C’est une question de respect, de ne pas chercher à déshumaniser ou blesser délibérément. Il y a toujours un débat extrêmement important, un débat sensible à avoir sur de possibles exceptions sur des enjeux où on ne veut pas blesser, mais souvent l’intention est moins importante et le fait peut quand même blesser, alors dans une société basée sur le respect de l’autre et l’écoute et l’apprentissage, ayons ces conversations complexes de manière responsable. »

Dans une société pluraliste, diverse et respectueuse comme la nôtre, nous devons être conscients de l’impact de nos mots, de nos gestes sur les autres

— Justin Trudeau

Plus tôt cette semaine, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a tenu des propos similaires en soutenant que « la liberté d’exprimer nos pensées n’est pas une liberté de créer par exprès des divisions [et de] la haine ».

Le chef conservateur Erin O’Toole, qui ne s’est toujours pas rendu disponible pour être interrogé par les journalistes, a seulement diffusé une vidéo cette semaine. « Une autre attaque islamiste, une autre atteinte à nos valeurs et notre liberté, y dit-il. Si la France est attaquée, ce sont toutes les démocraties qui sont attaquées. Je veux exprimer ma solidarité avec les alliés français. Les terroristes ne nous feront pas plier. Ici au Canada, nous allons nous battre pour créer un pays fier de ses principes, de son ouverture et de sa liberté d’expression. »

« Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète », a déclaré le Premier ministre canadien. 

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau à Ottawa (Canada), « Nous nous devons d’être conscients de l’impact de nos mots, de nos gestes sur d’autres. » Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a défendu, la liberté d’expression tout en estimant qu’elle avait des limites. 

« Nous allons toujours défendre la liberté d’expression », a-t-il affirmé, en réponse à une question sur le droit à caricaturer le prophète Mahomet, comme l’a fait Charlie Hebdo« Mais la liberté d’expression n’est pas sans limites », fait valoir Justin Trudeau lors d’une conférence de presse, précisant que « nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète ».

 

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Médecine d’Afrique Noire  Médecine du Maghreb

Maître-assistant en réanimation au Chu de Blida : « De plus en plus de cas graves affluent dans les hôpitaux » Par Adel Boudahdir.

Après une régression des cas de Covid-19 qui aura duré plus d’un mois, voilà que les hôpitaux de Blida sont submergés par les malades atteints ou présentant des symptômes du coronavirus. Cela nous rappelle Blida durant les mois de mars et d’avril. Des services, jusque-là fermés après l’accalmie sont de nouveau ouverts pour pouvoir accueillir le flux des malades. Dans cet entretien, Adel Boudahdir, maître-assistant en anesthésie et réanimation au Chu Frantz Fanon, confirme la tendance haussière et tire la sonnette d’alarme.

Comment jugez-vous la situation épidémique actuelle ?

Je pense que la situation à Blida et à Alger est inquiétante. A notre niveau au Chu Frantz Fanon de Blida, on a remarqué une augmentation des évacuations des cas graves vers notre structure de réanimation, parfois même des cas familiaux. En parallèle, le burn-out est de plus en plus visible parmi le personnel médical et paramédical.

C’est l’épuisement ! A Blida, on a pris en charge beaucoup de patients depuis le début de l’épidémie, une bonne expérience de gestion des cas graves et des cas moins graves a été acquise et même partagée avec nos collègues sur tout le territoire national.

Mais d’un autre côté, il y a l’épuisement physique et moral, un personnel qui n’a pas pris de congé et qui travaille jour et nuit pour faire face à cette pandémie. Ajouté à cela, le manque d’effectif préalable et le nombre important de contaminations au sein du personnel de santé. Heureusement que les moyens de protection individuelle sont disponibles et adéquats.

Selon vous, pourquoi cette recrudescence ?

La recrudescence est expliquée par le relâchement total et global de la population. Et même dans les administrations publiques, on remarque le même phénomène. La population voulait fermer le livre alors qu’on vient juste de tourner une page.

Pas de port correct des masques malgré leur disponibilité dans les officines et les campagnes de sensibilisation, pas de distanciation au sein de la population lors des réunions et des rassemblements, dans les cafés…

Aussi, il faut noter que les cérémonies familiales ont repris sans application des mesures barrières, ce qui explique l’apparition de clusters dans quelques communes de la wilaya de Blida. Il y a un relâchement de la part des commerçants (boutiques et grandes surfaces). L’immunité collective est loin d’être atteinte apparemment et l’arrivée du vaccin ne sera pas pour bientôt.

Ces points-là risquent de prolonger la durée de l’épidémie, avec malheureusement des conséquences néfastes sur notre système de santé, comme il y a le risque de provoquer beaucoup de victimes directes atteintes de Covid-19 et des victimes collatérales en rapport avec d’autres pathologies.

Ces dernières, comme le cancer et autres maladies chroniques, les malades de la réanimation en dehors de Covid-19, les interventions chirurgicales, les greffes d’organes… risquent d’être mal pris en charge en parallèle.

Je pense que la campagne de sensibilisation a échoué, elle a été confrontée par une campagne de contre-sensibilisation et des rumeurs, surtout sur les réseaux sociaux, qui sèment le doute par rapport à l’existence de la maladie. Ils prétendent que la Covid-19 n’existe pas et que les malades hospitalisés n’ont rien à voir avec le coronavirus, mais sont déclarés victimes de la Covid-19…

Que faut-il faire alors ?

Je pense qu’il faut prendre les choses au sérieux, prendre la Chine comme exemple. La Chine a bien maîtrisé l’épidémie avec l’application des mesures barrières (sensibilisation et application sur le terrain) et un système de santé puissant. On n’a pas le choix en dehors de la prévention pour éviter la saturation de nos hôpitaux et l’augmentation des décès.

Certes, on parle de baisse de virulence par rapport au début de la pandémie, mais cela reste difficile à confirmer. Il s’agit là de suppositions. Il faut faire un vrai dépistage massif et calculer le nombre de décès par rapport au nombre de cas positifs pour avoir une réponse crédible.

Pourquoi Blida a-t-elle été classée parmi les premières wilayas en nombre de cas positifs à la Covid-19 pendant plus de huit mois ?

Je pense qu’à Blida, on teste beaucoup et donc on diagnostique beaucoup de cas. En parallèle, il y a de nombreuses personnes qui tombent malades et sont prises en charge dans le secteur privé sans faire la PCR, donc elles ne sont pas déclarées.

Est-il vrai que les malades des autres wilayas qui sont dépistés à Blida, ou qui décèdent à Blida sont comptabilisés au nom de cette wilaya ?

Non, jamais !

Le mot de la fin…

Nous sommes devant un problème sérieux et mondial, la responsabilité est collective et surtout individuelle. Pour éviter le retour aux mois difficiles qu’on a passés, surtout à Blida avec le confinement total, il faut apprendre à vivre avec le virus avec l’application des mesures barrières.

Cet apprentissage de vivre avec va éviter les répercussions économiques et sociales du confinement, et va permettre aux enfants d’avoir une scolarité correcte… Mohamed Benzerga

Les « cas contacts » non dépistés : Covid-19 : Des failles dans la stratégie de lutte.

Une dizaine de wilayas identifiées comptabilisent, à elles seules, le plus grand nombre d’infections, dont les incidences dépassent actuellement les 50 cas pour 100 000 habitants, soit la norme, selon l’OMS.

La proportion des personnes positives sur l’ensemble des personnes testées avec la PCR est en nette augmentation dans plusieurs wilayas du pays. Le taux de positivité avoisine les 32%, selon certains épidémiologistes, et les incidences affichent trois chiffres.

Le taux de positivité est un indicateur majeur quant à l’évolution de la situation, qui inquiète sérieusement les spécialistes. Ce qui explique la tendance du nombre de malades hospitalisés ainsi que les évacuations en réanimation qui risquent de connaître un accroissement dans les prochains jours.

Une dizaine de wilayas identifiées comptabilisent, à elles seules, le plus grand nombre d’infections, dont les incidences dépassent actuellement les 50 cas pour 100 000 habitants, soit la norme, selon l’OMS.

Un état de fait qui fait appel au redéploiement en termes de mesures de prévention et le renforcement des moyens et mécanismes des équipes d’enquêtes épidémiologiques afin de s’assurer que ces enquêtes soient minutieusement menées pour chaque cas et sujet contact, dans chaque région, pour enrayer l’épidémie.

Il s’agit donc du dépistage, le traçing et le confinement des cas positifs et des cas contacts, tel qu’édicté dès le début de l’épidémie dans une déclaration signée par un groupe d’experts en épidémiologie et santé publique et publiée dans la presse nationale.

Signataire de cette déclaration et expert en maladies respiratoires, le Pr Messaoud Zidouni explique ce nouveau rebond de cas de Covid-19 par le fait du relâchement des mesures de prévention, que ce soit les gestes barrières par la population et le non-confinement des cas contacts. «L’environnement du cas positif n’est pas toujours pris en considération. Ce principe n’est pas appliqué, notamment par les cas contacts, pour la simple raison qu’ils ne sont pas symptomatiques.

C’est ainsi que les cas contacts, qui représentent des milliers de personnes, ne sont pas confinés, comme cela est indiqué par les directives nationales alors qu’ils peuvent être contaminants. Il faut un mécanisme faisant obligation au confinement des cas contact », a souligné le Pr Zidouni, qui plaide pour la prescription par les médecins du secteur privé de l’hydroxychloroquine, selon le protocole thérapeutique du ministère de la Santé.

« Durant ces derniers mois, plusieurs patients testés positifs à la Covid-19 non notifiés n’ont pas été traités sous le protocole du ministère de la Santé, en l’occurrence l’hydroxychloroquine et l’azythromycine, par les médecins privés. L’antibiotique seul n’est pas suffisant pour faire baisser la charge virale.
Ce qui donne une fausse idée de la charge de morbidité réelle »
, a-t-il souligné. Et d’insister sur la corrélation entre les cas positifs soignés et l’isolement des cas contacts pour arriver à casser la chaîne de contamination.

Pour le Pr Zidouni, il est important de prendre sérieusement en compte les indicateurs épidémiologiques, notamment «l’incidence de la maladie, qui doit être significative au terme mensuel, le taux de positivité et surtout s’éloigner des discours rassurants qui risquent de compliquer davantage la situation ».

Il explique que le renforcement des mesures sanitaires se base justement sur l’étendue de ces indicateurs pour dicter les actions à mettre en place. « Actuellement, ce sont quelques wilayas qui enregistrent une hausse de cas, il est aisé d’agir rapidement à ce niveau pour freiner la propagation du virus et casser la chaîne de contamination. On peut agir de manière spécifique en fonction de la morbidité et prendre des mesures à chaque situation.

Ce qui semble être le maillon faible de la stratégie de lutte contre la Covid-19 », a-t-il souligné, tout en appelant les pouvoir publics à faire respecter les mesures barrières, notamment celles qui ont montré leur efficacité, à savoir le port du masque, la distanciation physique et le non-regroupement, surtout en cette période de multiplication des virus respiratoires.

Ce qui pourrait, selon lui, stopper la diffusion de l’épidémie et éviter une propagation au niveau national, d’où l’importance du travail de la cellule d’investigation et de suivi des enquêtes épidémiologiques, dont on ne connaît pas encore les conclusions au regard de son rôle dans la consolidation, l’évaluation et le développement de stratégies de lutte contre la propagation d’épidémies en Algérie.

« La cellule opérationnelle d’investigation et de suivi des enquêtes épidémiologiques contribuera à l’avenir à consolider, évaluer et développer des stratégies de lutte contre la propagation d’épidémies dans notre pays », a indiqué M. Djerad dans son allocution à l’occasion de l’installation du Pr Mohamed Belhocine à la tête de cette cellule en juin dernier. Et de déclarer : « Le renforcement du système de recherche et d’investigation des épidémies est le fer de lance de notre bataille contre la Covid-19. »

L’Institut national de santé publique (INSP) fait état, dans son dernier bulletin épidémiologique, d’une hausse des hospitalisations, l’épuisement du personnel soignant e´prouve´ par les six premiers mois de l’e´pide´mie. « Les mesures de confinement ont montre´ leurs limites lorsqu’elles sont trop e´tale´es dans le temps.
Cela sous-entend que des efforts de communication s’imposent pour expliquer l’importance de chaque mesure prise, mais qu’il est e´galement impe´ratif de revenir aux essentiels de la lutte contre cette affection, c’est-à-dire : trouver, isoler, tester et prendre en charge chaque cas et chercher sans rela^che chaque contact »
, a recommandé l’équipe de l’INSP. Djamila Kourta

 

Le communautarisme n’épargne pas les profs

Un corps enseignant de plus en plus victime de son idéologie. 

Peur, complaisance, autocensure… L’attentat de Conflans-Sainte-Honorine met à jour un corps enseignant de plus en plus victime de son idéologie. Par Nadjet Chergui et Clément Pétreault

Une salle de classe vide. Image d'illustration.
Une salle de classe vide. Image d’illustration.

Le Jihadisme français :

Quartiers, Syrie, prisons

Conseillé par Patrice Obert, Président des Poissons Roses Paris. 

Ce livre, de Hugo MICHERON,  Edition Gallimard 2020, vient au bon moment, alors que l’assassinat du professeur Samuel Paty et le projet de loi sur les séparatismes dessinent une actualité chargée. Que nous dit-il ? Le phénomène jihadiste s’articule autour de deux mouvements distincts mais qui s’articulent : la géographie et les modalités de la présence jihadiste en France, mais aussi en Europe d’une part et les évolutions du jihadisme au Proche-Orient notamment en Syrie et Irak d’autre part. La toile de fond est un combat radical de cette minorité salafo-jihadiste contre un Occident honni, mécréant, dont la France, laïque, universelle, est le symbole. Au cœur de cette articulation, les prisons jouent un rôle clé, comme miroir et catalyseur.

L’ouvrage est préfacé par Gilles Kepel, qui vient de publier une longue tribune dans Le Monde du 21 octobre intitulée « Lutter contre le « Djihadisme d’atmosphère ». L’ouvrage s’ouvre par un avertissement (p. 27 à 32) qui rappelle les termes :  Wahhabisme, Frères musulmans, Tabligh, Salafisme, Jihadisme. Le livre s’organise ensuite en trois parties : Les quartiers, la Syrie, les prisons. Le lecteur pressé gagnera à aller à la conclusion, dont l’auteur, universitaire de terrain à l’écriture simple et claire, a fait une remarquable synthèse de sa thèse (du milieu de la page 362 à la page 373).

Le titre aurait pu être «   Vivre à côté/vivre ensemble » ou « l’Alliance ou le désaveu » ou encore « Jihad ou  hijra » ( par hijra, il faut entendre l’émigration religieuse)..

L’apport du livre est de montrer, en s’appuyant sur de nombreux témoignages en forme de verbatim,  que  l’utopie universelle du jihadisme (p. 41 et s) s’enracine dans une lecture du début de l’époque musulmane (VII -IXème siècle) et a mobilisé  l’implantation dans le sud de la France  des groupuscules  (sorte de phalanstères) tout d’abord peu nombreux, mais qui se sont développés par  expansion locale et  en résonnance aux  événements syriens avec la création, le développement puis la chute de Daech. La démarche de l’auteur est chronologique. Il nous raconte   cette implantation progressive à Toulouse et dans le village de l’Artigat, mais reliée à d’autres centres, notamment Molenbeck en Belgique (P. 87). Il y a chez ces personnes un refus d’une société ressentie comme un fléau pour les jeunes musulmans (drogues, cigarettes, violence, relations sexuelles illicites… (p.105). Des intellectuels explicitent leurs objectifs (p.116) : détruire le modèle occidental, conduire les musulmans à « désavouer » la République, créer des « zones autonomes » en France. De ce fait, la tuerie provoquée par Mohammed Merah en mars 2012 n’est pas le fait d’un « loup solitaire » mais l’aboutissement d’une affirmation du jihadisme depuis 15 ans (127) et l’envol d’un mouvement contre la société française. On lira une première synthèse page 136.

La deuxième partie est consacrée à la Syrie.  L’auteur fait le point de la situation en 2012 puis explique l’évolution de Daech jusqu’à l’effondrement de l’été 2017. On se rappelle que c’est au Châm que l’apocalypse aura lieu, avec le retour du Messie à Damas et le triomphe de l’islam (p.42).  Le plus intéressant est la description des désillusions des Français partis là-bas confrontés à l’accueil des Levantins (p.167 et s) : gouffre mental, interdiction de se marier avec des syriennes, contrôle de la « chair féminine » par Daech (p.209), reconstitution d’un ordre colonial jihadiste (p.216). Les étrangers sont valorisés par rapport aux musulmans locaux, soit ceux qui ont prêté allégeance à Daech (les ansar), soit les « madani » qui sont en retrait. Sans compter l’étau d’obéissance et de brutalité (p.227) que fait régner Daech. Du coup, les Français partis ont le choix entre le retour (mal vu), la soumission ou l’escalade dans la violence pour se faire reconnaitre et devenir émirs dans la hiérarchie de Daech. Se développent en parallèle les attentats en Europe (Charlie Hebdo, Le Bataclan, métro de Bruxelles, assassinat d’un couple de policier dans les Yvelines, Saint Etienne du Rouvray…). La chute du califat marque un tournant.

La troisième partie est consacrée aux prisons. L’auteur réfute vertement la thèse de Michel Foucault selon laquelle les prisons sont coupées de la société. Pour l’auteur, les prisons vont devenir l’espace clé de recomposition de cet islam radical (p.254). On lira avec grand intérêt cette partie. Elle commence par la description des conditions de détentions depuis le 11 septembre 2001 (p.256 et s) : surpopulation carcérale, affirmation de détenus « jeunes de cités », part prépondérante de l’islam qui représente de 40 à 60% de la population carcérale. L’univers carcéral « a constitué à la fois la caisse de résonnance des mutations internes au militantisme jihadiste et son espace d’expression privilégié » (p.273). L’auteur explique que la doctrine de l’administration pénitentiaire a évolué. D’abord répartir les détenus géographiquement (avec le risque de diffuser leur message), puis regroupement dans des unités dédiées (avec le risque de constituer des phalanstères), puis nouveau revirement devant l’ampleur des manifestations illustrées par la création de la katiba (brigade) à Fleury-Mérogis défiant ouvertement la direction d’une prison de plus de 5000 prisonniers (p.307). L’auteur s’appuie sur de nombreux témoignages qui montrent la réalité de la vie en prison (organisation en réseaux, diffusion d’informations, valorisation des revenants du Jihad). La prison devient une « ENA du Jihad » (p.293).

De nouveaux salafistes, plus jeunes, mieux formés, connaissant le credo salafo-jihadiste et le fonctionnement de la société française (p.325) vont tirer les conséquences de l’échec du califat. La technique se réfère désormais à la double phase médinoise puis mecquoise du Prophète (p.355). L’objectif reste de détruire cette République française honnie ( cf. les pages 347 et s sur la France, fer de lance de la mécréance en Europe) en la subvertissant de l’intérieur. Cela passe par discréditer le contrat social français et son modèle d’intégration républicaine aux yeux du maximum de musulmans (p.347). Comment ? En favorisant la sécession de certains territoires (étrangement l’auteur ne parle pas, sauf erreur de ma part, de la Seine Saint Denis), en développant une vision du monde « rétro-colonial » (p.350 et s- très intéressant), en donnant la priorité à l’éducation et en favorisant l’essor des écoles privées hors contrat (p.341).

L’auteur fait part des limites de cette visée en pages 354 et 373 (qui encadrent l’excellente conclusion/synthèse). La majorité des musulmans ne se reconnaissent pas dans cette minorité salafiste. La France comprend mieux (et ce livre entend y contribuer) leur stratégie.  Comment développer un « modèle alternatif » au sein d’un système démocratique honni ? Comment dépasser les principes domatiques de Daech ? L’auteur en appelle à la fin (p.373) à « une politique générale », rejoignant ainsi la conclusion de la tribune précitée de Gilles Kepel, sans en esquisser le cadre. Ce que je traduis pour ma part ainsi : plus nous intégrerons les Français de confession musulmane dans la République, moins nous donnerons de prise à l’entreprise de déstabilisation des salafistes. C’est tout l’enjeu des années à venir.

 

Maison d’Accueil Spécialisée La Boréale Chambéry

Nous nous sentons humiliés d’être oubliés, bafoués, pire que ça, exclus des si nobles objectifs des « accords du Ségur de la Santé  » 

Je vous envoie les différents courriers que nous avons écrits  à Mr Véran, Mme Cluzel, ARS, députés, sénateurs, conseillers départementaux , municipaux, mairie etc.   Encore merci pour votre soutien, c’est très important pour nous de continuer à garantir la qualité de notre accompagnement au jour le jour de tous les résidents.   Bien cordialement,  Sylvie Laurence éducatrice à la MAS la Boréale à Chambéry. 

1er Courrier MAISON D’ACCUEIL SPECIALISEE La Boréale 83 Avenue de Bassens – B.P. 653 73006 CHAMBERY CEDEX   04.79.60.30.81 Plan Ségur, fossoyeur du secteur handicap public ?

A Monsieur le Ministre,  Olivier VERAN  Ministère des Solidarités et de la Santé14 avenue Duquesne  75350 PARIS   A Bassens, le 12 octobre 2020

Engagés pour remplir pleinement nos missions de service public auprès d’une population extrêmement vulnérable en situation de polyhandicap, de troubles déficitaires chroniques et de très grande dépendance, l’ensemble des professionnels de la Maison d’Accueil Spécialisée La Boréale (MAS) vous prie de bien vouloir accorder quelques-unes de vos précieuses minutes à la lecture de ce courrier.

Alors que les conclusions du Ségur de la Santé que vous avez présentées lors d’un discours en date 21 juillet 2020 laissaient présager une revalorisation de nos maigres salaires, le décret n° 2020- 1152 du 19 septembre 2020 annonce que les professionnels des MAS publiques, dont La Boréale, sont « expressément exclus du champ d’application de cette mesure ». Nous en sommes profondément choqués.

Dévoués, nous étions pourtant au combat, et en première ligne, face à la Covid-19 que nous avons côtoyée et côtoyons encore de bien trop près dans notre structure.

Parallèlement à la médicalisation des Etablissements d’Hébergement Pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) qui concerne les plus âgés, la MAS accueille des résidents plus jeunes dont la médicalisation est tout aussi justifiée et non dénuée de spécificités. De plus, certains résidents ont été accueillis à la MAS après un échec de séjour en EHPAD, échec dû aux pathologies. Historiquement la MAS accueille des personnes porteuses des handicaps les plus lourds comme la grande majorité des MAS publiques issues de Centre Hospitalier (CH) ou de Centre Hospitalier Spécialisé (CHS).

Nous avons besoin de comprendre en quoi la mesure 1 de l’accord « Rendre attractive la Fonction Publique Hospitalière (FPH) : « revaloriser les carrières et les rémunérations et sécuriser les environnements de travail » ne concernerait pas la MAS.
Comment pouvez-vous exclure le secteur du handicap qui normalement devait être une priorité du quinquennat, comme l’avait annoncé Édouard Philippe ?

Nous sommes atterrés de constater que cette revalorisation crée des injustices de traitement et des inégalités jamais vues au sein d’une même FPH, notamment le CHS de la Savoie, avec lequel nous avons une direction commune. Nous nous sentons humiliés d’être oubliés, bafoués, pire que ça, exclus des si nobles objectifs des « accords du Ségur de la Santé [qui visent à] témoigner de l’engagement total du Gouvernement envers les personnels […] particulièrement mobilisés depuis le début de la crise sanitaire ».

Serions-nous des acteurs ne pesant pas assez lourd dans le système de santé ? Serions-nous des invisibles ? Comprenez notre immense inquiétude sur les conséquences qu’une telle mesure engendrera nécessairement en termes de recrutement sur un marché déjà tendu et de fuite de professionnels qualifiés au profit de services plus attractifs sur le plan salarial.

L’enjeu ? Celui de la survie d’un accompagnement de qualité pour nos résidents en situation de handicaps sévères. Nous déplorons être victimes d’une flagrante ségrégation. Être exclus du plan qui vise à « reconnaître l’engagement et le dévouement des soignants au service des Français » génère incompréhension, tension, déconsidération, colère et révolte au sein de notre structure.

Nous attendons la reconnaissance méritée des professionnels que nous sommes, engagés auprès des personnes en situation de handicap sévère.

Nous ne sommes pas des professionnels AU RABAIS ! Comme les agents des établissements publics de santé, ceux des groupements de coopération sanitaire et ceux des EHPAD de la FPH, nous méritons les 183 € net mensuels d’augmentation.

Nous comptons sur vous pour étendre aux professionnels du secteur du handicap de la FPH les mesures du Ségur de la Santé, enjeu de reconnaissance gouvernementale. Nous sommes déterminés pour défendre notre position dans cette situation d’injustice et prêts, s’il le faut, à venir chercher ces 183 euros au ministère.

Espérant que vous ne serez pas insensible aux professionnels du secteur du handicap, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos respectueuses salutations.  Les professionnels de la MAS La Boréale

2ème Courrier envoyé par mail à Madame Cluzel cellule-courriers-seph@pm.gouv.fr

Madame La Secrétaire d’Etat,

En votre qualité de Secrétaire d’Etat chargée des Personnes Handicapées, vous n’ignorez sans doute pas que le décret n° 2020-1152 du 19 septembre 2020, issu du Ségur de la Santé, a expressément exclu le secteur handicap du médico-social de la Fonction Publique Hospitalière du champ d’application de la revalorisation salariale de 183€ nets par mois, accordée aux seuls hôpitaux et aux EHPAD.

Or La Boréale est la seule Maison d’Accueil Spécialisée (MAS) publique du département de la Savoie et à ce titre, doit pouvoir compter sur la considération de son investissement, au jour le jour, dans la politique nationale de santé publique auprès des personnes les plus lourdement handicapées.
Nous, professionnels, tous métiers confondus, avons à la MAS La Boréale un profond sentiment d’injustice et d’un cruel manque de reconnaissance de nos compétences auprès des résidents accueillis, par les pouvoirs publics.

A l’hôpital, en EHPAD ou en MAS, les diplômes sont les mêmes et pourtant le gouvernement entend pratiquer une ségrégation au sein d’une unique Fonction Publique Hospitalière par des salaires inégaux.

A terme, comment garantir un recrutement professionnel de qualité, nécessaire pour répondre aux missions d’accueil qui sont, rappelons-le, l’hébergement, l’accompagnement socio-éducatif et le soin dans le respect de la spécificité de chaque résident accueilli, au vu de la sévérité des handicaps ?
La Boréale accueille des adultes en situation de polyhandicap et de psycho-déficiences profondes, demandant de la part des professionnels un savoir être et un savoir-faire particuliers qui ne s’acquièrent qu’avec de l’expérience.

Alors que nous ne sommes qu’à quelques dizaines de mètres du Centre Hospitalier Spécialisé (CHS) avec lequel nous partageons une direction commune, nous craignons que les professionnels choisissent d’aller travailler là où ils pourront gagner presque 200€ de plus par mois, entraînant ainsi une désertification professionnelle par manque d’attractivité salariale.

Le travail en MAS est difficile, complexe mais humainement d’une très grande richesse et nous avons à cœur de le poursuivre. Nous nous sommes mobilisés et continuons à nous mobiliser contre le Covid, d’autant plus que notre établissement a été durement touché par cette maladie.

Nous vous transmettons en pièce jointe le courrier que nous avons envoyé à Monsieur Olivier VERAN, Ministre des Solidarités et de la Santé, pour dénoncer cette situation dégradante. Cela ne vous prendra que quelques minutes pour en prendre connaissance.
Nous avons besoin de votre soutien, vous êtes et en tant que telle, vous avez la possibilité de nous aider et de nous représenter.

En vous remerciant d’avoir pris le temps de nous lire, nous espérons vivement pouvoir compter sur votre implication dans notre combat contre cette injustice.

Au nom de l’ensemble des professionnels de la Boréale, veuillez recevoir, Madame La Secrétaire d’Etat , nos respectueuses salutations.

page1image25368Boîte postale 65383, avenue de Bassens73006 CHAMBERY CEDEX 04.79.60.30.81educateurs@mas-bassens.fr